N° 229
du 16/05/2001

Tchad


Les portraits des sept candidats à l'élection présidentielle
du 20 mai 2001 au Tchad

Le président sortant, Idriss Deby, au pouvoir depuis 1990,
élu en 1996 après une période de transition de six ans.
Il brigue un second mandat de cinq ans. Il aura contre lui six candidats
de l'opposition, parmi lesquels le président de l'Assemblée nationale,
le général Wadal Abdelkader Kamougue, qui avait affronté
le président Deby au second tour à la dernière élection
présidentielle de 1996.

Idriss Deby

Président de la république sortant, et candidat au nom de son parti, le Mouvement patriotique du salut (MPS, parti au pouvoir).
Né en 1952 à Fada (nord-est du Tchad) d'un père berger, il appartient à l'ethnie Zagawa et il est de confession musulmane.
Une fois le baccalauréat obtenu, il entre à l'école d'officiers de N'Djaména avant de se rendre en France où il obtient en 1976 une licence de pilote professionnel.
Revenu au Tchad, il lie son destin politique à l'ancien président Hissène Habre qui prendra le pouvoir en 1982 en chassant Goukouni Weddeye.
En remerciement de son soutien, Idriss Deby obtient le poste de commandant en chef de l'armée tchadienne. A la tête de ses troupes, il s'oppose aux forces pro-libyennes dans l'est du pays. En 1985, il suit les cours de l'Ecole de Guerre à Paris et obtient, à son retour, le poste de conseiller militaire du président Habre.
Quatre ans plus tard, les rapports entre les deux hommes se détériorent et Idriss Deby gagne la Libye, puis le Soudan, où il lève sa propre force armée, le Mouvement patriotique de Salut (MPS). Il renverse Hissène Habre et se fait nommer chef de l'Etat en décembre 1990.
Il troque alors le treillis contre le costume civil et fait du MPS un parti politique.

Il a reçu le soutien de Lol Mahamat Choua, ancien président tchadien (4 mois en 1979) et actuellement leader du Rassemblement pour la démocratie et le progrès (RDP), qui avant ce soutien était dans l'opposition. Lol Mahamat Choua avait obtenu 5,69 % des suffrages au premier tour de la présidentielle de 1996 et ne se présente pas cette fois. Il pourrait apporter à Idriss Deby une partie des voix des préfectures du Kanen et du Lac, ses fiefs électoraux du passé.

Saleh Kebzabo

51 ans, ancien ministre d'Etat à l'Agriculture du président Deby, limogé le 8 avril 2001. Saleh Kebzabo, candidat en 1996, avait obtenu 8,53 % au premier tour, mais avait appelé à voter pour le président Deby au second tour, ce qui lui avait permis d'entrer au gouvernement. Certaines sources avancent qu'il a décidé de se porter candidat cette année après avoir négocié en vain un poste de Premier ministre avec le président.
Saleh Kebzabo est le résident de l'Union nationale pour le développement et le renouveau (UNDR). Son fief électoral est le Mayo-Kebbi.
Sa carrière a sans cesse oscillé entre presse et politique : directeur à l'Agence tchadienne de presse (ATP), il fut sous le régime de feu le président Tombalbaye, membre du Mouvement démocratique pour la rénovation du Tchad (MDRT du Dr Outel Bono), puis journaliste à Jeune Afrique et à Demain l'Afrique. Créateur de N'Djaména Hebdo, le premier journal indépendant au Tchad. Il fut aussi membre du gouvernement Moungar.
Dans le passé, il fut expulsé du Cameroun alors qu'il était consul à Douala, en raison de ses affinités avec l'ancien président camerounais, Ahidjo.

Kassire Coumakoye

Ancien Premier ministre de Deby entre octobre 1993 et mars 1995.
Candidat de son parti, le Rassemblement national pour le développement et le progrès (Viva-RNDP, actuellement dans l'opposition), qu'il a fondé en 1992. Viva-RNDP n'a aucun député à l'Assemblée.
A l'élection de 1996, il avait mené sa campagne électorale depuis la prison où il était détenu après avoir été condamné le 22 mars à trois mois de prison dans des conditions controversées pour "détention illégale d'armes".
Âgé de 51 ans, son fief électoral est la Tandjilé dans le sud. Il est docteur en droit public, diplômé de la Sorbonne (Paris). Il avait commencé sa carrière comme administrateur civil avant d'être promu inspecteur général de l'administration.
Premier ministre de novembre 1993 à avril 1995. Il tient une sérieuse rancune vis à vis du président Deby, qui a "orchestré" son limogeage du poste de Premier ministre par la Conseil supérieur de transition. Tonitruant, le personnage ne passe jamais inaperçu.

