N° 286
du 20/01/2004
SOUDAN

Les autorités de Khartoum
ont-elles décidé d’en finir avec la rébellion du Darfour ?
Alors que les négociations de paix entre le gouvernement soudanais et les rebelles sudistes de l’Armée populaire de libération du Soudan (SPLA) vont bon train puisque les deux parties ont signé le 7 janvier au Kenya un accord sur le partage des ressources pétrolières et doivent s’atteler à régler la question du partage du pouvoir et le contrôle de trois régions situées au centre du pays avant de parvenir à un accord global mettant un terme à un conflit de plus de 20 ans, il semble que les autorités de Khartoum aient parallèlement décidé d’en finir militairement avec l’autre rébellion, celle du Darfour, qui a vu le jour en février 2003.
Le 19 janvier, les forces gouvernementales soudanaises ont en effet bombardé la localité de Tiné, qui était sous le contrôle des rebelles du Mouvement pour la Justice et l’égalité (MJE). Tiné est située dans la région du Darfour-Ouest, frontalière avec le Tchad.
Par ailleurs, d’intenses combats ont opposé depuis le 16 janvier les forces gouvernementales soudanaises aux rebelles dans la région de Koulbousse.
Selon les rebelles du MJE, le vendredi 16 janvier «l’armée gouvernementale de Khartoum et ses milices djin-djewid ont attaqué les positions des forces coalisées (Mouvement pour la Justice et l’égalité au Soudan et Mouvement pour la libération du Soudan) dans les localités de Koulbousse et Djir-Djira».
Le MJE affirme avoir «repoussé l’ennemi» et lui avoir «infligé d’énormes pertes», faisant été d’un bilan de 520 morts, dont 485 côté gouvernemental.
Au-delà de ces communiqués «de victoire», il semble que les autorités de Khartoum, bien qu’elles s’en défendent, aient lancé une offensive d’envergure contre la rébellion du Darfour.
Au lendemain du bombardement de Tiné, Moustapha Osmane Ismaïl, le chef de la diplomatie soudanaise, a déclaré que son gouvernement «demeure engagé à parvenir à une solution politique au problème du Darfour, mais il se voit actuellement obligé de recourir aux moyens militaires».
Il a affirmé que la solution «réside dans l’Accord d’Abeché» signé au Tchad en septembre 2003 entre le gouvernement de Khartoum et le Mouvement de libération du Soudan (MLS). Le MJE n’était pas partie prenante de cet accord.
Dans un récent bulletin d’information, l’ambassade du Soudan au Tchad a affirmé que «le MLS et le MJE ne forment qu’un seul et même mouvement». Le porte-parole militaire du MJE, le colonel Abdallah Abdel Karim, a seulement confirmé l’existence d’une «coordination militaire avec le MLS».
Le 12 janvier, les forces gouvernementales soudanaises avaient déjà bombardé la localité de Tiné.
Le 8 janvier, Khartoum a affirmé que le commandant de l’Armée de libération du Soudan (ALS), branche armée du MLS, Abdallah Abbaker, a été tué lors d’une bataille contre les forces gouvernementales, une annonce reprise par le gouverneur de l’Etat du Darfour nord, Youssef Kibir.

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