Idriss
Deby Itno est né en 1952 à Berdoba à côté
de Fada dans le nord-est du Tchad, d'un père berger. Musulman
de l'ethnie Zaghawa, il est plus précisément Bilieda
(les habitants de la région de Bilia), un sous groupe des Bideyat,
lui-meme sous groupe de la grande ethnie des Zaghawas que lon
trouve des deux côtés de la frontière tchado-soudanaise
Après avoir passé son baccalauréat, il a fait
l'école d'officiers de N'Djaména, puis obtient en 1976
une licence de pilote professionnel en France.
De retour au Tchad, il collabore avec Hissein Habre, entré
en rébellion en mars 1980, contre Goukouny Weddeye, après
léclatement du Gouvernement national de transition (Gunt)
formé cinq mois plus tôt.
Hissein Habre nomme alors Idriss Deby commandant en chef des Forces
Armées du Nord (FAN).
Le 7 juin 1982, Habré entre dans NDjamena avec Deby à
ses côtés poussant Goukouny Weddeye à sexiler
en Algérie.
Promu colonel, il se rend en France où il suit les cours de
l'Ecole de guerre inter-armées (1986-1987).
De retour au Tchad, il est nommé conseiller dHabré
pour la défense et la sécurité. Mais en 1989, rien
ne va plus entre Habré dune part, et Déby de lautre,
mais aussi son cousin Hassan Djamous qui l'a remplacé au poste de
commandant en chef et son demi-frère Ibrahim Itno, ministre de l'Intérieur.
Accusés de complot, les trois hommes prennent la fuite. Tandis que
Djamous est tué, Idriss Deby réussit à gagner la Libye,
puis le Soudan, où il créé en mars 1990 le Mouvement
patriotique de Salut (MPS), mouvement rebelle. Le 1er décembre 1990,
ses forces s'emparent de N'Djaména et chassent Habré qui se
réfugie au Sénégal.
Il est porté à la présidence du "Conseil d'Etat" dès le 4 décembre 1990, puis "désigné" par le MPS, président de la République le 28 février
1991 après l'adoption dune Charte Nationale qui accorde tous
les pouvoirs au président et reporte à 30 mois l'instauration
du multipartisme
Investi président, il promet la tenue d'une Conférence nationale
ayant pour tâche principale l'élaboration d'une nouvelle Constitution
Mais Deby traîne des pieds et rien ne se passe. Le président
français, François Mitterrand, dépêche alors,
en juin 1992, Christian Quesnot, son chef d'état-major particulier,
qui arrive à NDjaména avec dans ses bagages plusieurs
"conditions" au maintien de la présence militaire française
dans le cadre de lopération Epervier : réduction des
effectifs de l'armée, tenue de la Conférence nationale, puis
formation d'un gouvernement de transition, libération des prisonniers
politiques, respect des droits de l'homme, reprise en main de l'administration
financière de l'Etat.
Déby, qui sait quil na pas les moyens de contrer les
ambitions de la Libye sans laide militaire de la France, a compris
le message et la Conférence nationale de réconciliation se
tiendra du 15 janvier au 7 avril 1993. La Conférence nationale adopte
une Charte de transition, chargée de régir le pays jusqu'à
la mise en place d'institutions démocratiques, après ladoption
dune nouvelle constitution par référendum.
Entre temps, Déby est promu général de corps d'armée
le 21 février 1995.
Il remportera les trois élections présidentielles pluralistes
de1996, 2001 et 2006, trois scrutins farouchement contestés par ses opposants.
Pour ce second tour, ce sont les avions de l'opération militaire française "Epervier" qui sont affrétés pour le transport des procès verbaux des résultats dans la capitale. On l'aura compris, Paris n'a rien à redire sur les conditions du vote au premier tour.
Le 26 mai 2004, le Parlement tchadien, entièrement dominé par son parti
le MPS, adopte une modification constitutionnelle qui supprime la limitation
des mandats présidentiels, auparavant fixée à deux.
Le projet de révision a été intégralement adopté,
à main levée, par 123 voix pour, 0 contre et une abstention,
les députés de l'opposition ayant refusé de voter en
quittant l'hémicycle.
