Le président Omar al-Béchir
s’est engagé à «anéantir» la rébellion
dans la région du Darfour, dans l’ouest du Soudan, déclarant
que cela constituait «la première priorité»
de son gouvernement, ont rapporté les médias soudanais le
31 décembre.
Le gouvernement a par ailleurs annoncé son intention de porter
plainte auprès des instances internationales contre son voisin
l’Erythrée qu’il accuse de soutenir les rebelles du
Darfour et de perturber la paix au Soudan, au lendemain d’un démenti
d’Asmara à ce sujet.
«Notre première priorité sera l’anéantissement
de la rébellion et de tout hors-la-loi qui porte les armes»
contre l’Etat, a affirmé le général Béchir,
en allusion aux rebelles du Mouvement de libération du
Soudan (MLS) qui se battent contre les troupes gouvernementales
dans le Darfour.
Il a accusé les rebelles qu’il a qualifiés «de
traîtres, renégats et d’agents à la solde de
l’étranger», d’être un petit groupe «non
représentatif de la population du Darfour, qui veut confisquer
le pouvoir non seulement dans cette région, mais également
au Kordofan voire à Khartoum».
M. Béchir a tenu ces propos devant une délégation
de représentants de la localité de Kulbus (ouest) qu’il
a appelés à former une brigade pour aider les forces régulières
à mater les rebelles.
Le chef de la diplomatie soudanaise, Moustapha
Osmane Ismaïl, a affirmé de son côté
que son pays «informerait les instances régionales et internationales
des agissements de l’Erythrée contre le Soudan, plus particulièrement
son implication dans les événements du Darfour et son appui
aux rebelles».
Les dirigeants d’Ethiopie, du Soudan et du Yémen qui viennent
de tenir un sommet tripartite à Addis Abeba, ont accusé
l’Erythrée de déstabiliser la région.
L’Erythrée a bien évidemment démenti ces accusations
formulées par des pays de la Corne d’Afrique, qui selon elle,
cherchent «à masquer leurs problèmes internes».
Les rebelles accusent Khartoum d’avoir tué 200 civils
et lancent un nouvel appel à la Communauté internationale
Selon Ahmed Abdel-Shafi Yagoub, porte-parole de Mouvement
de libération du Soudan (MLS), c’est une milice pro-gouvernementale,
le Front islamique national, qui a attaqué un village du Darfour,
à l’ouest de la montagne Marra et à l’est de
la province de Zalingie, tuant plus de 200 civils et faisant de nombreux
blessés, le vendredi 2 janvier. Selon ce porte-parole, des milliers
de personnes souffrent de l’absence d’aide médicale.
«La situation est très, très mauvaise. Nous appelons
la communauté internationale à intervenir pour apporter
de l’aide», a-t-il encore déclaré, accusant
le gouvernement de mener un «puissant nettoyage ethnique».
«Le gouvernement soudanais a utilisé l’artillerie et
les défenses aériennes pour attaquer des civils»,
a-t-il encore affirmé à l’Agence France-Presse.
Le 3 janvier, six membres des services de sécurité soudanais
- trois policiers, dont un colonel, et trois membres des services de sécurité
- ont été tués dans une attaque lancée par
les rebelles sur la ville de Chiariyah, au nord-est de l’Etat du
Sud Darfour, selon le gouverneur de cet Etat, le général
Adam Hamid Moussa. Les rebelles, auraient mené le raid
avec une douzaine de véhicules tout-terrain et camions équipés
de mitrailleuses, et pillé le marché de la ville avant de
quitter les lieux.
Rappel : la rébellion du Darfour,
qui réclame notamment un développement économique
de cette région semi-désertique et isolée, a commencé
à se manifester en février 2003.
Les violences ont déjà fait quelque 3.000 morts et 400.000
déplacés, selon des estimations de l’ONU. Khartoum
et le MLS ont signé le 3 septembre 2003 un accord de cessez-le-feu,
qui n’a pas été respecté.
Al-Tourabi dément toute implication dans
le conflit du Darfour
Accusé lui aussi par le pouvoir à Khartoum de soutenir les
rebelles du Darfour, l’opposant islamiste soudanais Hassan
al-Tourabi a catégoriquement démenti l’implication
de son parti dans ce conflit. «Le Congrès national
populaire (CNP, parti de M. Tourabi) n’est
nullement impliqué dans les évènements au Darfour»,
a-t-il répété lors d’une conférence
de presse au siège du parti à Khartoum. Mais il a cependant
admis que des membres du CNP ont rejoint les rangs des rebelles du Darfour.
«Les membres du parti, qui se sont enrôlés avec les
hommes armés au Darfour, l’ont fait sans la permission du
parti», a assuré M. Tourabi, en ajoutant que «tous
les partis, y compris le parti au pouvoir, ont des membres qui ont rejoint
les groupes armés là-bas».
Hassan al-Tourabi a rejeté sur le gouvernement la responsabilité
de l’escalade.
«Le gouvernement est responsable de la dégradation de la
situation au Darfour, en ayant recours à l’action militaire
au lieu du dialogue, en encourageant les milices tribales, en dressant
les tribus les unes contre les autres et en empêchant l’acheminement
des secours aux populations qui en ont besoin», a-t-il accusé.
Selon certaines sources un des deux mouvements rebelles actifs dans le
Darfour, le Mouvement pour la justice et l’égalité
(MJE), compte dans ses rangs des anciens membres du parti d’al-Tourabi.
En raison de la rébellion au Darfour
L’état d’urgence, reconduit pour un an
Le Parlement soudanais a reconduit pour un an l’état d’urgence
en vigueur dans le pays depuis 1999.
«L’Assemblée nationale a décidé de proroger
l’état d’urgence pour une période d’un
an, effective à partir du 1er janvier 2004», a annoncé
la télévision d’Etat, en précisant que cette
décision répondait «à une demande présentée
par le président de la république, Omar al-Béchir».
Le Parlement, qui compte 336 membres, a adopté cette décision
à la majorité des membres présents à la séance
: 213 voix pour, deux voix contre et quatre abstentions.
La prorogation a été décidée sur la base d’un
rapport conjoint présenté par les commissions législative
et sécuritaire, soulignant que «les raisons qui ont nécessité
l’imposition de l’état d’urgence, existent toujours,
notamment le conflit armé à l’ouest du Soudan»,
en référence à la rébellion du Darfour.
Le 22 décembre, M. Béchir avait demandé la prorogation
de l’état d’urgence, justifiant cette «nécessité»
par le fait que Khartoum était confronté à une nouvelle
rébellion dans le Darfour.
Rappel : Omar al-Béchir avait
décrété l’état d’urgence et
dissous l’Assemblée nationale en décembre 1999,
pour écarter le dirigeant islamiste Hassan al-Tourabi, son ancienne
éminence grise, devenu son rival, qui assurait alors la présidence
du Parlement. L’état d’urgence a été
prorogé en 2000, suite à un décret présidentiel,
et renouvelé depuis lors par le Parlement, sur recommandation
du président.
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