N° 244
du 06/02/2002

Sao Tome et Principe


Le ministre des Affaires étrangères claque la port

Le ministre des Affaires étrangères de Sao Tomé et Principe, Patrice Trovoada, a présenté le 4/02 sa démission pour protester contre la "dérive autoritaire" du président Fradique de Menezes.
"Le président s'implique directement dans les luttes au sein de la majorité présidentielle et les conseils de ministres se transforment en débat politique entre partis", a expliqué M. Trovoada. "C'est une dérive autoritaire", a ajouté le ministre démissionnaire, fils du prédécesseur de M. de Menezes, Miguel Trovoada (1991-2001), qui avait soutenu la candidature de l'actuel président à la présidentielle de juillet 2001.
"Le président a cherché à intimider les ministres issus de l'Alliance démocratique indépendante (ADI), (la formation de M. Trovoada, ndlr) pour qu'ils ne se présentent pas aux élections législatives" anticipées du 3 mars prochain, a-t-il accusé.
Le ministre démissionnaire a par ailleurs dénoncé les "attaques personnelles" du président Fradique de Menezes lors d'un entretien accordé le 30 janvier à l'AFP.
Le chef de l'Etat avait expliqué que les divisions au sein de la classe politique de l'ancienne colonie portugaise étaient avivées par "l'odeur du pétrole" et avait dénoncé une "oligarchie familiale", visant implicitement la famille Trovoada.
Le président de Menezes tente depuis plusieurs mois de s'émanciper de l'influence de l'ADI et du "clan Trovoada" qui l'a porté au pouvoir, provoquant une grave crise au sein de la mouvance présidentielle, selon les observateurs.
Ces divisions risquent, à un mois des législatives anticipées du 3 mars prochain, de faire le jeu du Mouvement de libération de Sao Tomé et Principe (MLSTP, ex-parti unique), majoritaire à l'Assemblée depuis 1994.
C'est le ministre des Travaux publics et Infrastructures, Mateus Meira Rita, qui a été nommé aux Affaires étrangères, de la Coopération et des Communautés, pour remplacer Patrice Trovoada.
Mateus Meira Rita est membre du Parti de la Convergence démocratique (PCD, opposition).
 
 

Commentaire

La crise dans le clan présidentiel s'aggrave
à un mois des législatives
 
La crise qui agite, depuis fin décembre, la mouvance présidentielle santoméenne semble avoir atteint le point de non-retour, à moins d'un mois des législatives du 3 mars prochain, avec la démission de Patrice Trovoada.
Elu haut la main président au 1er tour de la présidentielle de juillet 2001, notamment grâce au soutien de la famille Trovoada et du parti de son prédécesseur, l'Alliance démocratique indépendante (ADI, 16 députés), M. de Menezes cherche à s'émanciper de la tutelle du clan Trovoada, ce qui a provoqué, fin décembre, une division de la mouvance présidentielle en deux courants.
Le premier, celui de Miguel Trovoada, est constitué de l'ADI et de quatre petites formations politiques sans élus.
Le second, celui de Fradique de Menezes, regroupe le Parti de la convergence démocratique (PCD, 8 députés) et le Mouvement démocratique des forces du changement (MDFM), créé en décembre par des proches de l'actuel président.
Ces divisions risquent, à un mois des législatives anticipées, de faire le jeu du Mouvement de libération de Sao Tomé et Principe (MLSTP, ex-parti unique), majoritaire à l'Assemblée depuis 1994, qui avait contraint la présidence de Miguel Trovoada à sept ans de cohabitation "à la française".
"M. de Menezes sera le grand perdant des élections et il mène le pays vers une instabilité permanente", a averti M. Trovoada en référence à la nouvelle cohabitation qui découlerait d'une victoire du MLSTP le 3 mars.
M. de Menezes, qui avait dissous l'Assemblée nationale le 9 décembre 2001, après l'échec de négociations avec le MLSTP en vue de former un gouvernement d'union, s'était dit confiant dans "la sagesse du peuple qui m'a élu il y a six mois avec une majorité claire et nette".
 
Ces divisions qui secouent la classe politique sont bien évidemment avivées par "l'odeur du pétrole", comme le reconnaît le président Fradique de Menezes.
Sao-Tome et Principe, micro-Etat surendetté de 140.000 habitants, n'entrera pas dans la phase d'exploitation de son pétrole off-shore "avant 4 ou 5 ans", estime le président. Mais, "en attendant, il y a plusieurs retombées que la partie santoméenne peut attendre dès cette année du Nigeria", notamment "l'attribution d'une quantité de barils quotidienne" et le financement d'un port en eau profonde.
Les deux pays ont signé en février 2001 un accord aux termes duquel 60% des revenus pétroliers provenant de leur zone maritime commune iront dans les caisses de l'Etat nigérian, et 40% dans celles de Sao Tomé.
Selon M. de Menezes, dont les amis ont fondé récemment un nouveau parti, le Mouvement démocratique des forces du changement (MDFM), cette perspective pétrolière explique l'incapacité de la mouvance présidentielle à présenter une liste unique de candidats aux législatives du 3 mars.
 
"S'il y a un pain, il faut le partager entre tous; mais il y a des éléments dans ce groupe qui veulent le plus gros morceau; c'est ce qui a fait éclater notre coalition, et non une quelconque ingratitude de ma part", estime-t-il.
"Le problème dans notre pays, c'est qu'on crée une certaine oligarchie familiale. Parce qu'ils ont joué un rôle capital dans l'émancipation du pays, certains s'imaginent que les îles sont leur petit potager et se posent en héritiers normaux, et non au service d'une cause".
Des propos qui visaient notamment la famille Trovoada, et en particulier le fils, Patrice.
"Moi, je ne me considère pas comme un serviteur de Miguel Trovoada, ajoute le chef de l'Etat. Il faut que tout le monde assimile, notamment les Trovoada, que l'homme fort, le seul maître à bord, s'appelle Fradique de Menezes et que c'est le peuple qui l'a décidé".
"En décembre, souligne-t-il, j'ai proposé un +Pacte de régime+ qui prévoyait justement un gouvernement d'union nationale ou à base élargie pour décider d'un nombre d'actions concrètes et réalisables auxquelles affecter les premiers revenus du pétrole". "Mais tout le monde a commencé à crier que j'allais tuer la démocratie, qu'il n'y aurait plus de débat contradictoire".


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