N° 235
du 17/09/2001

Soudan


Washington s'engage pour la paix,
sur fond d'intérêts pétroliers

Les Etats-Unis ont désigné le 6 septembre un émissaire spécial pour la paix au Soudan, marquant leur volonté de renouer avec un pays riche en ressources pétrolières, longtemps mis à l'index par Washington.
Le président George W. Bush a chargé un ancien sénateur républicain du Missouri, John Danforth, de tenter de mettre fin à la guerre civile qui oppose depuis 18 ans le gouvernement musulman à la rébellion chrétienne et animiste du sud. M. Bush n'a pas caché que la tâche s'annonçait "incroyablement difficile", et fait porter sur le gouvernement soudanais la responsabilité principale du conflit qui a fait plus d'un million et demi de morts, laissant entendre qu'il avait encore du chemin à faire pour une normalisation totale.
Le gouvernement de Khartoum comme la rébellion de l'Armée de Libération des peuples du Soudan (SPLA) ont réagi favorablement, avant même l'annonce officielle, à cette initiative américaine qui devrait s'accompagner d'une aide humanitaire d'environ 30 millions de dollars. Le gouvernement américain a décidé d'octroyer 100 millions de dollars pour le développement et l'aide humanitaire au Soudan, dont 25 à 30 millions durant l'année fiscale 2002.
Le chef de la diplomatie soudanaise Moustafa Osmane Ismaïl a déclaré que la nomination de M. Danforth "ouvrira un nouveau chapitre dans les relations américano-soudanaises".
Le représentant de la SPLA auprès des pays arabes, Jurkuch Barach, a pour sa part affirmé que "nous pourrons aller de l'avant car ils (les Etats-Unis) sont l'unique puissance au monde".
Cette initiative pourrait être rapidement suivie par une levée des sanctions de l'ONU contre le Soudan dans les prochaines semaines, les Etats-Unis étant désormais prêts à ne plus exiger leur maintien, selon des diplomates aux Nations-Unies.
Les Etats-Unis estiment également que le régime de Khartoum a pratiquement cessé aujourd'hui de soutenir activement le terrorisme international - le principal grief américain à l'égard de Khartoum, avec les violations des droits de l'Homme -, font valoir en privé des diplomates américains.
La nomination de M. Danforth traduit également l'intérêt personnel porté à ce dossier par le secrétaire d'Etat Colin Powell, qui avait fait du Soudan l'un des thèmes principaux de ses étapes en Ouganda et au Kenya, lors d'une tournée africaine en mai.
M. Powell avait envoyé des signaux discrets au pouvoir de Khartoum en annonçant notamment une aide humanitaire américaine destinée au sud, où opère la guérilla, mais aussi au nord musulman sous contrôle gouvernemental, affecté par la sécheresse.
Contrairement à son prédécesseur Madeleine Albright, M. Powell s'était refusé à rencontrer le chef de la SPLA, John Garang, prenant discrètement quelques distances avec ce mouvement.
Les considérations économiques pèsent également dans la décision américaine de dégeler ses rapports avec un pays riche en ressources pétrolières, où des entreprises européennes, asiatiques ou canadiennes commencent à prendre pied au détriment de leurs concurrentes américaines.
La perspective d'investissements américains se heurte toutefois à une forte opposition aux Etats-Unis, dirigée par une coalition hétéroclite comprenant l'aile la plus conservatrice de la droite chrétienne, des élus noirs du Congrès et plusieurs organisations humanitaires.
Ce groupe de pression plaide depuis des mois pour une plus grande implication américaine dans la recherche de la paix, mais est également très actif au Congrès pour obtenir que le Soudan fasse l'objet de sanctions économiques renforcées.
Le président Bush a cherché à répondre à ces inquiétudes en usant d'un ton dur à l'égard du régime de Khartoum, affirmant que "la responsabilité de la guerre repose sur ses épaules" et l'accusant de mener "depuis près de deux décennies une guerre civile brutale et honteuse contre son propre peuple".

Les réactions au Soudan

Le Congrès national (CN, au pouvoir) a accueilli comme un "pas positif" la nomination d'un envoyé par Washington et a demandé aux Etats-Unis de nommer un ambassadeur à Khartoum, a déclaré un responsable du CN, Ibrahim Ahmed Omar. Le ministre soudanais des Affaires étrangères, Moustafa Osmane Ismaïl, a déclaré que la nomination de ce responsable "ouvrira un nouveau chapitre dans les relations américano-soudanaises, ce qui permettra, nous l'espérons, de mettre fin à la guerre". "La coopération du gouvernement avec l'émissaire américain dépendra de son impartialité et de celle de l'administration américaine", a toutefois tempéré Moustafa Osmane Ismaïl, quelques jours plus tard, après avoir pris connaissance des propos du président Bush.
"Il est prématuré de juger les chances de réussite de l'émissaire américain car nous sommes toujours en train d'étudier et de collecter des informations" sur sa mission, a ajouté le ministre.


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