N° 240
du 30/11/2001

SOUDAN


Les cinq guerres du Soudan

Des Monts Nouba, au centre, à l'extrême sud, l'interminable guerre civile du Soudan se poursuit sur pas moins de cinq fronts, mêlant intérêts religieux, tribaux et pétroliers.
Sur un nid d'aigle des Monts Nouba, à 600 km au sud de Khartoum, Thomas, 22 ans, Kalachnikov en main, surveille l'immense plaine qui file en contrebas, où le gouvernement maintient des garnisons. Thomas appartient à l'ethnie Nouba, une communauté traditionnellement animiste, qui a pris les armes à la fin des années 1980 pour défendre ses droits face à l'autorité centrale et aux raids de milices musulmanes voisines. Magnifiés jadis par la photographe allemande Leni Riefenstahl en quête d'Afrique "pure", négligés par les gouvernements, persécutés par les bandes armées, les Noubas ont pris les armes en 1985 et rejoint quelques années plus tard la SPLA, le grand mouvement rebelle du sud. La communauté des Noubas, qui comptait jadis un million de personnes, serait actuellement de moins de 500.000, et selon le Programme alimentaire mondial de l'ONU (PAM), les récents combats ont laissé plus de 158.000 déplacés ou sans abris, qui ont rejoint les montagnes ou fui vers le nord. "Il y a certainement plus de Noubas autour de Khartoum que dans les Monts Nouba", assure le chercheur Christian Delmet, du Centre national de la recherche scientifique, en poste à Khartoum.
Replié avec une partie des paysans locaux dans la forteresse naturelle que constituent ces montagnes de moyenne altitude, Thomas appartient à l'Armée de libération des peuples du Soudan, la SPLA, qui, bien qu'opérant traditionnellement au sud, a fait des émules chez les Noubas et d'autres communautés qui s'estiment négligées ou "colonisées" par le pouvoir central, qui applique la charia, la loi islamique.
Dirigée par John Garang, la SPLA lutte depuis 1983 pour l'autodétermination du sud, dans un conflit qui a fait entre 1 et 1,5 million de morts et 4 millions de déplacés.
"La paix ne les intéresse pas, c'est une organisation militaire", affirme le conseiller du président soudanais Omar al-Béchir, Qutbi al-Mahdi, soulignant que la SPLA est, comme beaucoup de groupes rebelles, condamnée à poursuivre la guerre car elle s'en nourrit.
"Si la paix vient, ils perdront leur pouvoir", a ajouté à l'AFP M. Mahdi.
Les Monts Nouba sont stratégiques parce que situés plus au nord qu'au sud et traversés par l'oléoduc qui permet au Soudan d'exporter 140.000 barils de pétrole par jour (b/j), sur une production totale de 205.000 b/j.
 
Mais les principaux combats ont lieu sur deux autres zones: dans la région de production pétrolière de l'Etat d'Al-Wihda (Unité, dans le centre-sud), et dans le sud-ouest.
Dans la première, la SPLA revendique régulièrement des succès militaires, considérant comme "cibles légitimes" les compagnies pétrolières étrangères, notamment Talisman Energy (Canada), CNPC (Chine) et Petronas (Malaisie). La plupart de ces attaques sont en fait menées par les forces de Peter Gadet, un membre de l'ethnie Nuer, allié à la SPLA, qui, sur ce front, recrute principalement chez les Dinkas.
D'autres groupes nuers opèrent de façon autonome, notamment les forces de l'ancien vice-président Riek Machar.
Dans le sud-ouest (Etats du Bahr al-Ghazal Nord et Ouest, et de Warab) la SPLA multiplie depuis plusieurs mois les offensives, s'efforçant notamment de prendre Wau, ce qui la rapprocherait de l'Etat d'Al-Wihda.
 
La quatrième zone de combats se situe dans l'Etat du Nil Bleu (est), où se trouve l'important barrage hydroélectrique de Roseires. Un bataillon de la SPLA, qui recrute dans l'ethnie Ingassana, a lancé des opérations vers la capitale régionale Al-Damazine, sans la menacer réellement, pas plus que le barrage, précise-t-on.
 
La cinquième zone est située dans l'Etat du Kassala (nord-est), où des commandos de l'ethnie Beidja ont rejoint l'Alliance nationale démocratique (AND), qui regroupe la SPLA et des mouvements d'opposition du nord.
Ces commandos ont pris brièvement la capitale régionale Kassala en novembre 2000, et perpétré des attentats contre l'oléoduc.
A cette menace rebelle aux effectifs non précisés, le gouvernement oppose une armée régulière d'environ 100.000 hommes, des "Forces de défense populaires", sortes d'unités paramilitaires islamiques, et des milices musulmanes traditionnelles.
Les armements, de part et d'autre, sont pour la plupart anciens, de fabrication soviétique. L'armée régulière dispose ainsi à El Obeid (centre) de trois avions Antonov, entretenus par des techniciens russes, avec lesquels elle bombarde les zones rebelles. (avec AFP)


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