N° 262
du 15/01/2003

Djibouti


Premières élections réellement multipartites
Victoire du pouvoir, “fraudes” selon l’opposition,
qui n’a aucun député

Les partisans du président de Djibouti ont remporté les législatives du 10 janvier, première élection vraiment multipartite de l’histoire du pays, mais l’opposition, qui sera totalement absente de la nouvelle Assemblée nationale, dénonce des “fraudes”.
Le résultat de ce scrutin peut paraître paradoxal: pour la première fois, tous les partis pouvaient concourir. Pourtant, le nouveau Parlement reflète une seule sensibilité politique, comme au temps du parti unique (1977-1992).
Le chef de l’opposition, Ahmed Dini, 70 ans, ancien Premier ministre et ex-chef rebelle afar, a dénoncé des le lendemain du scrutin, des “fraudes”, tout en soulignant qu’il utiliserait “la voie légale” pour contester les résultats. Il a d’ailleurs appelé ses sympathisants à ne pas manifester dans les rues. “Il y a eu non-distribution de cartes électorales et une délivrance excessive des ordonnances (du juge, autorisant à voter), ce qui a permis un vote multiple”, selon lui. Comme on lui demandait s’il acceptait sa défaite, M. Dini, a répondu: “je n’accepte pas ma défaite, mais ai-je le moyen de la refuser?”.

Selon les résultats officiels provisoires communiqués par le ministère djiboutien de l’Intérieur, l’Union pour la majorité présidentielle (UMP), qui regroupe le Rassemblement populaire pour le progrès (RPP, ex-parti unique) et trois formations alliées au président Ismaël Omar Guelleh, conserve les 65 sièges à l’Assemblée.
Elle a remporté chacune des cinq circonscriptions du pays, dont celle d’Obock (nord-est), pourtant considérée comme le fief de l’opposition. Au plan national, la mouvance présidentielle obtient 62,7% des suffrages, selon ces résultats.
L’Union pour l’alternance démocratique (UAD), coalition de quatre partis d’opposition, a obtenu 37,3%, et a réalisé son meilleur score à Djibouti-ville, avec 44,93%.
Le mode de scrutin - majoritaire à un tour - a donc grandement favorisé la coalition au pouvoir.
La participation, à 48%, a été en légère baisse en comparaison des dernières législatives de 1997, sauf à Djibouti-ville, où elle s’est élevée à 51,8% contre 47,82% en 1997, selon le ministère.
Dans un communiqué conjoint, les sept observateurs de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) et leurs deux homologues de la Ligue arabe ont souligné “le manque d’adéquation entre le corps électoral, tel qu’il existe réellement en janvier 2003 et les listes électorales utilisées pour ce scrutin”.
“Il en résulte diverses difficultés, en ce qui concerne, notamment, la publication des listes électorales, la distribution des cartes d’électeurs et le recours aux votes par ordonnances”, ont-ils poursuivi.
Ils ont également souligné “que le mode de scrutin actuel (liste majoritaire à un tour) n’autorise pas une représentation équilibrée des forces politiques en rapport avec les suffrages recueillis”.
Ces législatives marquent aussi la première entrée de femmes à l’Assemblée nationale de Djibouti. Elles seront sept, toutes de la majorité présidentielle, conformément à une loi récente qui imposait un quota minimum de 10% de femmes sur les listes de candidats des formations politiques.
Les résultats “provisoires” doivent être validés par le Conseil constitutionnel.
Ce pays de quelque 600.000 habitants est divisé en cinq circonscriptions: Djibouti-ville et ses environs, où 37 sièges étaient à pourvoir, Dikhil (12 sièges), Ali-Sabieh (6), Tadjourah (6) et Obock (4).


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