N° 274
du 16/07/2003

RD Congo


Kabila forme le gouvernement de transition

La composition du gouvernement de transition, nommé par un arrêté du président Joseph Kabila aux termes de la Constitution de la transition, a été annoncée le 30 juin.
Ce gouvernement de transition, qui doit mener la RD Congo, en deux ans, vers des élections libres et démocratiques, compte 36 ministres et 25 vice-ministres.
Les ministères et postes de vice-ministres sont répartis entre les composantes et entités du Dialogue intercongolais, selon l’Accord global de gouvernement conclu le 17 décembre 2002 à Pretoria et endossé par toutes les parties le 2 avril à Sun City.
Chacune des composantes - gouvernement, Mouvement de libération du Congo, Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD-Goma) et Opposition politique se voit attribuer 7 ministères et 4 postes de vice-ministres.
Deux ministères et 3 postes de vice-ministres sont attribués à la composante Forces vives, aussi appelée Société civile.
Les entités - Rassemblement congolais pour la démocratie-Mouvement de libération (RCD-ML), Rassemblement congolais pour la démocratie-National et les Maï-Maï - ont chacune 2 ministères et 2 postes de vice-Ministres.
Les 4 vice-Présidents, qui assisteront Joseph Kabila, ont été nommés dans le courant des mois d’avril et mai par leurs composantes respectives.
Il s’agit de Jean-Pierre Bemba (MLC), Abdoulaye Yerodia Ndombasi (gouvernement), Arthur Zahidi Ngoma (Opposition politique) et Azarias Ruberwa (RCD)

«Avec la mise en place des institutions de la transition, la guerre qui endeuille encore plusieurs parties du territoire national et particulièrement l’Est du pays devient sans objet, car tous les prétextes avancés autrefois pour la justifier sont vidés», a déclaré le président Kabila dans un discours à la nation.
«Le pays sort d’une guerre qui a mis la cohésion nationale à rude épreuve. Je vous exhorte à vous engager au service de la nation, car pas plus que l’appartenance tribale ou ethnique, les affinités politiques et les clivages régionalistes ne peuvent prévaloir sur l’intérêt majeur du pays», a-t-il averti.
Pour Joseph Kabila, «les concepts de composantes et entités, utilisés dans le cadre du Dialogue intercongolais» sont désormais dépassés. «Puisque nous entamons la transition, a-t-il dit, ces étiquettes qui induisent des attitudes d’exclusion, doivent disparaître».
Pour le président Kabila, «la réunification du pays, la restauration de l’intégrité territoriale et celle de l’autorité de l’Etat sur le territoire national ne sont pas négociables. C’est une question de souveraineté», a-t-il affirmé dans son discours marquant le 43e anniversaire de l’indépendance.
Le gouvernement de transition doit mener la RD Congo, en deux ans, vers des élections libres et démocratiques.

Les réactions

François Lumumba, le président du Mouvement national congolais Lumumba (MNCL), a protesté contre la «tribalisation» des désignations de la composante «opposition politique» au sein du gouvernement. «Le mécanisme de désignation des ministres de l’Opposition politique, s’est basée sur les provinces et même les tribus», a-t-il protesté.
«Le socle du Lumumbisme étant l’unité et la cohésion nationale, ce mécanisme de désignation est contraire à l’idéal de notre parti et à la Constitution de la transition», a insisté le fils de Patrice Emery Lumumba, premier Premier ministre du Congo.
Le leader du MNCL craint que cela ne constitue «un précédent dangereux, qui s’étendra au niveau des affectations dans (l’administration) territoriale, la diplomatie, les entreprises et les services publiques, ainsi que dans l’armée, la police et les services de sécurité».
«Cela ne peut que rallumer la guerre civile et accentuer davantage la décomposition déjà prononcée de l’Etat», a estimé François Lumumba.
Défenseur «d’une désignation fondée sur les compétences, et non l’origine tribale», François Lumumba qui a été «débarqué» de la liste des candidats de l’Opposition politique au motif que deux autres politiciens originaires du Kasaï oriental (centre est) y figuraient déjà, entend «poursuivre la lutte pour la démocratisation du pays».

La formation de ce gouvernement a toutefois été saluée
par la rébellion du MLC, la France et l’Union européenne.

C’est «un moment important pour la RD Congo», a déclaré un porte-parole du ministère français des Affaires étrangères. «La mise en place de ce gouvernement lance effectivement la période de transition, qui se clôturera par des élections démocratiques et devrait permettre le retour à une paix durable», a-t-il ajouté.

Selon le président de la Commission européenne, Romano Prodi, ce gouvernement représente «une étape importante pour le processus démocratique» du pays.
Dans un communiqué, M. Prodi a exprimé l’espoir que ce nouveau gouvernement à Kinshasa «mènera le pays vers une réconciliation nationale et régionale durable».

Jean-Pierre Bemba, le chef du Mouvement de Libération du Congo (MLC), a estimé que cette nomination «marque la fin d’une étape, l’étape de la guerre»
«De nouveaux chapitres s’ouvrent à présent dans la continuation de la lutte que nous menons. Nous laissons tomber le conflit armé et la lutte devient une lutte politique où les armes sont la force de la conviction et les idées», a-t-il déclaré.

A savoir : le principal critère de choix pour la répartition des portefeuilles ministériels avait été, au sein de chacune des composantes et entités, l’origine provinciale des postulants.
Cette option a été utilisée de façon stratégique par les ex-belligérants, soucieux d’avoir des représentants dans des régions autres que celles où les accords précédents les avaient cantonnés.
Le Mouvement de libération du Congo (MLC) en est le meilleur exemple: il tient le nord et le nord-est du pays mais a pris grand soin de choisir parmi ses ministres des hommes venant des provinces «gouvernementales».
Antoine Ghonda Mangalibi, le nouveau ministre des Affaires étrangères, a ainsi des origines familiales dans le Bas-Congo et le Bandundu (ouest).
Mais c’est dans l’Opposition politique que le choix par région a fonctionné comme un véritable couperet, provoquant l’indignation d’un de ces ténors, François Lumumba, président du Mouvement national congolais Lumumba (MNCL).


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