N° 291
du 06/04/2004



RD Congo

Mystérieuse tentative de coup de force
Des «assaillants» non-identifiés attaquent quatre bases militaires de Kinshasa
Quatre personnes ont été tuées à Kinshasa dans la nuit du samedi 27 mars au cours de l’attaque de quatre casernes par de mystérieux assaillants qui s’en sont pris au camp Kokolo et au camp Tshatshi, à la base navale (sur le fleuve Congo) ainsi qu’à la base aérienne de Ndolo.
Une vingtaine de ces «assaillants» ont été arrêtés et 18 ont pu prendre la fuite, selon les autorités qui ont présenté 17 des 20 interpellés aux journalistes, ainsi qu’une vingtaine d’armes, des grenades, et plus d’un millier de cartouches.
Un autre assaillant a été arrêté au siège de la Mission des Nations unies au Congo (Monuc) où il a tenté de chercher refuge.
Cette attaque simultanée de quatre sites militaires montre «une claire volonté de déstabilisation», a déclaré le porte-parole du président Joseph Kabila, Kudura Kasongo, selon qui ce sera à l’enquête, «qui doit être sérieuse et effectuée avec minutie tant en ce qui concerne le financement ou l’organisation des événements», de déterminer s’il s’agit ou non d’une tentative de coup d’Etat.
Dans un communiqué, le Conseil des ministres a indiqué que plusieurs éléments appréhendés ont baptisé ces événements comme l’ «Opération Pentecôte» et revendiqué leur appartenance à l’ «Armée céleste», organisation inconnue jusqu’à présent.
Selon le communiqué du Conseil des ministres, il apparaît que plusieurs éléments arrêtés figurent sur une liste de 22 suspects impliqués dans une affaire de cache d’armes découverte le 15 mars à Kingasani, un quartier de Kinshasa proche de l’aéroport international.
Cette tentative de coup de force a été généralement attribuée à d’anciens militaires des Forces armées zaïroises (FAZ) du Maréchal Mobutu Sese Seko, mis en déroute en 1997 lors de la prise du pouvoir par les hommes de Laurent-Désiré Kabila.
Plusieurs sources interrogées par l’AFP ont estimé que l’attaque de quatre sites militaires n’était en fait qu’une diversion pour permettre à un commando d’aller libérer des personnes détenues par le renseignement militaire.
Une partie au moins des assaillants étant arrivée par le fleuve, selon divers témoignages, et les regards accusateurs se sont immédiatement dirigés vers Brazzaville, dont les relations avec Kinshasa sont fraîches depuis plusieurs années.
La fragilité des institutions de la transition dirigée par un général-président non-élu (Joseph Kabila qui a succédé à son père Laurent-Désiré, assassiné en janvier 2001), assisté de quatre vice-présidents -dont deux issus des mouvements rebelles qui ont déchiré le pays ces cinq dernières années- explique la gêne des autorités.
Au sein de cet «espace présidentiel», chacun se surveille et craint l’explosion qui conduirait au redémarrage de la guerre.
De ce fait, un complot venu d’un ennemi extérieur est plus valorisant que d’admettre une tentative de libération de détenus.
La plupart des ex-FAZ, et son unité d’élite, la division spéciale présidentielle (DSP - environ 4.000 hommes) s’étaient installés à Brazzaville après leur déroute face aux troupes de Laurent-Désiré Kabila en 1997.
Les conditions de leur retour ne sont toujours pas résolues entre les deux capitales. Mais nombre de dirigeants de Kinshasa pensent que les ex-FAZ sont en partie instrumentés par Brazzaville.
D’autant que certains ex-FAZ ont participé aux côtés des miliciens cobra, à la fin des années 1990, aux combats qui ont porté Denis Sassou Nguesso au pouvoir.
Brazzaville a affirmé par la voie de plusieurs communiqués ne rien à voir avec cette affaire. Le ministre de la communication de Brazzaville a cependant annoncé que six membres de la garde présidentielle de Kinshasa avaient été surpris le 30 mars, «lourdement armés», dans une résidence de diplomates de Brazzaville à Kinshasa, bénéficiant de l’extra-territorialité et de l’immunité. Le secrétaire général des Nations unies a d’ailleurs demandé à la RD Congo d’accélérer la normalisation de ses relations avec ses voisins.