Wadal Abdelkader Kamougue

Président de l'Assemblée nationale et chef de l'Union pour le renouveau et la démocratie (URD)
Abdelkader Wadal Kamougue, qui affronte pour la deuxième fois le président Idriss Deby est un vieux routier de la politique au Tchad.
Ministre dès 1975, il le sera de nouveau sous tous les régimes qui se sont succédé au Tchad en vingt ans de guerres civiles.
Il est né en 1939 à Bitam, au Gabon, où son père servait dans l'armée française, mais il appartient à l'ethnie Mbaye, branche du groupe Sara, un des plus importants du sud tchadien animiste et chrétien.
Attiré très tôt par l'armée, il entre à l'Ecole des Enfants de Troupe Général Leclerc, à Brazzaville, et suivra une formation militaire classique qui le conduira à Saint-Cyr, en France, pays où il obtiendra également un diplôme de criminologie.

En 1975, il fait partie des putschistes qui renversent François-Ngarta Tombalbaye, président depuis l'indépendance, lors du premier d'une longue série de coups d'Etat.
Ironie de l'histoire, son épouse est une nièce de Tombalbaye.
Il devient ensuite ministre des Affaires étrangères et membre du conseil supérieur militaire présidé par le général Félix Malloum.
Evincé du gouvernement en 1978 lorsque Hissène Habre devient Premier ministre, puis relevé du commandement de la Gendarmerie qu'il avait ensuite reçu, il rompt alors avec le pouvoir et se replie dans le sud.
Il crée les Forces armées tchadiennes (FAT) et se déclare prêt à la sécession du sud. C'est l'époque où il dirige les fameux "codos", rebelles du Sud.
Mais en 1979, la table ronde intertchadienne de Lagos aboutit à la création du Gouvernement d'Union nationale de Transition du Tchad (GUNT) sous la présidence de Goukouni Weddeye. Kamougue en sera vice-président.

Quand Hissène Habre chasse Goukouni Weddeye de N'Djaména et du pouvoir, en 1982, il tente de se réfugier dans le sud, puis quitte le pays avant de rejoindre Goukouni Weddeye, qui à Bardaï, dans le nord, continue à affirmer qu'il est le véritable chef de l'Etat.
Mais début 1987, Kamougue, qui a créé le Mouvement révolutionnaire du Peuple (MRP), annonce son retour à N'Djaména et son ralliement à Hissène Habre. Il deviendra ministre de l'Agriculture.
Après l'arrivée au pouvoir d'Idriss Deby, puis l'autorisation des partis politiques, il crée l'Union pour le Renouveau et la Démocratie (URD), qui se classe dans l'opposition. Il participe à la conférence nationale et sera à plusieurs reprises membre des gouvernements qui seront formés sous le régime de la Transition.
A l'élection de 1996, il a obtenu 11 % au premier tour et 30,91 % au deuxième tour.

Ibn Oumar Mahamat Saleh

Président du Parti pour les libertés et le développement (PLD).
Le seul candidat "non-sudiste" à part le président Deby.
Ancien ministre du Plan sous le régime du président Hissène Habre puis de Idriss Deby, Mahamat Saleh, originaire de Biltine (est) il pourrait prendre des voix aux dépends du président Deby dans l'est du pays.

Jean-Bawoyeu Alingué

Président de l'Union pour la démocratie et la République (UDR);
Le "vieux sage". Son fief électoral, la Tandjilé. Ancien inspecteur principal du Trésor, il fit un passage au FMI, puis fut ambassadeur aux Etats Unis et à Paris.
Président de l'Assemblée nationale en 1989, et ex-Premier ministre aussi. Originaire du Sud.

Ngarledjy Yorongar

Chef de la Fédération action pour la République (FAR).
Farouche partisan du fédéralisme, Ngarledjy Yorongar est l'unique député de son parti.
Opposant radical au président Idriss Deby, ancien ministre sous Hissène Habre, il est élu de la circonscription de Bebidjia (Logone oriental, sud), qui abrite la localité de Doba, d'où sera extrait le pétrole tchadien à partir de début 2003.
Rendu populaire par ses diatribes vigoureuses, ce chrétien, adepte du fédéralisme et ami déclaré du député écologiste français Noël Mamère, se présente comme écologiste, défenseur des droits de l'Homme et pourfendeur de réseaux France-Afrique.
Trois partis fédéralistes, le Parti africain pour la paix et la justice sociale (PAP/JS), le Mouvement pour l'unité et la démocratie (MUDT) et le Parti pour la démocratie et l'indépendance intégrale (PDI), ont signé un protocole d'accord avec Yorongar, accord qui stipule qu'"en cas de victoire, toutes les forces ayant contribué à cette victoire géreront ensemble le pays au niveau du gouvernement de l'administration centrale et territoriale et les sociétés publiques et parapubliques". Ces trois partis qui le soutiennent n'ont pas d'élu à l'Assemblée et sont tous trois implantés dans le sud du pays.
Le Front national du Tchad rénové (FNTR, rébellion) lui a aussi apporté son soutien. Implanté à l'est du pays, le FNTR qui revendique quelque 400 combattants, est néanmoins beaucoup moins actif sur le plan militaire que le Mouvement pour la démocratie et la justice au Tchad (MDJT), qui harcèle les forces gouvernementales dans le Tibesti (nord) depuis octobre 1998.

Une huitième candidature, celle du président du petit parti Lingui, Ibrahim Ahmed Koulamalha, a été rejetée pour "défaut de cautionnement".


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