N° 226
du 02/04/2001

Ouganda


Election présidentielle
Une victoire sans panache pour Museveni

Le président ougandais Yoweri Museveni a été confortablement réélu lors de l'élection présidentielle du 12 mars pour son dernier mandat, avec 69,3% des suffrages exprimés contre 27,8% à son principal rival, Kizza Besigye, qui a contesté les résultats du scrutin, accusant le camp présidentiel d'avoir truqué le scrutin, et demandé la tenue d'une nouvelle élection.

Après 15 ans passés à la tête de l'Etat ougandais, Yoweri Museveni refuse d'admettre que plus de 30% des électeurs n'ont pas souhaité sa victoire.
Encouragé par ses partisans, M. Museveni a même remis en question le score de 27,8% réalisé par son principal rival, Kizza Besigye, l'accusant d'avoir truqué le scrutin.
Il est cependant fort vraisemblable que le scrutin a été entaché d'irrégularités qui ont favorisé le candidat sortant.
Ces irrégularités, ainsi que le déploiement de l'armée avant et pendant le scrutin, ont été constatés par de nombreux journalistes et rapportés par des observateurs indépendants, de même que par les cinq rivaux de M. Museveni à l'élection présidentielle.
Les irrégularités ont pris plusieurs formes: bourrage des urnes, intimidations et votes multiples. On ignore toutefois si des instructions ont été données en haut lieu ou si la fraude a été menée à l'initiative de responsables locaux souhaitant montrer qu'elles tenaient la population sous leur férule.
Il est fort peu probable que ces fraudes aient eu une quelconque influence sur le résultat final de cette élection. Yoweri Museveni savait qu'il n'avait pas besoin de tricher pour gagner, même s'il a reconnu que ce scrutin était la plus importante remise en question de son autorité depuis son arrivée au pouvoir en 1986.
Le fait que M. Museveni ait lui-même pris les armes et le maquis en 1981, parce qu'il accusait que le président de l'époque, Milton Obote, d'avoir truqué les élections législatives de 1980, a été relevé de manière ironique par les Ougandais.
Le président n'a pas apprécié que son principal rival à l'élection soit un membre de longue date du Mouvement, un système de gouvernement mis en place en 1986 et autorisant les partis politiques tout en leur interdisant toute activité. Les partis sont accusés de fonctionner sur des bases tribales et d'être donc les principaux responsables de la mort d'un demi million d'Ougandais et de la récession du pays sous les régimes de MM. Obote et Idi Amin Dada.
M. Museveni a qualifié M. Besigye, qui fut son médecin pendant la rébellion contre M. Obote, de traître, de menteur et de pantin dirigeant des forces dictatoriales réactionnaires. Il a aussi clairement fait savoir qu'il n'y aurait pas de place pour M. Besigye dans son gouvernement.

Le scrutin présidentiel du 12 mars en Ouganda s'est déroulé "normalement" en dépit de truquages constatés dans certains districts selon les observateurs de la communauté internationale, a indiqué l'Union européenne (UE) dans un communiqué publié à Stockholm
Les Quinze ont salué également "la volonté manifestée par tous les Ougandais d'exercer leur droit de vote d'une manière pacifique et régulière. L'UE n'ignore cependant pas que des truquages, des violences et des intimidations ont été signalés dans certains districts", selon les termes du communiqué.

Accusations nauséabondes

Yoweri Museveni a présenté le 28 mars sa défense devant un tribunal de Kampala contre le recours en annulation de l'élection déposé par Kizza Besigye. La défense comprend une explication du président sur ses déclarations à l'occasion d'un entretien accordé pendant la campagne à l'hebdomadaire américain TIME Magazine, au cours duquel M. Museveni avait déclaré que M. Besigye, médecin, était atteint du sida. "Je le connais (Besigye) depuis longtemps et j'ai fait cette déclaration honnêtement, pensant que c'était vrai, et je le pense toujours parce qu'une femme nommée Judith Bitwire, avec qui il avait cohabité, et son enfant, sont morts du sida", a déclaré M. Museveni sous serment, cité par la presse. Un débat qui vole très haut þ


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