- Amnesty International a
publié le 16 octobre un rapport en forme de
réquisitoire contre les tortures et
exécutions extrajudiciaires
perpétrées sous la dictature de
l'ex-président tchadien Hissène
Habré (1982-90), dénonçant aussi
la poursuite de ces pratiques par le régime de
l'actuel président Idriss Deby.
- Ce rapport intitulé "L'héritage
Habré" tente en cinquante pages de relater le
règne de fer d'Hissène Habré
marqué par des "milliers d'exécutions
extrajudiciaires", de "disparitions", "d'arrestations
arbitraires et d'actes de torture".
- Amnesty dénonce aussi le silence de la
communauté internationale et la collaboration de
gouvernements, en particulier américain et
français, avec le régime de N'Djamena en
matière militaire et de sécurité.
- Amnesty invite dans ses conclusions les
autorités sénégalaises "à
prendre toute mesure nécessaire pour
l'empêcher (M. Habré) de quitter le
territoire sénégalais autrement qu'en vertu
d'une demande d'extradition".
- Elle demande également aux autorités de
N'Djamena de "collaborer avec ceux qui s'efforcent de
faire traduire en justice Hissène Habré".
- L'ex-président Habré, en exil à
Dakar depuis son renversement en 1990 par Idriss Deby,
est accusé d'actes de torture par des victimes
tchadiennes soutenues par des organisations de
défense des droits de l'Homme. Mais la justice
sénégalaise s'est déclarée
incompétente pour le juger.
- Fin septembre, le président
sénégalais Abdoulaye Wade
s'était dit d'accord pour le livrer rapidement
vers tout pays qui lui assurerait un procès
équitable.
- Amnesty cite dans son rapport des témoignages
d'ex-prisonniers "dont certains ont affirmé que
l'ancien chef de l'Etat tchadien avait directement
participé à des actes de tortures".
- Le document revient sur le rôle joué par
le principal organe de répression du régime
Habré, la Direction de la documentation et de
la sécurité (DDS), dans les locaux de
laquelle des milliers de personnes sont mortes, et sur
les "milliers d'exécutions extrajudiciaires
perpétrées dans le cadre
d'opérations anti-insurrectionnelles".
- "Ainsi en 1984, des centaines de civils non
armés et de combattants qui avaient rendu les
armes ont été exécutés de
manière extrajudiciaire dans le cadre d'une vague
d'homicides perpétrés dans le sud du pays
par les forces placées sous le commandement (...)
d'Idriss Deby, qui était à l'époque
chef de l'état-major des armées", affirme
le rapport.
- "L'Héritage Habré" se montre d'ailleurs
très critique envers le régime actuel de
N'Djamena, estimant que "l'impunité d'Habré
devient l'impunité de Deby".
- "Les mêmes pratiques, les mêmes
violations, voire les même auteurs sont
réapparus", note l'organisation pour qui la DDS a
été remplacée par l'Agence
nationale de sécurité (ANS) sans que
soit "modifié en rien le caractère
répressif de cet organe".
- "Depuis 1990, les autorités ont
été impliquées dans des centaines
d'exécutions extrajudiciaires et d'autres
atteintes aux droits humains tels que des +disparitions+,
des actes de torture dont des viols", accuse le rapport.
- Amnesty International établit ainsi un "lien
entre ces violations et l'impunité dont ont
bénéficié les auteurs des violations
commises par le passé".
- L'organisation estime enfin que, "par leur action ou
leur soutien, notamment en matière de transferts
d'équipements, d'armes, de compétence
militaire, de sécurité et de police,
certains pays, dont la France et les Etats-Unis, ont
encouragé les violations des droits humains au
Tchad".
- Elle note que des officiers de la DDS ont
été formés sous Habré par ces
deux pays et que, par la suite, "entre 1991 et 1994, le
Tchad a été le premier
bénéficiaire de l'aide militaire
française à l'Afrique".
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- Le gouvernement tchadien "scandalisé"
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- Le ministre tchadien de la communication,
porte-parole du gouvernement, Moctar WaWa Dahab,
s'est déclaré "scandalisé" par le
contenu de ce rapport estimant qu'"Amnesty international
fait un amalgame entre les faits avérés
posés sous l'ancien régime de
Hissène Habré et des affirmations gratuites
et partisanes sur l'actuel régime". "Les Tchadiens
savent faire la différence entre le régime
de Hissène Habré et celui de Idriss Deby",
a souligné le porte-parole du gouvernement,
ajoutant que "les allégations portant sur des
disparitions, des tortures et des viols sont non
fondées".
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