| Tchad : Réflexion de Saleh Kebzabo, député, leader de lUNDR, sur le régime dIdriss Déby (puliée en décembre 2005) |
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1er décembre 1990 1er décembre 2005: le Tchad vit un cauchemar caractérisé par un pouvoir sans partage sous la férule implacable et impitoyable dun homme, seul, qui a passé son temps à ruser, à mentir et à tromper tout le monde, à faire croire aux uns quil est des leurs contre les autres, à diviser quotidiennement ses compatriotes pour mieux les asservir, à diviser ses propres parents pour les opposer et être le seul recours. Cette pratique a également prévalu face aux partenaires du Tchad avec qui il a usé du charme ou du bluff, avec réussite, jusquà ce quils ont constaté quils tournaient en rond avec lui. Les pays voisins ont subi les mêmes approches, les plus nantis dentre eux lont soutenu à bouts de bras, financièrement et diplomatiquement, avant de se rendre compte des limites de lhomme. Idriss Déby, puisque cest de lui quil sagit, est un monstre froid, sorti du néant pour être propulsé aux avant-postes et jouer un rôle pour lequel il nétait jamais préparé et dans lequel il sest installé pour jouer cette partition sans jamais varier, et rebondir dans les situations les plus difficiles, avec cette baraka qui caractérise les hommes qui croisent un grand destin quils nincarnent jamais. Quel bilan peut-on faire de sa gestion? Les qualificatifs ne manquent pas : calamiteuse, désastreuse, aventureuse, minable, catastrophique, personnelle, clanique A-t-on encore besoin den rajouter, tellement il est patent ? Pour bien comprendre cet échec, il est important de remonter aux sources de ce pouvoir, du MPS et de ses dirigeants. Le 1er avril 1989, cest avec surprise et presque dans lindifférence que les Tchadiens ont appris le départ en rébellion de quelques pontes du régime de Hissein Habré, appartenant exclusivement à lethnie zaghawa. Sil est vrai quà lépoque le tribalisme était lune des marques du régime, le mot " zaghawa " névoquait rien dans le souvenir des Tchadiens. Minoritaires, ils vivaient en parfaite harmonie avec les autres Tchadiens. En puisant dans leurs souvenirs, ces derniers se rappelleront que M. Abbo Nassour, figure marquante des zaghawas, fut pendant longtemps le numéro deux du pouvoir de Ngarta Tombalbaye, dabord comme ministre de lintérieur, puis comme président de lAssemblée nationale. Ainsi que le sultan Abdéramane Haggar dIriba qui régnait sur la tribu et suscitait du respect. Sans plus. Cest donc avec stupéfaction quils vont faire la découverte de ces nouveaux compatriotes venus du Soudan qui sillustrent par leur barbarie sanguinaire et leur tribalisme excessif. Et avec qui ils vont devoir cohabiter une quinzaine dannées, et peut-être plus Les dissidents de Hissein Habré nétaient pas des inconnus de la scène politique : Hassan Djamous, Ibrahim Itno, Idriss et Daoussa Déby et quelques autres. Des motifs de cette séparation avec le " boss ", seuls quelques initiés en étaient informés, car aucun signe de crise nétait perceptible dans le système fermé de Habré. Ils étaient tous de très hauts responsables dans le gouvernement, ladministration et larmée, ainsi que dans le monde des affaires. Le premier, le plus connu par ses faits darmes dans le maquis des FAN, a été de tous les gouvernements depuis 1982, et chef détat major général des armées au moment de son départ. Le second, par ailleurs frère du troisième, était le tout puissant ministre de lintérieur. Idriss Déby, enfin, a un parcours tumultueux. De son passé, on ne connaît pas grand-chose. Il est généralement admis quaprès lécole de pilote de lair en France, son retour au Tchad coïncide avec les évènements de 1979 et il rallie naturellement les FAN de Hissein Habré. Le jeune homme brillait plutôt par sa timidité et sa retenue et na pas laissé de souvenir de grand