N° 237
du 15/10/2001

Soudan


Le président ordonne la libération
des opposants accusés de complot avec les USA

Le président Omar al-Béchir a ordonné le 1er octobre la libération d'opposants accusés de complot avec l'aide des Etats-Unis, ainsi que du dissident islamiste Hassan al-Tourabi, poursuivi dans le cadre d'une autre affaire.
Dans un discours au Parlement, le président Béchir a suspendu la procédure engagée contre huit membres de l'Alliance nationale démocratique (AND, coalition de l'opposition nordiste et de la rébellion sudiste) arrêtés en décembre lors d'une rencontre avec un diplomate américain, et ordonné la libération des six dirigeants encore détenus.
Les prévenus avaient été arrêtés sous l'accusation d'espionnage et de complot contre le régime avec l'aide des Etats-Unis et de la rébellion sudiste à la suite d'une rencontre avec le diplomate américain, qui avait été expulsé.
Le dégel entre Khartoum et Washington s'est accéléré à la faveur des attentats du 11 septembre sur le sol américain. Le 28 septembre, l'abstention des Etats-Unis au Conseil de sécurité a permis la levée des sanctions, essentiellement symboliques, de l'ONU contre le Soudan.
Le secrétaire d'Etat américain Colin Powell a rendu hommage à cette occasion au "changement d'attitude" de Khartoum envers le terrorisme.
Les Etats-Unis ont néanmoins maintenu leurs propres sanctions contre le Soudan, placé depuis 1993 sur la liste américaine des Etats soutenant le terrorisme.

Suspension des poursuitescontre Tourabi
qui reste en résidence surveillée

Le président a en outre "ordonné" la libération de l'islamiste Hassan al-Tourabi et des dirigeants de son parti, le Congrès national populaire (CNP), en détention depuis février, après avoir conclu un accord avec les rebelles sudistes de l'Armée de libération des peuples du Soudan (SPLA). M. Béchir a également suspendu les poursuites contre M. Tourabi et ses partisans.
Mais le gouvernement a annoncé ce même jour que Hassan al-Tourabi demeurerait en résidence surveillée "pour des raisons de sécurité", en dépit de la suspension des poursuites judiciaires à son encontre.
M. Tourabi restera donc assigné à résidence dans une maison gouvernementale dans le quartier de Kafouri à Khartoum, une mesure considérée comme une détention. Il est sous la garde d'agents de sécurité et non plus de policiers. Plusieurs autres dirigeants du CNP étaient poursuivis dans le procès suspendu et avaient été auparavant libérés.
Ces mesures ne signifient toutefois pas que c'est à nouveau la lune de miel entre le président et son ancien conseiller. Le lendemain des mesures annoncées par le président El Béchir, plus de 35 dirigeants et militants du Congrès national populaire (CNP), le parti d'Hassan al-Tourabi, ont été arrêtés alors qu'ils tentaient de tenir une conférence de presse devant le siège du CNP dans la banlieue d'Al-Riyad à Khartoum. Plus de 30 étudiants, qui voulaient assister à cette conférence de presse, ont également été arrêtés, selon un responsable du CNP, Béchir Adam Rahma. Parmi les dirigeants du CNP arrêtés figure le secrétaire général du parti Abdallah Hassan Ahmed.

L'opposition salue la libération de six de ses dirigeants

L'opposition a salué la libération de détenus politiques, dont six de ses dirigeants accusés de complot avec l'aide des Etats-Unis, et la suspension des poursuites à leur encontre. "La libération des détenus politiques, notamment les membres du secrétariat de l'AND est un développement positif et un pas important vers une solution politique globale", a déclaré le président de l'AND Mohamed Osmane al-Mirghani, basé au Caire, dans un communiqué.
M. Mirghani a dit espérer que ces mesures aboutiraient à la libération de tous les détenus politiques et à la "garantie des libertés et droits publics", ainsi qu'à des progrès sur la voie de la réconciliation nationale.


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