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| Des combattants présumés
de l’Armée de résistance du seigneur (LRA), qui attaquent
régulièrement les camps de déplacés dans la
région de Lira (Nord), ont tué 239 personnes dans celui
de Barlonyo, situé à environ 20 km au nord de Lira, dans
la soirée du 21 février. Ce camp, qui abrite 4.800 personnes, était gardé par un groupe de miliciens entraîné par l’armée. Les miliciens se sont enfuis quand les rebelles ont attaqué, laissant les civils seuls face aux assaillants. C’est l’attaque la plus meurtrière attribuée à la LRA depuis avril 1995, lorsque 400 personnes au moins avaient été tuées dans un centre commercial à Atiak (nord). Par ailleurs, le 25 février, cinq personnes ont été tuées lors d’une manifestation réclamant la fin des violences qui durent depuis presque 20 ans dans le nord de l’Ouganda. La police, qui se sentait menacée, a tiré sur la foule tuant quatre personnes. Des manifestants de l’ethnie Langi ont ensuite lynché une personne de l’ethnie Acholi, qu’ils accusent de sympathiser avec la LRA (*). La LRA, dirigée par le mystérieux Joseph Kony, active depuis 1988 dans le nord de l’Ouganda, affirme vouloir remplacer le gouvernement du président Museveni par un régime fondé sur les Dix Commandements. Elle est tristement célèbre pour ses atrocités contre des civils. Le bilan de ses victimes, selon l’Agence de missionnaires Misna, s’élève au moins à 100.000 morts et à plus de 20.000 enfants enlevés. Les réactions Museveni accuse les bailleurs de fonds de le contraindre à limiter ses dépenses militaires Le président ougandais Yoweri Museveni a accusé le 3 mars les donateurs internationaux, qui ont limité les dépenses militaires de l’Ouganda, d’être responsables de ce dernier massacre attribué à la LRA. Les «donateurs interfèrent dans notre budget et sont responsables, avec le Soudan, de cette guerre qui dure depuis si longtemps» et du dernier massacre, a déclaré M. Museveni lors d’une conférence de presse à Kampala. «Vous pourriez voir les résultats s’ils (les donateurs) pouvaient nous permettre d’accorder les ressources adéquates à la défense», a encore assuré M. Museveni. Depuis les années 1990, les pays donateurs contraignent l’Ouganda à ne pas consacrer plus de 2% de son produit intérieur brut (PIB) à la défense, en échange de la poursuite de leur aide. Cette exigence a été légèrement assouplie l’an dernier. Les principaux donateurs de l’Ouganda sont les Etats-Unis, l’Union européenne et le Japon. Le président a en outre rejeté l’idée d’une intervention militaire étrangère pour mettre fin à la guerre, comme le réclament plusieurs groupes du nord de l’Ouganda. «Nous n’avons jamais cru que quiconque puisse nous aider en matière de sécurité. Nous devrions nous enlever cette idée de la tête et régler ces problèmes nous-mêmes», a-t-il déclaré. Il a aussi rejeté la proposition par son Parlement de déclarer le nord du pays zone sinistrée. «Nous ne sommes pas d’accord avec la résolution (du Parlement) parce que le problème est de moins en moins important», a affirmé le président qui s’est une nouvelle fois dit «optimiste» sur la fin de la guerre, soulignant que l’armée avait tué 823 rebelles depuis juin dernier. Fin février, et toujours après ce massacre, Yoweri Museveni s’était engagé à coopérer avec la Cour pénale internationale (CPI) si elle enquête sur d’éventuels crimes de guerre commis par l’armée. «Je suis prêt à ce qu’on enquête sur les crimes de guerre, s’il y en a eu» de la part de l’armée, a déclaré M. Museveni, commandant en chef de l’armée ougandaise. «De toute façon, si de tels cas sont portés à notre attention, nous les jugerons nous-mêmes» si la CPI ne s’en charge pas, a-t-il assuré. Un évêque met en garde contre l’utilisation de milices ethniques L’archevêque catholique du nord de l’Ouganda a mis en garde le 1er mars contre le recrutement d’une milice ethnique pour aider l’armée à lutter contre les rebelles, estimant que cela pouvait conduire à des conflits inter-communautaires comme ceux que connaît la RD Congo «Armer des villageois pour combattre les rebelles conduit les rebelles à prendre les civils pour cible et le regain de violence dans le district de Lira (nord) en est le résultat», a estimé l’archevêque. Les Eglises