baroudeur. Pour des raisons déquilibre déjà- il sera pourtant promu chef détat major- adjoint des FAN aux côtés de Gouara Lassou, militaire de carrière et lun des auteurs du coup détat de 1975 qui, lui, était politiquement plus accompli et en a convaincu plus dun par sa témérité au combat, au point dêtre plébiscité à ce poste par les combattants! Dès la prise du pouvoir en 1982, Déby va connaître une ascension fulgurante : commissaire aux armées et à la sécurité du parti-Etat et, surtout, " comchef " des FANT. Cest à ce poste quil va sillustrer et marquer la mémoire des sudistes qui lont subi de la manière la plus tragique qui soit. Les milliers de familles endeuillées dans la répression aveugle et sanglante de 1984 qui a généré " septembre noir ", cest lui ; la liquidation de centaines de cadres sudistes, cest encore lui, jusquà la pacification totale du sud. Ces années noires lui colleront à jamais à la peau et il en éprouvera un complexe qui va marquer ses relations avec les sudistes. Habré, pour des raisons inconnues, choisit de sen écarter et lenvoie se former à la prestigieuse Ecole de guerre de Paris qui lui aurait permis de nouer de précieuses relations avec les officiers français. A son retour, il devait se contenter du titre sans pouvoir ni prestige de conseiller à la sécurité du Président de la République. Dès lors, cest la descente aux enfers et il nest pas exclu que lidée dun complot prenne corps à ce moment-là. Au pouvoir, dans sa tentative de réécrire lHistoire et son histoire, Déby dira que cest le mépris de Habré pour les autres qui était lune des causes de sa chute. Il faut croire quil a la mémoire courte, comme la suite nous le montrera. Le constat sous le régime de Habré est que dans le judicieux partage du pouvoir, la part belle revenait assurément aux Zaghawas. A priori, rien ne pouvait donc justifier ce divorce qui va pourtant samplifier très rapidement pour fragiliser le pouvoir UNIR et lemporter en moins de deux ans. Les spectateurs du stade Idriss Ouya se rappellent que la cérémonie douverture de la semaine nationale de la jeunesse était tendue et grouillait de rumeurs diverses. Le départ rocambolesque de Djamous et des autres dans la soirée sera confirmé par une opinion ndjaménoise très prompte à faire des recoupements. Cest le nom de Djamous qui alimentera le plus les conversations car cest lui qui a la réputation de bravoure et de grand guerrier. Le successeur de Déby à la tête des FANT a dirigé les grandes batailles du nord et défait les Libyens. Aussi, lorsquon apprendra sa capture et son assassinat après seulement quelques jours descapade, ce sera comme un coup darrêt de cette rébellion naissante. Hissein Habré et lUNIR, pensait-on, pouvaient donc retrouver le sommeil, car le mouvement était décapité. Avant cette tentative, le Tchad présentait le visage dun pays entièrement calme et pacifié. Au nord, la situation était sous le contrôle total du gouvernement; le centre était déjà sécurisé, les rebelles hadjaraï du Mosanat ayant choisi la rébellion à lextérieur; au sud, tous les chefs militaires et politiques, par le truchement des accords, ont rejoint le bercail, en dehors de quelques officiers de lANT qui ont préféré lexil ; cest le cas de Djibrine Dassert et de Nadjita Béassoumal qui signeront avec les autres lacte de naissance du MPS à Bamina. Pour être complet, il faut citer les Arabes, avec Ahmed Soubiane et Rakhis Mannany, notamment, qui ne sont pas arrivés à combler le vide laissé par le charismatique Ahmat Acyl, décédé accidentellement au sud en 1983( ?), mais apporteront une caution précieuse au mouvement. Le MPS, hétéroclite dès sa naissance, va être géré dans cette ambiguïté par les Zaghawas, plus nombreux et déterminés. Ou plus exactement par Idriss Déby qui ne tardera pas à marginaliser ses " compagnons ", une fois le pouvoir conquis. Nous y reviendrons. Depuis