N° 264
du 17/02/2003

Kenya


Tortures sous le régime du président arap Moi ?

Des dizaines de Kényans ont visité le 11 février à Nairobi un bâtiment public, aux murs encore tachés de sang, où ils assurent avoir été torturés sous le régime du président Daniel arap Moi, auquel a succédé à la tête de l’Etat en décembre Mwai Kibaki.
Dans certaines des 16 pièces qui auraient servi de chambres de torture, au sous-sol du grand immeuble Nyayo House, qui abrite dans le centre ville plusieurs administrations, des fils électriques aux extrémités dénudées pendaient encore le long des murs, a constaté le journaliste de l’AFP qui accompagnait le groupe de victimes présumées.
On pouvait également voir des tuyaux d’arrosage, utilisés, selon les victimes, pour nettoyer le sang qui maculait le sol, des barres de métal dont leurs bourreaux se servaient pour les frapper, des clous, des fouets et des pinces utilisées, selon certains témoignages, pour écraser les testicules.
Des hommes politiques, des activistes des droits de l’Homme, des avocats, des étudiants et des journalistes composaient le groupe de visiteurs, la plupart affirmant être d’anciennes victimes de ces tortures.
Plusieurs organisations de défense des droits de l’Homme, internationales et kényanes, avaient dénoncé des actes de torture dès le début des années 80, après le durcissement du régime Moi à la suite d’une tentative de coup d’Etat en 1982.
La plupart des personnes qui se disent victimes d’actes de torture, en particulier vers la fin des années 1980 quand certains groupes militaient pour le multipartisme -finalement instauré en 1991-, réclament maintenant du nouveau gouvernement de M. Kibaki de poursuivre leurs tortionnaires et leurs commanditaires, en particulier James Opiyo, ancien adjoint du chef de la police.
Ils ont également réclamé au nouveau pouvoir de transformer les sous-sols de Nyayo House en musée, pour commémorer leur calvaire.
M. Moi a dirigé le pays de 1978 à 2002. La constitution lui interdisait de se représenter en 2002 et son poulain a été écrasé par M. Kibaki lors du scrutin du 27 décembre dernier.
Le parti de M. Moi, l’Union nationale africaine du Kenya (Kanu), parti unique de l’indépendance en 1963 au multipartisme en 1991, a lui-même été vaincu le même jour aux législatives par la principale alliance de l’opposition, dirigée par M. Kibaki.


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