Les réactions

L’Union africaine (UA), dans un communiqué, a fait part de sa «grave préoccupation» après «la tentative de déstabilisation des institutions» de la RD Congo.

Le Comité international d’accompagnement de la transition (CIAT - 14 pays) en RD Congo a condamné une «tentative de perturber la bonne marche de la transition». Dans un communiqué, le CIAT s’est «réjoui de la réaction prompte et décisive» du gouvernement, qui a permis de «neutraliser les éléments inciviques qui, contre la volonté de la population, ont voulu mettre fin à la transition».

Le secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan, a condamné «avec force toute tentative de perturber le processus de transition».

La presse de Kinshasa s’est interrogée sur les commanditaires de ce coup de force, les éditorialistes s’accordant à penser qu’il ne s’agit pas d’une mutinerie, puisqu’elle n’a pas été suivie de pillages et que les armes saisies ne sont pas celles utilisées par les forces de l’ordre de la République démocratique du Congo.
«Coup d’Etat manqué» ont titré l’Avenir et le Palmarès. «Les indices d’un coup d’Etat», a estimé le Forum des As, poursuivant : «Les assaillants ont ciblé des objectifs militaires, ce qui ne correspond pas au scénario pillage que les Kinois ont connu».
«La thèse des pillages classiques (...) ne résiste pas aux faits qui montrent qu’il y a une logique de déstabilisation des institutions et de leurs animateurs. La démarche des assaillants semblait tout simplement de nature à remettre en cause le processus de transition actuelle au profit d’un ordre nouveau» a encore écrit ce journal.
Pour le Phare, il s’est agi d’un «putsch manqué» et le journal de s’interroger: «A qui profite le crime ?».
La Référence Plus a titré un éditorial «Coup d’Etat, mutinerie ou mécontentement» et demandé «qui serait suffisamment fou pour tenter un coup de force contre les institutions établies?» (...)
Le Potentiel a vu lui une «tentative de déstabilisation des institutions», estimant qu’il s’agit d’une «alerte de trop».
Pour La Tempête des Tropiques, le «putsch manqué» contre Joseph Kabila, visait également à libérer un ancien milicien cobra de Brazzaville, Willie Matsanga, recherché depuis longtemps par le président Denis Sassou Nguesso.

Le Congo-Brazzavile ouvre une enquête dans les milieux des ex-Faz

Le gouvernement congolais a ouvert une enquête dans les milieux des anciens soldats des ex-forces armées zairoises (Faz) réfugiés à Brazzaville après la publication d’un communiqué d’une association de ces anciens soldats sur les attaques des sites militaires à Kinshasa.
«Après la publication d’un communiqué de presse par une association dénommée Diaspora militaire des ex-Faz et ex-forces armées congolaises (Fac) de la République démocratique du Congo au Congo-Brazzaville, qui semble insinuer que ce sont leurs compatriotes qui seraient à l’origine des troubles qu’a connus Kinshasa, le gouvernement congolais a ouvert une enquête dans les milieux de ces ex-Faz réfugiés dans notre pays», a annoncé le ministre congolais de la Communication et porte-parole du gouvernement, Alain Akouala.
Dans un communiqué, une association dirigée par un officier des ex-Faz, le major Germain Ndaba, a condamné les attaques contre des sites militaires à Kinshasa et indiqué que les troubles auraient pour origine l’action de certains ex-Faz.
Dans son communiqué, l’Association de la Diaspora militaire des ex-Faz et ex-Fac n’a pas confirmé cette information, mais elle a déploré «l’amalgame qui consistait à les mélanger avec des éléments qui ne pensent qu’à susciter le trouble et qui ne voient leur avenir qu’à travers leur passé».

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