- Des Monts Nouba, au
centre, à l'extrême sud, l'interminable
guerre civile du Soudan se poursuit sur pas moins de cinq
fronts, mêlant intérêts religieux,
tribaux et pétroliers.
- Sur un nid d'aigle des Monts Nouba, à 600 km
au sud de Khartoum, Thomas, 22 ans, Kalachnikov en main,
surveille l'immense plaine qui file en contrebas,
où le gouvernement maintient des garnisons. Thomas
appartient à l'ethnie Nouba, une communauté
traditionnellement animiste, qui a pris les armes
à la fin des années 1980 pour
défendre ses droits face à
l'autorité centrale et aux raids de milices
musulmanes voisines. Magnifiés jadis par la
photographe allemande Leni Riefenstahl en quête
d'Afrique "pure", négligés par les
gouvernements, persécutés par les bandes
armées, les Noubas ont pris les armes en 1985 et
rejoint quelques années plus tard la SPLA, le
grand mouvement rebelle du sud. La communauté des
Noubas, qui comptait jadis un million de personnes,
serait actuellement de moins de 500.000, et selon le
Programme alimentaire mondial de l'ONU (PAM), les
récents combats ont laissé plus de 158.000
déplacés ou sans abris, qui ont rejoint les
montagnes ou fui vers le nord. "Il y a certainement plus
de Noubas autour de Khartoum que dans les Monts Nouba",
assure le chercheur Christian Delmet, du Centre national
de la recherche scientifique, en poste à Khartoum.
- Replié avec une partie des paysans locaux dans
la forteresse naturelle que constituent ces montagnes de
moyenne altitude, Thomas appartient à
l'Armée de libération des peuples du
Soudan, la SPLA, qui, bien qu'opérant
traditionnellement au sud, a fait des émules chez
les Noubas et d'autres communautés qui s'estiment
négligées ou "colonisées" par le
pouvoir central, qui applique la charia, la loi
islamique.
- Dirigée par John Garang, la SPLA lutte
depuis 1983 pour l'autodétermination du sud, dans
un conflit qui a fait entre 1 et 1,5 million de morts et
4 millions de déplacés.
- "La paix ne les intéresse pas, c'est une
organisation militaire", affirme le conseiller du
président soudanais Omar al-Béchir,
Qutbi al-Mahdi, soulignant que la SPLA est, comme
beaucoup de groupes rebelles, condamnée à
poursuivre la guerre car elle s'en nourrit.
- "Si la paix vient, ils perdront leur pouvoir", a
ajouté à l'AFP M. Mahdi.
- Les Monts Nouba sont stratégiques parce que
situés plus au nord qu'au sud et traversés
par l'oléoduc qui permet au Soudan d'exporter
140.000 barils de pétrole par jour (b/j), sur une
production totale de 205.000 b/j.
-
- Mais les principaux combats ont lieu sur deux autres
zones: dans la région de production
pétrolière de l'Etat d'Al-Wihda
(Unité, dans le centre-sud), et dans le sud-ouest.
- Dans la première, la SPLA revendique
régulièrement des succès militaires,
considérant comme "cibles légitimes" les
compagnies pétrolières
étrangères, notamment Talisman Energy
(Canada), CNPC (Chine) et Petronas (Malaisie). La plupart
de ces attaques sont en fait menées par les forces
de Peter Gadet, un membre de l'ethnie Nuer, allié
à la SPLA, qui, sur ce front, recrute
principalement chez les Dinkas.
- D'autres groupes nuers opèrent de façon
autonome, notamment les forces de l'ancien
vice-président Riek Machar.
- Dans le sud-ouest (Etats du Bahr al-Ghazal Nord et
Ouest, et de Warab) la SPLA multiplie depuis plusieurs
mois les offensives, s'efforçant notamment de
prendre Wau, ce qui la rapprocherait de l'Etat
d'Al-Wihda.
-
- La quatrième zone de combats se situe dans
l'Etat du Nil Bleu (est), où se trouve l'important
barrage hydroélectrique de Roseires. Un bataillon
de la SPLA, qui recrute dans l'ethnie Ingassana, a
lancé des opérations vers la capitale
régionale Al-Damazine, sans la menacer
réellement, pas plus que le barrage,
précise-t-on.
-
- La cinquième zone est située dans
l'Etat du Kassala (nord-est), où des commandos de
l'ethnie Beidja ont rejoint l'Alliance nationale
démocratique (AND), qui regroupe la
SPLA et des mouvements d'opposition du nord.
- Ces commandos ont pris brièvement la capitale
régionale Kassala en novembre 2000, et
perpétré des attentats contre
l'oléoduc.
- A cette menace rebelle aux effectifs non
précisés, le gouvernement oppose une
armée régulière d'environ 100.000
hommes, des "Forces de défense populaires", sortes
d'unités paramilitaires islamiques, et des milices
musulmanes traditionnelles.
- Les armements, de part et d'autre, sont pour la
plupart anciens, de fabrication soviétique.
L'armée régulière dispose ainsi
à El Obeid (centre) de trois avions Antonov,
entretenus par des techniciens russes, avec lesquels elle
bombarde les zones rebelles. (avec AFP)
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