lentrée en rébellion des Zaghawas en 1989, des témoins racontent quils sétaient singularisés au maquis en formant un bloc hermétique donc les activités étaient à la limite du fractionnisme. Sans remettre ouvertement en cause le leadership de Hissein Habré, ils étaient " ailleurs " le plus souvent et il se dit quà lépoque, ils avaient créé un réseau clandestin de caches darmes dans les grottes de lest. Dans les années 1988/1989, les rumeurs avaient circulé sur une vente darmes secrète dans lEnnedi, attribuée précisément aux Zaghawas. Habré a cherché à en savoir davantage et na pas été convaincu par les explications du Cemga (Djamous) et du ministre de lintérieur (Itno), et encore moins de son conseiller à la sécurité (Déby). Il est vraisemblable que cette affaire a créé une fissure au sommet de lEtat et que la confiance était rompue. Cest une course contre la mort qui est engagée et Habré devait avoir ses compagnons à lil. Linévitable rupture devait se produire et la date du 1er avril 1989 a été retenue pour éliminer Hissène Habré. Echec, départ précipité pour le maquis Le bloc du nord éclate en gorane/zaghawa. Malgré labsence de Hassane Djamous, les nouveaux maquisards vont sorganiser immédiatement, en récupérant le stock darmes cachées dans les grottes. Ils ont lavantage du terrain. Le Darfour soudanais , prolongement naturel du " dar zaghawa ", est majoritairement peuplé de cousins dont le moins que lon puisse dire est quils ont un sens sacré de la solidarité fraternelle et des affaires ! Les Zaghawas soudanais ont vite compris quau-delà de la famille, il y a au bout de laventure un pays à conquérir et à piller, comme au bon vieux temps des razzias. Les engagements préliminaires ont été pris par les Tchadiens qui ont bénéficié immédiatement de toutes les aides : politiques, diplomatiques, financières, militaires et humaines. Si lon ajoute à ce tableau que les militaires français nallaient pas rater cette occasion de bouter hors du pouvoir Habré, la boucle est bouclée et les jours de Habré comptés. Tactiquement, les rebelles ont rondement mené leur affaire et peuvent envisager de prendre le pouvoir. Ah le pouvoir ! Ils en voulaient depuis des années, le voilà enfin à leur portée. Cette rébellion dessence tribale, voire tribaliste, va se donner des couleurs nationales et tenir un discours patriotique pour élargir sa base et recruter dans le vivier des anti-Habré ; il va saventurer à promettre la démocratie aux Occidentaux pour leur plaire. Après deux grandes batailles, les FANT sont défaites et la route de la capitale ouverte. Quand la première colonne fait son entrée triomphale à NDjaména, personne ny croit. Le chef du mouvement lui-même ne sera là que quatre jours plus tard pour lire un texte préparé par Ousmane Gam : " ni or, ni argent " On connaît la suite. Le pouvoir se met difficilement en place. Les hommes-clés, issus du maquis ou du vivier trouvé sur place seront désignés pour le contrôler. Tous les Zaghawas vont former un bloc compact autour de Déby pour pérenniser le pouvoir et le conforter au profit de la tribu. Ce que Déby comprendra comme une entreprise à son profit personnel! Il laissera donc se constituer tous les lobbies politiques, administratifs, militaires et commerciaux ou affairistes et mafieux, autant quils ne le menacent pas. Les frères Erdimi, les Haggar et dautres vont vivre leurs heures de gloire au pouvoir pour faire et défaire les hommes et les situations. Si Déby a résisté à toutes les épreuves intérieures et extérieures, cest en partie grâce à lintelligence politique de ce lobby qui a utilisé toutes les ficelles pour renforcer le pouvoir. A son passif, la mise au point dune redoutable machine de fraude électorale qui tourne encore sans eux ! Déby feint de lignorer. Mais Déby devait aussi se consolider militairement. Toutes les velléités dopposition sont écrasées