N° 220
du 29/12/2000

Soudan


Omar al-Béchir,
réélu à la présidence, sans surprise

Le président soudanais sortant Omar al-Béchir a été réélu le 29 décembre pour un deuxième mandat de cinq ans par 86,5% des voix. Sur un total d'environ 12 millions d'électeurs, 8.153. 372 ont participé au scrutin, 86,5% d'entre eux s'étant prononcés en faveur de M. Béchir, selon Abel Moneim al-Zain al-Nahass, président de la Commission électorale générale (CEG).
Dès l'annonce des résultats, M. Béchir s'est adressé à la population dans un discours, affirmant que sa priorité était de rétablir la paix dans le pays.
Tous les efforts seront faits pour aboutir à la paix et à la réconciliation "par la voie de la négociation et du dialogue", a-t-il déclaré, ajoutant qu'il sera "le président de tous les Soudanais, et pas seulement (celui) du Congrès national (CN, au pouvoir) qui m'a désigné (comme candidat) à la présidence".
Outre M. Béchir, l'ancien président Gaafar al-Nimeiri, arrivé au pouvoir par un coup d'Etat en 1969 avant d'en être chassé en 1985, était candidat à la présidentielle. Il a obtenu 9,6% des suffrages. Le représentant de M. Nimeiri, Al-Toam Ibrahim al-Agib, a aussitôt dénoncé une "falsification de la volonté du peuple soudanais".
Trois autres personnalités, peu connues et réputées proches du pouvoir, étaient également en lice. Malik Hussein, Samaual Hussein Mansour et Ahmed Mahmoud Jouha ont respectivement obtenu 1,6, 1,3 et 1% des suffrages.
Les élections présidentielle et législatives se sont déroulées du 13 au 22 décembre. Elle étaient boycottées par la quasi-totalité des partis d'opposition, notamment par les deux principales composantes de l'opposition nordiste, l'Oumma et le Parti unioniste démocratique (PUD), qui disposent d'un large soutien populaire et avaient obtenu les deux tiers des suffrages aux dernières élections démocratiques, en 1986. Le CN s'est scindé en deux à la suite de l'éviction en juin par le général Béchir de son ancienne éminence grise devenu son rival, l'islamiste Hassan al-Tourabi, qui a créé le Congrès national populaire (CNP).
M. Tourabi boycottait également les élections, de même que l'Armée de libération des peuples du Soudan (SPLA, rébellion sudiste) de John Garang.
Les élections n'ont pas eu lieu dans 12 circonscriptions du sud où les combats font rage.
Le général Béchir a pris le pouvoir par un coup d'Etat militaire en juin 1989, renversant le gouvernement démocratiquement élu de Sadek al-Mahdi, chef du parti Oumma, rentré à Khartoum le 23 novembre après quatre ans d'exil.

Pour les législatives, 112 des 360 sièges ont été remportés d'office, avant même l'ouverture du scrutin, par des membres du CN qui étaient seuls candidats dans leur circonscription.
Le Congrès national (CN, au pouvoir) sort vainqueur des législatives soudanaises en remportant la majorité des 278 sièges pourvus, sur un total de 360, selon des résultats partiels . Sur ces 278 sièges, moins de dix ont été remportés soit par des indépendants, soit par le mouvement des Frères musulmans ou du Front démocratique unifié du salut (FDUS, factions du sud du Soudan ralliées à Khartoum). L'annonce de 30 autres résultats a été suspendue en raisons de plaintes pour "irrégularités" formulées par des candidats.
Le parlement compte outre les 270 députés des circonscriptions géographiques, 35 représentantes des femmes, 26 des diplômés d'université et 29 des syndicats.
Des opposants ont affirmé que seuls 5 à 7% des 12 millions d'électeurs s'étaient effectivement rendus aux urnes.


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