N° 285
du 06/01/2004

SOUDAN


Darfour
Le président Omar al-Béchir veut «anéantir» la rébellion

Le président Omar al-Béchir s’est engagé à «anéantir» la rébellion dans la région du Darfour, dans l’ouest du Soudan, déclarant que cela constituait «la première priorité» de son gouvernement, ont rapporté les médias soudanais le 31 décembre.
Le gouvernement a par ailleurs annoncé son intention de porter plainte auprès des instances internationales contre son voisin l’Erythrée qu’il accuse de soutenir les rebelles du Darfour et de perturber la paix au Soudan, au lendemain d’un démenti d’Asmara à ce sujet.
«Notre première priorité sera l’anéantissement de la rébellion et de tout hors-la-loi qui porte les armes» contre l’Etat, a affirmé le général Béchir, en allusion aux rebelles du Mouvement de libération du Soudan (MLS) qui se battent contre les troupes gouvernementales dans le Darfour.
Il a accusé les rebelles qu’il a qualifiés «de traîtres, renégats et d’agents à la solde de l’étranger», d’être un petit groupe «non représentatif de la population du Darfour, qui veut confisquer le pouvoir non seulement dans cette région, mais également au Kordofan voire à Khartoum».
M. Béchir a tenu ces propos devant une délégation de représentants de la localité de Kulbus (ouest) qu’il a appelés à former une brigade pour aider les forces régulières à mater les rebelles.
Le chef de la diplomatie soudanaise, Moustapha Osmane Ismaïl, a affirmé de son côté que son pays «informerait les instances régionales et internationales des agissements de l’Erythrée contre le Soudan, plus particulièrement son implication dans les événements du Darfour et son appui aux rebelles».
Les dirigeants d’Ethiopie, du Soudan et du Yémen qui viennent de tenir un sommet tripartite à Addis Abeba, ont accusé l’Erythrée de déstabiliser la région.
L’Erythrée a bien évidemment démenti ces accusations formulées par des pays de la Corne d’Afrique, qui selon elle, cherchent «à masquer leurs problèmes internes».

Les rebelles accusent Khartoum d’avoir tué 200 civils et lancent un nouvel appel à la Communauté internationale

Selon Ahmed Abdel-Shafi Yagoub, porte-parole de Mouvement de libération du Soudan (MLS), c’est une milice pro-gouvernementale, le Front islamique national, qui a attaqué un village du Darfour, à l’ouest de la montagne Marra et à l’est de la province de Zalingie, tuant plus de 200 civils et faisant de nombreux blessés, le vendredi 2 janvier. Selon ce porte-parole, des milliers de personnes souffrent de l’absence d’aide médicale.
«La situation est très, très mauvaise. Nous appelons la communauté internationale à intervenir pour apporter de l’aide», a-t-il encore déclaré, accusant le gouvernement de mener un «puissant nettoyage ethnique».
«Le gouvernement soudanais a utilisé l’artillerie et les défenses aériennes pour attaquer des civils», a-t-il encore affirmé à l’Agence France-Presse.

Le 3 janvier, six membres des services de sécurité soudanais - trois policiers, dont un colonel, et trois membres des services de sécurité - ont été tués dans une attaque lancée par les rebelles sur la ville de Chiariyah, au nord-est de l’Etat du Sud Darfour, selon le gouverneur de cet Etat, le général Adam Hamid Moussa. Les rebelles, auraient mené le raid avec une douzaine de véhicules tout-terrain et camions équipés de mitrailleuses, et pillé le marché de la ville avant de quitter les lieux.

Rappel : la rébellion du Darfour, qui réclame notamment un développement économique de cette région semi-désertique et isolée, a commencé à se manifester en février 2003.
Les violences ont déjà fait quelque 3.000 morts et 400.000 déplacés, selon des estimations de l’ONU. Khartoum et le MLS ont signé le 3 septembre 2003 un accord de cessez-le-feu, qui n’a pas été respecté.

Al-Tourabi dément toute implication dans le conflit du Darfour

Accusé lui aussi par le pouvoir à Khartoum de soutenir les rebelles du Darfour, l’opposant islamiste soudanais Hassan al-Tourabi a catégoriquement démenti l’implication de son parti dans ce conflit. «Le Congrès national populaire (CNP, parti de M. Tourabi) n’est nullement impliqué dans les évènements au Darfour», a-t-il répété lors d’une conférence de presse au siège du parti à Khartoum. Mais il a cependant admis que des membres du CNP ont rejoint les rangs des rebelles du Darfour.
«Les membres du parti, qui se sont enrôlés avec les hommes armés au Darfour, l’ont fait sans la permission du parti», a assuré M. Tourabi, en ajoutant que «tous les partis, y compris le parti au pouvoir, ont des membres qui ont rejoint les groupes armés là-bas».
Hassan al-Tourabi a rejeté sur le gouvernement la responsabilité de l’escalade.
«Le gouvernement est responsable de la dégradation de la situation au Darfour, en ayant recours à l’action militaire au lieu du dialogue, en encourageant les milices tribales, en dressant les tribus les unes contre les autres et en empêchant l’acheminement des secours aux populations qui en ont besoin», a-t-il accusé.
Selon certaines sources un des deux mouvements rebelles actifs dans le Darfour, le Mouvement pour la justice et l’égalité (MJE), compte dans ses rangs des anciens membres du parti d’al-Tourabi.

En raison de la rébellion au Darfour
L’état d’urgence, reconduit pour un an


Le Parlement soudanais a reconduit pour un an l’état d’urgence en vigueur dans le pays depuis 1999.
«L’Assemblée nationale a décidé de proroger l’état d’urgence pour une période d’un an, effective à partir du 1er janvier 2004», a annoncé la télévision d’Etat, en précisant que cette décision répondait «à une demande présentée par le président de la république, Omar al-Béchir».
Le Parlement, qui compte 336 membres, a adopté cette décision à la majorité des membres présents à la séance : 213 voix pour, deux voix contre et quatre abstentions.
La prorogation a été décidée sur la base d’un rapport conjoint présenté par les commissions législative et sécuritaire, soulignant que «les raisons qui ont nécessité l’imposition de l’état d’urgence, existent toujours, notamment le conflit armé à l’ouest du Soudan», en référence à la rébellion du Darfour.
Le 22 décembre, M. Béchir avait demandé la prorogation de l’état d’urgence, justifiant cette «nécessité» par le fait que Khartoum était confronté à une nouvelle rébellion dans le Darfour.

Rappel : Omar al-Béchir avait décrété l’état d’urgence et dissous l’Assemblée nationale en décembre 1999, pour écarter le dirigeant islamiste Hassan al-Tourabi, son ancienne éminence grise, devenu son rival, qui assurait alors la présidence du Parlement. L’état d’urgence a été prorogé en 2000, suite à un décret présidentiel, et renouvelé depuis lors par le Parlement, sur recommandation du président.


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