N° 272
du 17/06/2003

RD Congo


Une mission du Conseil de sécurité de l’ONU met la pression
sur les acteurs des différents conflits dans la région

Les ambassadeurs des 15 pays membres permanents du Conseil de sécurité ont effectué une mission en Afrique centrale qui les a conduits de Kinshasa à Kampala, en passant par la zone plus sensible en ce moment, Bunia, en RD Congo, où a pris pied la force internationale d’urgence de l’Union européenne, mandatée par l’ONU et placée sous commandement français. Le mandat de la force multinationale d’urgence se limite à la protection de la ville de Bunia et à son aéroport. Il s’achève le 1er septembre prochain.

«Il est de la plus grande importance que les gouvernements de la région exercent des pressions sur les factions combattant en République démocratique du Congo pour qu’elles décident la paix», a déclaré l’ambassadeur de France au Conseil de Sécurité, Jean-Marc de la Sablière (qui conduisait la délégation), après avoir rencontré le président ougandais Yoweri Museveni, au dernier jour de cette tournée, le 15 juin.
L’Ouganda était la dernière étape, après l’Afrique du Sud, la RD Congo, le Rwanda, le Burundi et la Tanzanie.

«Si tous y travaillons tous ensemble, le problème Ituri sera résolu car il nécessite surtout des solutions politiques», a déclaré M. de la Sablière à propos du mandat limité de la force multinationale d’urgence déployée à Bunia alors qu’il y a davantage de troubles dans la campagne.
Il a estimé que les 500 soldats déployés à Bunia constituaient une force suffisante pour «faire le travail à Bunia et que le problème dans toute la région Ituri nécessitait la coopération de toute la communauté internationale». Il a estimé que le caractère «limité» du mandat aiderait la mission des Nations unies en RDC, la Monuc, à promouvoir le processus politique qui est, selon lui, la solution principale au problème en Ituri.

A Kinshasa
justement, à propos de ce processus politique, les ambassadeurs du Conseil de sécurité ont pressé le président Kabila «d’appliquer sans délais les accords qui prévoient la constitution d’un gouvernement d’union nationale et des élections démocratiques».
Au cours d’entretiens avec les membres de la Commission de suivi, chargée de mettre en place les institutions, la mission de l’ONU a insisté sur la nécessité «de mettre en route, dès que possible, le gouvernement de transition prévu par l’accord de gouvernement» signé le 17 décembre 2002 à Pretoria et endossé par le Dialogue intercongolais le 1er avril 2003 à Sun City en Afrique du Sud.
Seule assurance obtenue à Kinshasa : «la Commission de suivi remettra en route le 16 juin le calendrier de la mise en place des institutions, travaillera en session permanente pour que le gouvernement d’union nationale soit en place le 30 juin, date anniversaire de l’indépendance du Congo», selon M. de la Sablière.
L’ambassadeur a admis que la question (du partage) des Forces armées restait «très difficile» rappelant que la résolution de ce problème était «considérée comme essentielle pour le Conseil de sécurité».

Pas de sanctions contre le Rwanda

Au président Kabila qui lui avait demandé l’application de sanctions contre le Rwanda qu’il a mis en cause pour les combats en Ituri et dans les Kivus, Jean-Marc de la Sablière a répondu que le Conseil de sécurité des Nations unies n’envisage pas de sanctions contre le Rwanda pour ses activités dans l’est de la RD Congo. «Nous avons pour mission de presser les pays voisins d’exercer une influence positive sur les développements de la situation en RD Congo, des sanctions ne sont pas à notre programme», a précisé l’ambassadeur français.

A noter que Jean-Pierre Bemba, le chef du Mouvement de libération du Congo (MLC), a affirmé avoir été empêché de se rendre à Kinshasa pour y rencontrer les ambassadeurs du Conseil de sécurité. «Joseph Kabila a dit que ce n’était pas opportun que je vienne, en violation de la libre circulation des personnes sur le territoire congolais et contrairement à l’esprit de la réconciliation nationale et la mise en place des nouvelles institutions», a affirmé M. Bemba.

Le message a été plus dur à l’adresse du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD-Goma), dont les forces affrontent dans le territoire de Lubero (est) celles du Rassemblement congolais pour la démocratie-Mouvement de Libération (RCD-ML) de Mbusa Nyamwisi. Les deux belligérants s’accusent mutuellement d’avoir recours à des alliés, armées nationales et milices locales.
«La mission est consternée par ce qui se passe dans les Kivu. Nous sommes déçus par les offensives menées par le RCD et les violations inacceptables qu’elles provoquent», a souligné M. de la Sablière, ajoutant : «c’est inacceptable pour le monde entier qui regarde le Congo».

A propos des violations des droits de l’homme, l’ambassadeur français a promis l’impunité : «Il n’y a plus, dans le monde, de place pour l’impunité. L’évolution de la civilisation refuse l’impunité et dans ce domaine il n’y aura pas d’exception congolaise», a-t-il affirmé.

A Bunia, il a suffi aux 15 ambassadeurs du Conseil de sécurité de l’ONU de trois heures le jeudi 12 juin, pour mesurer toute l’horreur des affrontements ethniques qui font rage depuis des années dans ce petit district de l’Ituri. Les ambassadeurs se sont entretenus avec le général français Jean-Paul Thonier, le commandant de la Monuc et ont traversé la ville escortés par des blindés.
Lors de leur passage devant le quartier général de la Monuc, quelque 200 habitants ont manifesté, chantant et déployant des banderoles sur lesquelles on pouvait lire «Non à la violence, oui à la paix».
La délégation s’est aussi entretenue avec les responsables de la Commission de pacification de l’Ituri, dont est issue l’administration civile de transition.
Les ambassadeurs se sont par ailleurs rendus dans un camp de déplacés qui accueille quelque 12.000 personnes.
Les ambassadeurs ont formulé trois demandes aux belligérants dans la zone de Bunia :
- la cessation immédiate des hostilités
- un retour aux positions en vigueur en mai
- une rencontre entre les combattants.

Enfin, la délégation du Conseil de sécurité, qui a rencontré à Pretoria l’ambassadeur égyptien Mahmous Kassem, auteur d’un rapport sur le pillage des ressources naturelles de la RDC, a par ailleurs annoncé que le Conseil va réfléchir à un éventuel embargo sur les livraisons d’armes en Ituri si les combats continuent.

Rappel : Kofi Annan a demandé le 2 juin au Conseil de sécurité de porter à 10.800 les effectifs de la Monuc et d’en prolonger le mandat - observer l’application d’un cessez-le-feu et faciliter l’assistance humanitaire - jusqu’au 30 juin 2004. La Monuc, dont le mandat actuel arrive à échéance à la fin du mois, a un effectif théorique de 8.700 hommes mais en raison des difficultés à trouver des pays décidés à fournir des troupes, n’en compte à ce jour qu’un peu plus de 5.500.
La Monuc a été créée par la résolution 1291 du 20 février 2000. Son mandat avait été prorogé une première fois le 14 juin 2001 par la résolution 1417. Son budget pour l’année en cours est légèrement supérieur à 608 millions de dollars.
L’Uruguay a annoncé récemment qu’il maintiendra ses 700 casques bleus au sein de la Monuc et qui sont basés dans la partie la plus chaude du pays en ce moment, Bunia.
L’Uruguay compte au total plus de 1.500 casques bleus déployés dans les différentes régions de RD Congo, qui devraient être relevés entre août et septembre prochain.


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