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Les Etats-Unis ont
désigné le 6 septembre un émissaire
spécial pour la paix au Soudan, marquant leur
volonté de renouer avec un pays riche en ressources
pétrolières, longtemps mis à l'index
par Washington.
Le président George W. Bush a chargé un
ancien sénateur républicain du Missouri,
John Danforth, de tenter de mettre fin à la
guerre civile qui oppose depuis 18 ans le gouvernement
musulman à la rébellion chrétienne et
animiste du sud. M. Bush n'a pas caché que la
tâche s'annonçait "incroyablement difficile",
et fait porter sur le gouvernement soudanais la
responsabilité principale du conflit qui a fait plus
d'un million et demi de morts, laissant entendre qu'il avait
encore du chemin à faire pour une normalisation
totale.
Le gouvernement de Khartoum comme la rébellion de
l'Armée de Libération des peuples du Soudan
(SPLA) ont réagi favorablement, avant même
l'annonce officielle, à cette initiative
américaine qui devrait s'accompagner d'une aide
humanitaire d'environ 30 millions de dollars. Le
gouvernement américain a décidé
d'octroyer 100 millions de dollars pour le
développement et l'aide humanitaire au Soudan, dont
25 à 30 millions durant l'année fiscale 2002.
Le chef de la diplomatie soudanaise Moustafa Osmane
Ismaïl a déclaré que la nomination de
M. Danforth "ouvrira un nouveau chapitre dans les relations
américano-soudanaises".
Le représentant de la SPLA auprès des pays
arabes, Jurkuch Barach, a pour sa part affirmé
que "nous pourrons aller de l'avant car ils (les Etats-Unis)
sont l'unique puissance au monde".
Cette initiative pourrait être rapidement suivie
par une levée des sanctions de l'ONU contre le Soudan
dans les prochaines semaines, les Etats-Unis étant
désormais prêts à ne plus exiger leur
maintien, selon des diplomates aux Nations-Unies.
Les Etats-Unis estiment également que le
régime de Khartoum a pratiquement cessé
aujourd'hui de soutenir activement le terrorisme
international - le principal grief américain à
l'égard de Khartoum, avec les violations des droits
de l'Homme -, font valoir en privé des diplomates
américains.
La nomination de M. Danforth traduit également
l'intérêt personnel porté à ce
dossier par le secrétaire d'Etat Colin Powell, qui
avait fait du Soudan l'un des thèmes principaux de
ses étapes en Ouganda et au Kenya, lors d'une
tournée africaine en mai.
M. Powell avait envoyé des signaux discrets au
pouvoir de Khartoum en annonçant notamment une aide
humanitaire américaine destinée au sud,
où opère la guérilla, mais aussi au
nord musulman sous contrôle gouvernemental,
affecté par la sécheresse.
Contrairement à son prédécesseur
Madeleine Albright, M. Powell s'était
refusé à rencontrer le chef de la SPLA,
John Garang, prenant discrètement quelques
distances avec ce mouvement.
Les considérations économiques
pèsent également dans la décision
américaine de dégeler ses rapports avec un
pays riche en ressources pétrolières,
où des entreprises européennes, asiatiques ou
canadiennes commencent à prendre pied au
détriment de leurs concurrentes américaines.
La perspective d'investissements américains se
heurte toutefois à une forte opposition aux
Etats-Unis, dirigée par une coalition
hétéroclite comprenant l'aile la plus
conservatrice de la droite chrétienne, des
élus noirs du Congrès et plusieurs
organisations humanitaires.
Ce groupe de pression plaide depuis des mois pour une
plus grande implication américaine dans la recherche
de la paix, mais est également très actif au
Congrès pour obtenir que le Soudan fasse l'objet de
sanctions économiques renforcées.
Le président Bush a cherché à
répondre à ces inquiétudes en usant
d'un ton dur à l'égard du régime de
Khartoum, affirmant que "la responsabilité de la
guerre repose sur ses épaules" et l'accusant de mener
"depuis près de deux décennies une guerre
civile brutale et honteuse contre son propre peuple".
Les réactions au Soudan
Le Congrès national (CN, au pouvoir)
a accueilli comme un "pas positif" la nomination d'un
envoyé par Washington et a demandé aux
Etats-Unis de nommer un ambassadeur à Khartoum, a
déclaré un responsable du CN, Ibrahim Ahmed
Omar. Le ministre soudanais des Affaires
étrangères, Moustafa Osmane Ismaïl, a
déclaré que la nomination de ce responsable
"ouvrira un nouveau chapitre dans les relations
américano-soudanaises, ce qui permettra, nous
l'espérons, de mettre fin à la guerre". "La
coopération du gouvernement avec l'émissaire
américain dépendra de son impartialité
et de celle de l'administration américaine", a
toutefois tempéré Moustafa Osmane
Ismaïl, quelques jours plus tard, après
avoir pris connaissance des propos du président Bush.
"Il est prématuré de juger les chances de
réussite de l'émissaire américain car
nous sommes toujours en train d'étudier et de
collecter des informations" sur sa mission, a ajouté
le ministre.
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