dans un bain de sang : les Hadjaraïs, les Ouaddaiens, les sudistes qui se sont aventurés à créer des rébellions lont payé de leur vie, sans aucune pitié. Même des Zaghawas comme Abbas Koty et Bichara Digui y ont laissé leur vie. Cest dire que Déby a fait la démonstration quil ne lésinerait sur rien pour conserver son pouvoir. Les ressortissants du BET nont pas été épargnés, puisque Youssouf Togoimi et Mahamat Guetti ont sauté sur des mines. Cette logique quil a voulu réserver à des parents plus proches, auteurs du coup du 16 mai 2004 et de la rébellion doctobre 2005, coupables douvrir des brèches dans le bel édifice du clan, et de perturber les cartes au moment où les pions se mettent en place pour la marche vers un troisième mandat présidentiel na pas, pour une fois, fonctionné. Si lédifice a craqué, cest quil a voulu trop tôt saffranchir de certains tuteurs intérieurs et extérieurs. Mauvais élève et mauvais héritier de son seul maître à penser politique, Hissein Habré, Déby na pas retenu toutes les leçons de lhistoire et du maître. Habré a eu recours à un discours tribalo-religieux qui a abouti aux évènements douloureux de 1979, lesquels ont durablement marqué la vie politique tchadienne. De cette époque, Déby na retenu que cette leçon et na pas suivi son maître dans son évolution politique des années suivantes, sans doute trop préoccupé par la préparation dun coup détat. Quand, par un malheureux hasard de lhistoire, il se retrouva aux commandes du pays, il était politiquement immature et na pas su adapter son discours aux réalités du moment. A la création du MPS, son seul schéma était le contrôle du mouvement. A NDjaména, les alliés réalisent que Déby et les siens les avaient de fait écartés. Un visionnaire comme Ousmane Gam sen est inquiété dès les premiers jours et a continué de marquer sa différence jusquà son départ en exil au Bénin. Cest de cette époque que date la notion du " pouvoir gorano-zaghawa ", réduite ensuite au groupe zaghawa, pour aboutir aux clans et aux sous-clans que nous découvrirons au fur et à mesure des péripéties politiques : kobé, bidéyat, borogat, biliya Faute de philosophie et de culture politique qui orientent son action, Déby use, jusquà en abuser, de la ruse tribale pour diviser et opposer les acteurs: le nombre disproportionné de ses corégionnaires dans le gouvernement, la haute administration civile et militaire, la diplomatie et dans le monde des affaires procède de cette politique de tout verrouiller par la région, puis la tribu, ensuite le clan, et enfin la famille pour sapproprier le Tchad et en disposer comme dun patrimoine privé. Lon sétait mépris à lidée dun pouvoir musulman ou islamique voire islamo-sahélien: les intéressés eux-mêmes ont été grugés et découvriront tardivement quils ne constituent quun maillon insignifiant dune machine quils doivent servir et ne profiter que des résidus. Lesquels, aux yeux des autres Tchadiens, sont une fortune ! Et tout le monde sen mord les doigts. A linverse, les siens sont bien servis : au nom de la " mémoire des martyrs ", rien nest laissé au hasard pour permettre à ce beau monde de se servir à satiété. Et ces derniers temps, le cercle privilégié sest rétréci à la famille stricte et à la belle famille la plus récente. Cest cela la gestion privative du pays. Une étude plus affinée nous édifierait sur la machine mise en place pour asservir les Tchadiens : aucun membre du clan et quelque soit son niveau dinstruction, nest en chômage. Tous occupent de hautes fonctions pour écumer et ponctionner lEtat, et ceux qui sont tapis dans linformel finissent la besogne. Sous Déby, lEtat a été totalement déstructuré au point de devenir informel, et larmée entièrement désorganisée pour faciliter la tâche des prédateurs et, sur le plan politique, justifier son séjour illimité à la tête du pays. Ainsi, à la veille des élections