- Le ministre des Affaires
étrangères de Sao Tomé et
Principe, Patrice Trovoada, a
présenté le 4/02 sa démission pour
protester contre la "dérive autoritaire" du
président Fradique de Menezes.
- "Le président s'implique directement dans les
luttes au sein de la majorité
présidentielle et les conseils de ministres se
transforment en débat politique entre partis", a
expliqué M. Trovoada. "C'est une dérive
autoritaire", a ajouté le ministre
démissionnaire, fils du prédécesseur
de M. de Menezes, Miguel Trovoada (1991-2001), qui avait
soutenu la candidature de l'actuel président
à la présidentielle de juillet 2001.
- "Le président a cherché à
intimider les ministres issus de l'Alliance
démocratique indépendante (ADI), (la
formation de M. Trovoada, ndlr) pour qu'ils ne se
présentent pas aux élections
législatives" anticipées du 3 mars
prochain, a-t-il accusé.
- Le ministre démissionnaire a par ailleurs
dénoncé les "attaques personnelles" du
président Fradique de Menezes lors d'un entretien
accordé le 30 janvier à l'AFP.
- Le chef de l'Etat avait expliqué que les
divisions au sein de la classe politique de l'ancienne
colonie portugaise étaient avivées par
"l'odeur du pétrole" et avait
dénoncé une "oligarchie familiale", visant
implicitement la famille Trovoada.
- Le président de Menezes tente depuis plusieurs
mois de s'émanciper de l'influence de l'ADI et du
"clan Trovoada" qui l'a porté au pouvoir,
provoquant une grave crise au sein de la mouvance
présidentielle, selon les observateurs.
- Ces divisions risquent, à un mois des
législatives anticipées du 3 mars prochain,
de faire le jeu du Mouvement de libération de
Sao Tomé et Principe (MLSTP, ex-parti
unique), majoritaire à l'Assemblée depuis
1994.
- C'est le ministre des Travaux publics et
Infrastructures, Mateus Meira Rita, qui a
été nommé aux Affaires
étrangères, de la Coopération et des
Communautés, pour remplacer Patrice Trovoada.
- Mateus Meira Rita est membre du Parti de la
Convergence démocratique (PCD,
opposition).
-
-
Commentaire
- La crise dans le clan présidentiel
s'aggrave
- à un mois des législatives
-
- La crise qui agite, depuis fin décembre, la
mouvance présidentielle santoméenne semble
avoir atteint le point de non-retour, à moins d'un
mois des législatives du 3 mars prochain, avec la
démission de Patrice Trovoada.
- Elu haut la main président au 1er tour de la
présidentielle de juillet 2001, notamment
grâce au soutien de la famille Trovoada et du parti
de son prédécesseur, l'Alliance
démocratique indépendante (ADI, 16
députés), M. de Menezes cherche à
s'émanciper de la tutelle du clan Trovoada, ce qui
a provoqué, fin décembre, une division de
la mouvance présidentielle en deux courants.
- Le premier, celui de Miguel Trovoada, est
constitué de l'ADI et de quatre petites formations
politiques sans élus.
- Le second, celui de Fradique de Menezes, regroupe
le Parti de la convergence démocratique
(PCD, 8 députés) et le Mouvement
démocratique des forces du changement (MDFM),
créé en décembre par des proches de
l'actuel président.
- Ces divisions risquent, à un mois des
législatives anticipées, de faire le jeu du
Mouvement de libération de Sao Tomé et
Principe (MLSTP, ex-parti unique), majoritaire à
l'Assemblée depuis 1994, qui avait contraint la
présidence de Miguel Trovoada à sept ans de
cohabitation "à la française".
- "M. de Menezes sera le grand perdant des
élections et il mène le pays vers une
instabilité permanente", a averti M. Trovoada en
référence à la nouvelle cohabitation
qui découlerait d'une victoire du MLSTP le 3 mars.
- M. de Menezes, qui avait dissous l'Assemblée
nationale le 9 décembre 2001, après
l'échec de négociations avec le MLSTP en
vue de former un gouvernement d'union, s'était dit
confiant dans "la sagesse du peuple qui m'a élu il
y a six mois avec une majorité claire et nette".
-
- Ces divisions qui secouent la classe politique sont
bien évidemment avivées par "l'odeur du
pétrole", comme le reconnaît le
président Fradique de Menezes.
- Sao-Tome et Principe, micro-Etat surendetté de
140.000 habitants, n'entrera pas dans la phase
d'exploitation de son pétrole off-shore "avant 4
ou 5 ans", estime le président. Mais, "en
attendant, il y a plusieurs retombées que la
partie santoméenne peut attendre dès cette
année du Nigeria", notamment "l'attribution d'une
quantité de barils quotidienne" et le financement
d'un port en eau profonde.
- Les deux pays ont signé en février 2001
un accord aux termes duquel 60% des revenus
pétroliers provenant de leur zone maritime commune
iront dans les caisses de l'Etat nigérian, et 40%
dans celles de Sao Tomé.
- Selon M. de Menezes, dont les amis ont fondé
récemment un nouveau parti, le Mouvement
démocratique des forces du changement (MDFM),
cette perspective pétrolière explique
l'incapacité de la mouvance présidentielle
à présenter une liste unique de candidats
aux législatives du 3 mars.
-
- "S'il y a un pain, il faut le partager entre tous;
mais il y a des éléments dans ce groupe qui
veulent le plus gros morceau; c'est ce qui a fait
éclater notre coalition, et non une quelconque
ingratitude de ma part", estime-t-il.
- "Le problème dans notre pays, c'est qu'on
crée une certaine oligarchie familiale. Parce
qu'ils ont joué un rôle capital dans
l'émancipation du pays, certains s'imaginent que
les îles sont leur petit potager et se posent en
héritiers normaux, et non au service d'une cause".
- Des propos qui visaient notamment la famille
Trovoada, et en particulier le fils, Patrice.
- "Moi, je ne me considère pas comme un
serviteur de Miguel Trovoada, ajoute le chef de l'Etat.
Il faut que tout le monde assimile, notamment les
Trovoada, que l'homme fort, le seul maître à
bord, s'appelle Fradique de Menezes et que c'est le
peuple qui l'a décidé".
- "En décembre, souligne-t-il, j'ai
proposé un +Pacte de régime+ qui
prévoyait justement un gouvernement d'union
nationale ou à base élargie pour
décider d'un nombre d'actions concrètes et
réalisables auxquelles affecter les premiers
revenus du pétrole". "Mais tout le monde a
commencé à crier que j'allais tuer la
démocratie, qu'il n'y aurait plus de débat
contradictoire".
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