N° 262
du 15/01/2003

Djibouti


Ahmed Dini, leader indépendantiste,
chef rebelle puis de l’opposition

Ahmed Dini Ahmed, 70 ans, éphémère premier Premier ministre à l’indépendance de Djibouti en 1977 puis leader des rebelles Afars dans les années 1990, est aujourd’hui le chef de l’opposition.
Le vieil homme affable et posé, aussi bien en leader indépendantiste sous la colonisation française qu’à la tête de la rébellion armée vingt cinq ans plus tard, a été la cible d’une violente diatribe de la part de ses adversaires politiques depuis le début de la campagne.
Le pouvoir du président Ismaël Omar Guelleh redoutait son charisme.
Tête de liste des candidats de quatre partis de l’opposition ralliés sous l’emblème de l’Union pour l’Alternance Démocratique (UAD), Ahmed Dini espèrait retrouver le poste de premier ministre qu’il avait occupé six mois seulement au lendemain de l’indépendance de Djibouti, de juin à décembre 1977.
Brillant orateur, Ahmed Dini, la barbe blanche toujours impeccablement taillée, séduit les foules qui viennent en nombre écouter ses discours de campagne.
Ancien président du mouvement de la rébellion afar du Front pour la Restauration de l’Unité et de la Démocratie (FRUD), qui a bien failli renverser le pouvoir du président Hassan Gouled Aptidon au début des années 1990, Ahmed Dini a surtout été l’un des principaux artisans de l’indépendance, au côté de Hassan Gouled qui en a fait son premier Premier ministre en 1977.
M. Dini a regagné Djibouti en mars 2000 au terme d’un exil de près de dix ans, entamé peu après le déclenchement de la rébellion afar en 1991.
Et le voilà reparti, vieilli mais infatigable, pour tenter de souder une opposition jusqu’alors désunie et à la recherche d’un chef charismatique.

Né en 1932 dans le district d’Obock, dans le nord, aide-laborantin de formation, il s’engage rapidement dans l’action syndicale. “Je fais de la politique depuis cinquante ans et j’ai commencé à l’époque où les Djiboutiens marchaient pieds nus et les expatriés étaient véhiculés”, se plaît-il à rappeler.
Après avoir été député dès 1959 à l’Assemblée territoriale de la Côte Française des Somalis (CFS) et deux fois ministre du gouvernement territorial, il devient, de 1967 à 1977, avec Hassan Gouled, l’un des plus farouches opposants du gouvernement territorial d’Ali Aref Bourhan, qui assoit son autorité grâce à l’appui des autorités coloniales françaises.
Le 8 mai 1977, les Djiboutiens disent “oui” à l’indépendance lors d’un référendum et c’est à M. Dini qu’il revient d’annoncer à l’Assemblée nationale française la naissance d’un nouvel Etat. Six mois plus tard, il claque la porte du gouvernement.
En 1982, il tente de créer un parti d’opposition et est arrêté.
En 1991, Il rejoint la guérilla du FRUD et est rapidement propulsé à sa tête pour son expérience et son charisme.
Après avoir effleuré la victoire, le FRUD se décompose. Son aile modérée, aujourd’hui dans la coalition gouvernementale, signe un accord de paix en 1994 avec M. Guelleh, successeur de M. Gouled.
M. Dini reste à la tête de l’aile radicale et ne signera l’accord de paix définitif qu’en 2001.
A la faveur de l’entrée en vigueur du multipartisme en septembre dernier, le vieux routard de la politique djiboutienne créée l’Alliance Républicaine pour le Développement (ARD), pillier de l’UAD.


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