présidentielles de 1996 et 2001, largument militaire la emporté dans les chancelleries pour " lélection " de Déby : qui dautre que lui peut maîtriser larmée, ou ce qui en tient lieu ? Et pourtant, toutes les tentatives de la France ou de la Banque Mondiale de réformer un tant soit peu larmée ont englouti des dizaines de milliards de francs en pure perte pour les partenaires, mais pas pour le clan. Dans ces conditions, peut-on le créditer dune volonté quelconque de respecter le cahier des charges des états généraux de larmée ? Il est permis den douter, car il na commencé à le faire que quand il a rencontré des problèmes. Dailleurs, réforme-t-on une machine aussi lourde que larmée en se contentant de quelques nominations dont celles dofficiers véreux et illettrés ? Les gesticulations de Déby ne sont que purement conjoncturelles pour gagner du temps. La dissolution de la Garde Républicaine némeut personne, car elle intervient au moins pour la cinquième fois, pour des motifs divers et toujours claniques ! Il nen aura décidément tiré aucune leçon ! Idriss Déby a réussi la prouesse de créer une fracture nationale sans précédent. Jamais les Tchadiens nont été aussi divisés quaujourdhui, sans aucune perspective de retrouver lunité indispensable à la construction et au développement. Lon a rarement vu, même en Afrique, un pays bâti sur des injustices aussi criantes comme au Tchad. LEtat est instrumentalisé pour consacrer les inégalités, au détriment du règlement des problèmes les plus simples qui ont fini par déborder les dirigeants. Quand on gère sans aucune vision ni ambition, on reste au bas des pâquerettes pour vivre au quotidien sans aucune perspective du lendemain. Jamais il ny a eu autant de conflits intercommunautaires que sous le règne de Déby, laissant chaque fois des dizaines de morts et des familles endeuillées ; ces conflits créent des rancoeurs et une haine inexpugnable. Et pour finir, on a créé des catégories de Tchadiens : une race de seigneurs et une autre de serviteurs, corvéables et taillables à merci. Déby se comporte comme sil na cure de lavenir du Tchad et des Tchadiens, seul le présent lintéresse pour jouir des délices du pouvoir. Sa vie privée le montre amplement. Le pouvoir lui est monté à la tête et il na que du mépris pour tout le monde. Son discours du 16 novembre devant quelques militants du MPS renforcés par des banlieusards appelés à la rescousse, a laissé pantois plus dun observateur. Egal à lui-même et comme sous leffet dune drogue, il a été incohérent dans un discours décousu dont il ressort un homme usé par le pouvoir et éloigné des réalités. Ce jour-là, on attendait un discours rassembleur qui tire les leçons des évènements et jette un pont vers lavenir. Il a plutôt passé son temps à traiter les opposants de " bandits, irresponsables, aventuriers " Morceau choisi : " tous ont été des ministres. En tout cas je sais que un à un je les ai utilisés pendant quinze années et je sais ce quils sont Ce nest pas parce que Idriss Déby a marché sur NDjaména à partir de lest que nimporte quel aventurier va marcher sur NDjaména à partir de lest. Ce nest pas possible Un coup détat ne se fait pas avec des coupes- coupes, des couteaux de jet ou des lances ".Ces propos ne sont pas sans rappeler " les mangeurs de rats qui prétendent défendre lenvironnement ", ou bien, " je ne suis pas venu au pouvoir dans un avion Air Afrique ", tenus il y a quelques années. Tel quen lui-même, sûr de lui, dominateur et arrogant ! Dans le chapitre du mépris, les sudistes sont bien servis. Eternels " laoukouras ", ils sont condamnés à demeurer des nègres gratte-papier quon essore, jette, récupère et réutilise au gré des circonstances : les Koibla, Nagoum, Kabadi, Yokapdjim, Houdeingar, Dadnadji, Yoadimnadji et autres " intellectuels " de service sont prêts à toutes les turpitudes, toutes les trahisons et toutes les