N° 238
du 31/10/2001

Tchad


D'Habré à Deby
Amnesty publie
un rapport en forme de réquisitoire

Amnesty International a publié le 16 octobre un rapport en forme de réquisitoire contre les tortures et exécutions extrajudiciaires perpétrées sous la dictature de l'ex-président tchadien Hissène Habré (1982-90), dénonçant aussi la poursuite de ces pratiques par le régime de l'actuel président Idriss Deby.
Ce rapport intitulé "L'héritage Habré" tente en cinquante pages de relater le règne de fer d'Hissène Habré marqué par des "milliers d'exécutions extrajudiciaires", de "disparitions", "d'arrestations arbitraires et d'actes de torture".
Amnesty dénonce aussi le silence de la communauté internationale et la collaboration de gouvernements, en particulier américain et français, avec le régime de N'Djamena en matière militaire et de sécurité.
Amnesty invite dans ses conclusions les autorités sénégalaises "à prendre toute mesure nécessaire pour l'empêcher (M. Habré) de quitter le territoire sénégalais autrement qu'en vertu d'une demande d'extradition".
Elle demande également aux autorités de N'Djamena de "collaborer avec ceux qui s'efforcent de faire traduire en justice Hissène Habré".
L'ex-président Habré, en exil à Dakar depuis son renversement en 1990 par Idriss Deby, est accusé d'actes de torture par des victimes tchadiennes soutenues par des organisations de défense des droits de l'Homme. Mais la justice sénégalaise s'est déclarée incompétente pour le juger.
Fin septembre, le président sénégalais Abdoulaye Wade s'était dit d'accord pour le livrer rapidement vers tout pays qui lui assurerait un procès équitable.
Amnesty cite dans son rapport des témoignages d'ex-prisonniers "dont certains ont affirmé que l'ancien chef de l'Etat tchadien avait directement participé à des actes de tortures".
Le document revient sur le rôle joué par le principal organe de répression du régime Habré, la Direction de la documentation et de la sécurité (DDS), dans les locaux de laquelle des milliers de personnes sont mortes, et sur les "milliers d'exécutions extrajudiciaires perpétrées dans le cadre d'opérations anti-insurrectionnelles".
"Ainsi en 1984, des centaines de civils non armés et de combattants qui avaient rendu les armes ont été exécutés de manière extrajudiciaire dans le cadre d'une vague d'homicides perpétrés dans le sud du pays par les forces placées sous le commandement (...) d'Idriss Deby, qui était à l'époque chef de l'état-major des armées", affirme le rapport.
"L'Héritage Habré" se montre d'ailleurs très critique envers le régime actuel de N'Djamena, estimant que "l'impunité d'Habré devient l'impunité de Deby".
"Les mêmes pratiques, les mêmes violations, voire les même auteurs sont réapparus", note l'organisation pour qui la DDS a été remplacée par l'Agence nationale de sécurité (ANS) sans que soit "modifié en rien le caractère répressif de cet organe".
"Depuis 1990, les autorités ont été impliquées dans des centaines d'exécutions extrajudiciaires et d'autres atteintes aux droits humains tels que des +disparitions+, des actes de torture dont des viols", accuse le rapport.
Amnesty International établit ainsi un "lien entre ces violations et l'impunité dont ont bénéficié les auteurs des violations commises par le passé".
L'organisation estime enfin que, "par leur action ou leur soutien, notamment en matière de transferts d'équipements, d'armes, de compétence militaire, de sécurité et de police, certains pays, dont la France et les Etats-Unis, ont encouragé les violations des droits humains au Tchad".
Elle note que des officiers de la DDS ont été formés sous Habré par ces deux pays et que, par la suite, "entre 1991 et 1994, le Tchad a été le premier bénéficiaire de l'aide militaire française à l'Afrique".
 
Le gouvernement tchadien "scandalisé"
 
Le ministre tchadien de la communication, porte-parole du gouvernement, Moctar WaWa Dahab, s'est déclaré "scandalisé" par le contenu de ce rapport estimant qu'"Amnesty international fait un amalgame entre les faits avérés posés sous l'ancien régime de Hissène Habré et des affirmations gratuites et partisanes sur l'actuel régime". "Les Tchadiens savent faire la différence entre le régime de Hissène Habré et celui de Idriss Deby", a souligné le porte-parole du gouvernement, ajoutant que "les allégations portant sur des disparitions, des tortures et des viols sont non fondées".


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