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L'attaque le dimanche 15
juillet de la localité de Fada, située (dans
le nord-est du Tchad, à quelque 500 kilomètres
de la capitale N'Djaména) par des
éléments divers pourrait être le point
de départ d'une opération visant à
créer un MDJT-bis, plus malléable par la
Libye, afin d'amener ce mouvement à négocier
avec le président Idriss Deby.
Même si cette attaque a été
revendiquée par le Mouvement pour la justice et la
démocratie au Tchad (MDJT), actuellement
dirigé par Youssouf Togoïmi, il semble, selon
plusieurs sources, que ce mouvement n'a pas eu la
capacité opérationnelle pour descendre des
montages du Tibesti où il est basé,
jusqu'à la ville de Fada. Les affrontement qui ont eu
lieu à la garnison militaire de Fada auraient eu pour
point de départ une révolte d'une partie des
militaires, essentiellement Gorane, mécontents de
leurs conditions de vie. Ils auraient été
rejoints par des sympathisants du MDJT qui sont
légions dans la région, mais aussi par un
groupe dirigé par Adoum Togoï,
dépêché à toute allure à
partir de la Libye, et avec le feu vert des autorités
de Tripoli. Objectif de cette manŠuvre, créé
un MDJT-bis, contrôlé par Adoum
Togoï, ce dernier étant beaucoup plus
disposé à négocier avec
N'Djaména que Youssouf Togoïmi, qui reste sur
son préalable: négocier, oui, mais seulement
le départ d'Idriss Deby du pouvoir.
Si cette opération se confirme, on comprendrait
mieux pourquoi dans un premier temps le gouvernement de
N'Djaména a réfuté toute attaque sur
Fada, puis l'a reconnu ultérieurement. Une
manière comme une autre de donner du crédit
à ce groupe rebelle, qui, selon nos informations, n'a
pas rejoint les bases du MDJT sous contrôle de
Youssouf Togoïmi dans le Tibesti mais resterait
localisé au nord de Fada.
Adoum Togoï, qui fut successivement collaborateur
du premier président tchadien, le sudiste Tombalbaye,
puis chef d'état major des Forces armées
populaires (FAP) de Goukouni Weddeye, puis ministre
de la Défense du gouvernement de transition de 1981
à 1982, est d'ethnie Bidéyat (sous groupe
Gorane).
Les Goranes qui l'entourent gardent toutefois pas mal de
rancŠur au régime d'Idriss Deby qui a "chassé"
leur frère du pouvoir, Hissen Habre en 1990. Adoum
Togoï arrivera-t-il à les convaincre de faire
allégeance au régime de N'Djaména ?
L'avenir le dira.
Pour mémoire, Adoum Togoï avait
déjà été chargé par
Tripoli il y a quelques mois d'organiser en Libye une table
ronde de l'opposition politico-militaire, avec pour
finalité d'amener les groupes rebelles à
négocier avec le président Deby. A
l'époque, Adoum Togoï, selon plusieurs sources,
avait surtout conservé par devers lui les fonds que
lui avait fait remettre Khadafi pour organiser cette table
ronde.
Une opération à double tranchant
Mais cette opération, qui vise en fait à
détrôner de la tête du MDJT Youssouf
Togoïmi, pourrait a contrario renforcer ce mouvement.
La crise qui sévit actuellement au sein de la
Coordination des mouvements armés et partis
politiques du Tchad (CMAP) entre le président de
cette organisation, Antoine Bangui et un de ses
principaux membres, l'ancien président tchadien
Goukouni Weddeye (1979-82), semble être la
conséquence de ces grandes manŠuvres
libyennes.
Un bref rappel des faits s'impose. Le 23 août
dernier à Cotonou au Bénin, Goukouni Weddeye
s'était fait "investir" comme "unique"
représentant des mouvements tchadiens en exil sur la
scène internationale. Une annonce qui avait
suscité la colère d'Antoine Bangui et qui a
finalement abouti à l'exclusion de Goukouni de la
CMAP, le 17 septembre.
Pourquoi ce coup de force de Goukouni pour s'emparer de
la CMAP ? Là encore, on pourrait y retrouver la main
de la Libye. Il est de notoriété publique -
même si certains membres du MDJT le démentent -
que Goukouni Weddeye et Youssouf Togoïmi ne s'entendent
pas, essentiellement pour une question de leadership sur la
communauté toubou. Sans entrer dans le détail,
Goukouni Weddeye se considère comme le "chef" des
toubous de par son origine traditionnelle (sultanat), alors
que Youssouf Togoïmi n'est pas un toubou à cent
pour cent (seule sa mère est toubou, son père
serait d'ethnie Bidéyat).
Aussi, Goukouni Weddeye, en prenant la tête de la
CMAP, aurait pu lui aussi avec le soutien libyen amener ce
mouvement à négocier avec les autorités
de N'Djaména, ce à quoi se refuse
jusqu'à présent Antoine Bangui.
L'échec de la mainmise de Goukouni sur la CMAP
devrait, et c'est là le retour de bâton,
conduire Antoine Bangui à se rapprocher de Youssouf
Togoïmi, ce qui jusqu'à présent n'a
guère eu lieu, malgré divers contacts
informels entre les deux mouvements.
Si la CMAP se lie maintenant par des accords de
collaboration avec le MDJT de Youssouf Togoïmi,
l'opération déstabilisation du MDJT aura
complètement échoué, renforçant
même davantage ce mouvement en lui donnant une autre
envergure que celle d'un simple mouvement rebelle
forgé sur une seule ethnie, en l'occurrence les
Toubous.
La CMA, outre le sudiste Antoine Bangui, compte dans ses
rangs divers groupuscules de toutes ethnies confondues.
C'est peut-être une nouvelle chance pour Youssouf
Togoïmi de donner un début d'envergure nationale
à son mouvement, et d'apparaître par la suite,
non pas comme un simple guérillero, mais comme le
patron d'un vaste mouvement d'opposition politico-militaire.
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