bassesses pour plaire au chef et le servir. Le Tchad, ils nen ont cure. Comme lui. Ils peuvent se consoler à lidée que les nordistes, globalement hors tribu ou clan, ne sont pas logés à meilleure enseigne, contrairement aux apparences. Ils ont eux aussi leurs mercenaires et serviteurs : les Mahamat Hissène, Bâchir, Kadam, Birémé Hamid, Bartchiret, Aliféi sont un petit échantillon auquel il faut ajouter les anciens " mouvanciers ", qui sont des victimes consentantes du yoyo national de la valse des décrets qui est un des sports favoris de Déby. Les conséquences de cette attitude sont forcément la corruption, la gabegie, la concussion, les détournements de deniers publics et limpunité. Cest une gangrène qui sest installée du niveau le plus élevé de lEtat à la base. La notion de service public a foutu le camp depuis belle lurette et les fonctionnaires ne sont plus mus que par leur intérêt personnel. Pouvait-il dailleurs en être autrement quand on connaît la soif jamais étanchée et la boulimie illimitée de nos dirigeants pour le lucre ? Rappelons-nous certains faits : les avions militaires vendus à vil prix dès 1991, la nomination dun ambassadeur étranger à lUNESCO contre espèces sonnantes, les réquisitions de fonds du Trésor bannies par la CNS mais jamais arrêtées, limplication dans la fausse monnaie et le trafic de drogue, les documents personnels comme la carte didentité et le passeport confectionnés par des étrangers à des conditions douteuses, le réseau de prévarication autour du projet pétrole, les détournements massifs de laide taiwanaise, les factures fictives, la pratique courante de la surfacturation Des scandales sont très précis et les commissions denquête parlementaires pour certains nont pas abouti: la STEE, la mini-raffinerie de Farcha et le pipe-line de Sédigui, le pont à double voie sur le Chari, la quasi faillite de la Sotel, le projet de déguerpissement de Habbéna dont la maquette seule aurait déjà coûté 700 000 000cfa, les marchés publics, les régies financières Sans être exhaustif, on peut ajouter la gestion des projets financiers par lextérieur et qui représente un gros morceau. Le bilan est incommensurable et pourrait facilement déboucher sur la mise en accusation de centaines de personnes, y compris Idriss Déby qui aura à répondre de ses crimes économiques devant la Haute Cour de Justice. La criminalisation de lEtat a atteint ici aussi des niveaux jamais égalés. Peut-on décemment encore parler de nationalisme et de patriotisme tchadien ? Etre tchadien a-t-il encore un sens aujourdhui ? Le civisme, la dignité, le sens de lhonneur, le travail bien fait et lexcellence nexistent plus. Aucune valeur nest inculquée aux enfants qui vivent quotidiennement des scènes de vendetta dignes dun autre siècle. Les élèves narguent les enseignants quils peuvent battre et abattre devant leurs camarades. Quattendre dune société qui na plus de principes ? Les mineurs ne se contentent plus des motos, ils conduisent les grosses cylindrées de leurs parents ou les véhicules de lEtat quils cassent sans être sermonnés, suite à des virées alcooliques ou de consommation de drogues fortes, dans des endroits peu recommandables pour leur âge. Les enfants disposent dimportantes sommes dargent que ne peuvent avoir leurs maîtres décole couverts de dettes par manque de salaires. Quel est donc le projet de société de Déby qui a fini par sentourer de " jeunes patriotes " qui lui répondent au doigt et à lil parce quils lui doivent tout, eux qui sont intégrés dans la Fonction publique avant la fin de leurs études ou responsabilisés dès leur prise de fonction, pour diriger des hommes nettement plus âgés et expérimentés? Nous constatons que le Tchad est le seul pays dAfrique où lexpérience et lâge sont des tares. Simplement parce que, complexé face aux hommes dexpérience, Déby craque. A quoi sert-il duser des culottes