chrétiennes appellent au renforcement de la protection des camps Les principales Eglises chrétiennes ougandaises ont appelé le gouvernement de Kampala à renforcer la protection des personnes déplacées en envoyant plus de soldats dans les camps du nord du pays, a annoncé le Conseil chrétien uni d’Ouganda (UJCC). Ce communiqué, publié à Kampala, a été signé par les dirigeants des Eglises catholiques romaine, anglicane et orthodoxe grecque d’Ouganda. L’UJCC a même demandé au gouvernement de procéder à un recrutement national qui permettrait à l’armée d’atteindre une puissance suffisante pour répondre efficacement à la menace de la LRA. «L’UJCC appelle le gouvernement à déployer d’urgence des militaires en nombre suffisant et avec l’armement adéquat pour garantir la sécurité des personnes vivant dans des camps protégés du nord de l’Ouganda», selon le même communiqué. Selon le secrétaire de l’UJCC, le révérend Grace Kaiso, cet appel n’est pas en contradiction avec la position habituelle de l’UJCC qui prône la résolution du conflit par la voie du dialogue. Le gouvernement du président Museveni encourage habituellement les habitants du nord du pays à rejoindre des groupes d’auto-défense, insuffisamment entraînés et armés pour protéger les camps de déplacés, alors que l’armée se consacre essentiellement à la poursuite des troupes rebelles. Les Etats-Unis et l’UE appellent Kampala à mettre fin à la guerre civile Plusieurs Etats occidentaux, dont les Etats-Unis et les pays de l’Union européenne, ont appelé le gouvernement ougandais à «trouver une solution négociée» à la guerre qui ravage le nord du pays. «L’assistance humanitaire ne suffit pas, le conflit qui cause tant de souffrances doit être résolu», ont estimé ces pays dans un texte commun remis au Parlement ougandais. Parmi les signataires, figurent les Etats-Unis, les pays de l’Union européenne (UE) ou encore le Japon. «Tout en reconnaissant les difficultés auxquelles vous devez faire face, nous voulons une fois de plus appeler le gouvernement (ougandais) à chercher toutes les solutions pour résoudre le conflit, notamment en aidant à créer un climat dans lequel une solution négociée peut être trouvée», ajoute leur texte. Kofi Annan condamne Le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan a fermement condamné ce massacre et demandé à tous ceux qui sont en mesure de le faire «d’arrêter ce terrible cycle de violence» au niveau national et international de «faire tout leur possible pour protéger les civils innocents». Le président du Malawi appelle les Etats africains à «se dresser» contre la LRA Le président du Malawi Bakili Muluzi a appelé fin février les Etats africains à «se dresser» contre la LRA, qu’il a qualifiée de «menace pour la démocratie» dans le continent. «Nous devons combattre ces forces armées car elles constituent une menace pour la démocratie», a déclaré Muluzi à la presse à Blantyre à son retour de Libye, où il participait à un sommet extraordinaire de l’Union africaine. «Permettre à des insurgés de prendre le pas sur des gouvernement élus rendra les élections démocratiques inutiles», a déclaré Muluzi. «Quel est l’intérêt de la démocratie si quiconque peut simplement prendre les armes et renverser un gouvernement ?» Muluzi, qui est un ami proche du président Museveni, a affirmé qu’il y a actuellement une «fenêtre démocratique ouverte» dans la plupart des pays africains, qui rend les mouvements rebelles plus que jamais caduques. La CPI va enquêter La Cour pénale internationale (CPI) a annoncé l’ouverture d’une enquête sur ce massacre. Il s’agit d’une «enquête préliminaire», a précisé une porte-parole de la CPI, Claudia Perdomo. Le procureur décidera ultérieurement de l’ouverture d’une enquête officielle. Fin janvier, le procureur de la CPI avait évoqué la possibilité d’ouvrir une enquête sur les agissements de la LRA, tout en précisant que la décision d’ouvrir formellement une enquête ne se fera que «dans les mois qui viennent». Cette annonce intervenait après la décision en décembre du président Yoweri Museveni de saisir la CPI des agissements de la LRA. (*) Les Acholi et les Langi constituent les deux principales ethnies de cinq des districts du nord de l’Ouganda. |
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