N° 262
du 15/01/2003

Kenya


Présidentielle
L’opposant Mwai Kibaki, vainqueur au 3e essai

Pour Mwai Kibaki, 71 ans, la troisième fois aura été la bonne, après deux échecs successifs à la présidentielle, en 1992 et 1997, face à Daniel arap Moi, président sortant, qu’il a finalement battu dimanche 29 décembre par Uhuru Kenyatta interposé.
En accédant à la présidence, le vieil économiste s’émancipe de ses deux prédécesseurs, Jomo Kenyatta et Daniel arap Moi, qu’il a servis l’un après l’autre pendant 25 ans avant de s’engager dans l’opposition en 1991.
Ces derniers l’auront poursuivi jusqu’à cette élection historique, où il a triomphé d’un ancien régime représenté par Uhuru Kenyatta, fils du président fondateur du Kenya, et dauphin désigné de M. Moi.
Economiste reconnu, ancien ministre et ex-vice-président de la République, M. Kibaki faisait figure de vétéran face aux 42 ans de Kenyatta junior.
Ailleurs qu’en Afrique, cette différence d’âge aurait pu être un handicap, mais elle a tourné ici à l’avantage du “vieux sage”, mettant d’autant plus en relief le manque d’expérience de son adversaire.
Au début des années 60, Mwai Kibaki, jeune professeur d’économie, formé en Ouganda et à Londres, avait quitté sa chaire de l’université Makarere de Kampala (Ouganda) pour rejoindre la lutte pour l’indépendance, et avait participé ensuite à la rédaction de la Constitution.
Parlementaire dès l’indépendance en 1963, il a conservé son siège de député, avec plus de 90% des suffrages dans sa circonscription d’Othaya (centre du Kenya).
Né en 1931 à Nyeri (centre), sur les pentes du Mont Kenya, c’est un représentant de l’ethnie Kikuyu, la plus grande du pays, qui dominait la politique et l’économie dans le pays sous la présidence de Jomo Kenyatta (1963-78), le père de son rival.
Son expérience de l’économie lui a valu en 1966 un premier portefeuille, au Commerce et à l’Industrie, puis, trois ans plus tard, celui des Finances, qu’il a gardé jusqu’à 1982, passant en 1978 de l’équipe ministérielle de M. Kenyatta à celle de M. Moi, dans une période de relative prospérité économique pour le pays.
Vice-président de la République et ministre de l’Intérieur entre 1978 et 1988, il était également vice-président de l’Union nationale africaine du Kenya (KANU), le parti au pouvoir depuis l’indépendance, .
Mais à l’avènement du multipartisme, en 1991, il est passé dans l’opposition, créant sa propre formation, le Parti démocrate, dont il est toujours le président.
Adversaire malheureux de M. Moi aux présidentielles de 1992 et 1997, il était reconnu depuis comme la figure de proue de l’opposition.
Pour cette présidentielle de 2002, il avait été investi comme candidat présidentiel unique du Parti de l’alliance nationale du Kenya (NAK), rassemblement d’une douzaine de partis d’opposition, avant de devenir celui de la Coalition Arc-en-ciel (NARC), constituée avec l’apport de quelques dissidents de haut rang de la KANU.
Il faisait ainsi cause commune avec l’ancien vice-président George Saitoti, brutalement démis de ses fonctions fin août par M. Moi, et l’ancien ministre Raila Odinga, démissionnaire du parti qu’il avait rallié en 2001 avec sa propre formation, le Parti de développement national (NDP).
Blessé début décembre dans un accident de voiture près de Nairobi, il a été hospitalisé pendant huit jours à Londres, avant de terminer sa campagne électorale en chaise roulante et un pied dans le plâtre.
Exploitant agricole aisé, plusieurs fois grand-père, M. Kibaki est aussi un golfeur assidu.


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