sur les bancs de lécole quand dautres, maniant avec dextérité le saut à la perche, atteignent des sommets sans aucune qualification ni formation, en se contentant simplement de leur qualité de semi-lettrés et de leur origine tribale? Sagissant de la récente controverse sur la qualité des directeurs administratifs et financiers nommés par son neveu le ministre des finances, Déby aurait répondu à un impertinent : " ne sont-ils pas tchadiens " ? Selon ce principe, larmée et la police sont devenues des foutoirs à généraux, colonels, contrôleurs généraux et des commissaires illettrés et sans formation, au motif quils seraient des Tchadiens. Suffit-il dêtre seulement tchadien pour être responsabilisé ? Et les autres que lon condamne à la mendicité et à la marginalisation ne sont-ils pas des Tchadiens ? Les Tchadiens doivent-ils se résigner et continuer daccepter que se poursuive cette entreprise de démolition méthodique et continue de leur pays ? Devons-nous faire continuellement appel à dautres pour régler nos problèmes ? Dexpérience, nous savons pourtant quaucun Blanc, fût-il Américain, Français ou Allemand ; aucun Jaune, aucun Arabe, fût-il chinois, japonais, saoudien ou marocain, ne peut aimer le Tchad plus que les Tchadiens. Tous, ils nous aimeront tant que leurs intérêts seront saufs. Et nous ne devons pas oublier que les organisations internationales, quelles soient politiques ou de développement, sont dabord les instruments des pays développés qui ne peuvent nous servir que dans le cadre bien compris de leurs intérêts. Et pourtant, nous sommes bien obligés de les interpeller car, globalement, ils sont aussi responsables que nous des malheurs que nous vivons : ils ont créé et adoubé Déby quils couvent constamment alors que le président tchadien roule tout le monde dans la farine et conduit son pays dans le gouffre ! Le centrafricain Patassé et le haïtien Aristide ont été renversés pour bien moins que cela. A la veille du seizième anniversaire du régime et à quelques semaines dune élection présidentielle qui se prépare et dont les résultats sont connus à lavance, tous ceux qui aiment le Tchad doivent se mobiliser pour demander à Déby darrêter les dégâts :trop cest trop ! " Non, Monsieur le Président, regardez-vous dans le miroir et jetez un coup dil dans le rétroviseur pour constater léchec de tout ce que vous avez entrepris et tirer les leçons qui simposent. La manipulation de la Constitution, les fraudes électorales, la confiscation de la manne pétrolière et la gestion familiale du pays ne vous honorent pas ! " Cest ce discours que nous devons lui tenir pour le ramener à la raison, car le pouvoir le rend fou et il a totalement perdu la raison et le sens des proportions. Cest ici le lieu de dire que les évènements qui se déroulent sous nos yeux peuvent connaître des fins sanglantes. Le Tchad a perdu beaucoup denfants pour des causes qui nen valent pas la peine. Cest donc le moment de sarrêter pour, ensemble, mesurer le chemin parcouru et faire de la prospective. Nous nen avons pas été capables à loccasion pourtant opportune du dixième anniversaire de la Conférence nationale souveraine qui na même pas été célébrée, comme si nous avions quelque chose à nous reprocher. Douze ans après la CNS, les Tchadiens devraient se retrouver pour dialoguer, faire le bilan de quarante cinq années déchecs et, pourquoi pas, se pardonner afin de repartir du bon pied. Ensuite, très sereinement, ils devraient être en mesure de fixer de nouvelles règles du jeu pour que, très librement et dans la transparence, ils se donnent des dirigeants qui acceptent de se sacrifier pour leur pays. Cest à ce prix, pensons-nous, que le Tchad sera sauvé. Et il ne sera sauvé que si Idriss Déby laime vraiment, et si les partenaires extérieurs les y accompagnent. Saleh Kebzabo, Député. |
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