N° 262
du 15/01/2003

Kenya


Raila Odinga,
le politicien qui a battu M. Moi à son propre jeu

Raila Odinga, 56 ans, nouveau ministre de l’Infrastructure routière, des Travaux publics et du Logement, a été le principal artisan de la victoire de Mwai Kibaki en battant l’ex-président Daniel arap Moi à son propre jeu de “professeur de politique”.
C’est lui qui a précipité la perte de l’ancien parti au pouvoir, dont il était supposé assurer la victoire. Il avait accepté, en mars 2002, de fusionner sa formation d’opposition, le Parti du développement national (NDP), avec l’Union nationale africaine du Kenya (Kanu) de M. Moi, le parti au pouvoir depuis l’indépendance, en 1963.
M. Moi comptait gagner ainsi l’électorat de l’ouest du Kenya, fief de la communauté de M. Odinga, les Luo.
En échange, M. Odinga était devenu secrétaire général de la Kanu, et ministre de l’Energie. Et il avait annoncé son espoir d’être nommé candidat de la Kanu à la présidentielle.
Quand M. Moi a imposé “son” candidat, Uhuru Kenyatta, M. Odinga a démissionné avec éclat, emmenant avec lui d’autres grands noms de la Kanu pour fonder avec M. Kibaki la Coalition nationale Arc-en-ciel (Narc).
M. Kibaki a été élu président, la Narc a gagné les législatives, évinçant la Kanu du pouvoir, et M. Odinga et ses co-sécessionnistes sont ministres.

La première expérience politique de Raila Odinga, en 1982, a été la prison, où M. Moi l’avait envoyé avec son père, le militant indépendantiste Oginga Odinga, qu’il soupçonnait d’être mêlé à une tentative de coup d’Etat, avortée.
Libéré deux ans plus tard, il a été incarcéré à nouveau pour un an en 1988, à nouveau sans procès, puis encore en 1990, toujours sans procès, dans la vague de manifestations pour le multipartisme orchestrée par son père. A sa libération, ce professeur de l’Université de Nairobi, titulaire d’une maîtrise en mécanique et ancien étudiant en Allemagne de l’Est, a choisi l’exil, en Norvège. Il y résidait quand le président Moi a enfin cédé à la pression et autorisé le multipartisme en 1991.
Nommé au comité directeur du tout nouveau Forum pour le rétablissement de la démocratie (Ford), il a tenté, à la mort de son père, en 1994, d’en prendre le contrôle. Mais il a été barré par Michael Kijana Wamalwa, aujourd’hui vice-président de M. Kibaki.
Il est alors parti ressusciter le vieux NDP, emmenant -déjà- avec lui bon nombre de militants du Ford. A la tête du NDP, il s’est présenté sans succès contre M. Moi à la présidentielle de 1997. M. Moi a gagné, mais sa majorité parlementaire a fondu. Il a tenté alors un rapprochement avec celui qu’il avait mis trois fois en prison, et l’a obtenu.
A la grande surprise de plus d’un analyste politique, le NDP a accepté la fusion en mars 2002, abandonnant jusqu’à son nom en entrant au sein de la “nouvelle Kanu”.
Le mariage n’a pas duré, et le divorce a coûté très cher à la Kanu.
Le 14 octobre, devant une foule immense réunie à Nairobi, M. Odinga et les autres transfuges de la Kanu participaient à la création de la Coalition nationale Arc-en-ciel (Narc), fédération de quatorze formations d’opposition.
Et Odinga d’expliquer à la foule que son entrée à la Kanu ne fut que celle d’un cheval de Troie.


Retour au sommaire KENYA

Retour Home