Aussi, son goût pour le maintien au pouvoir est sans doute lié à
une nouvelle donne pour le Tchad : depuis octobre 2003, le pétrole
coule en direction du port de Kribi au Cameroun.
La face cachée du démocrate
Dans son premier discours, après être entré à
NDjaména en décembre 1990, Idriss Déby déclare:
"Je vous ai apporté ni or, ni argent mais la liberté
"
De fait, la DDS (Direction de la Documentation et de la Sécurité),
police secrète de Habré est dissoute et les prisonniers politiques
sont libérés. Alors, le paradis, le Tchad ?
Au fil du temps, le "régime Déby" commettra lui
aussi bon nombre de violations des droits de l'homme, dans la lignée
du précédent régime. N'Djaména est sévèrement
épinglée dans le rapport 1994 d'Amnesty International.
Parmi les faits notoires, arrestations arbitraires d'opposants sans jugement,
liquidation dans l'ombre, le tout sur fond de guerre entre clans rivaux.
A titre d'exemple, le 13 octobre 1991, une "tentative de putsch"
voit le départ de son ancien bras droit, le colonel Maldom Abbas,
soutenu par une dizaine de responsables politiques et militaires appartenant
pour la plupart à l'ethnie Hadjarai. Il s'agissait d'un premier conflit
de partage du pouvoir, entre les Hadjarai (l'ethnie du colonel Maldom Abbas)
et les Zaghawas (ethnie dIdriss Deby). A l'époque, plusieurs
centaines de militaires Hadjarai avaient déserté l'armée.
En janvier 1992, Maldom Abbas, libéré, a été
propulsé à la présidence du Conseil provisoire de la
République.
Tous n'auront pas la même chance : Abbas Koty Yacoub, arrêté
le 22 octobre 1993 fut exécuté par des membres de la Garde
républicaine, sous les yeux de ses proches, selon Amnesty, sans qu'il
oppose la moindre résistance. On le soupçonnait de préparer
un
coup d'Etat. Abbas Koty Yacoub était pourtant rentré à
N'Djaména à la suite d'un accord avec le gouvernement, garantissant
la libre circulation des membres de son mouvement.
En février 1992, l'armée contrôlée par les Zaghawa
mène une sévère répression en terre "sudiste",
à tel point que Paris lance un coup de semonce en annonçant
le retrait de sa couverture aérienne au Tchad, mise en place dans
le cadre du dispositif de protection Epervier.
Ce même mois de février le vice-président de la Ligue
tchadienne des droits de l'homme, Me Joseph Behidi, est mystérieusement
assassiné.
En février 1992 toujours, le Nigeria extrade vers le Tchad 278 opposants tchadiens
dont beaucoup étaient membres du MDD (Mouvement pour la Démocratie
et le Développement) dirigé par Moussa Madela. La Ligue tchadienne
des Droits de l'homme na pu que constater la disparition - sans procès
ni jugement - de plusieurs d'entre eux.
Août 1993, répression violente dune manifestation à
N'Djaména : au moins 41 morts
Février 1995, sévère répression contre les populations
de Goré dans le Logone oriental
1er juin 1995, mise à sac du journal N'djamena Hebdo et tabassage
du directeur de publication et de ses journalistes
Il serait fastidieux dénumérer ici tous les cas dénoncés
par des Tchadiens eux-mêmes (cf. le livre Tchad,
le procès dIdriss Déby, de lopposant
Ngarlejy Yorongar)
Quant à ses rapports avec la France, parfois "tendus",
Idriss Déby a cru bon de déclarer un jour que "l'arrivée
du président Chirac à l'Élysée a marqué
un changement visible entre les deux pays". Jacques Chirac "est
un homme dynamique, loyal et chaleureux, qui a pour l'Afrique le même
attachement que le général de Gaulle". Cétait
en 1996, avant lélection présidentielle, et cest
toujours dactualité.
Dans sa biographie officielle, publiée sur le site de la Présidence du Tchad, il est écrit : "Son engagement pour l'instauration d'un Etat de droit et la démocratie a été auréolé par un Prix Européen. Le 20 Avril 1991, le Président Idriss Deby Itno a en effet reçu le message de la Paix Universelle du Prix Européen Umberto Biancamano". Ah bon ?
RJ Lique |