N° 287
du 03/02/2004
SOUDAN

Darfour
L'armée soudanaise confirme avoir pris le contrôle de Tiné
L’armée soudanaise a confirmé avoir pris le contrôle de la ville de Tiné, frontalière du Tchad, ainsi que d’autres villes et localités, précédemment sous le contrôle des rebelles au Darfour (ouest).
Les forces armées soutenues par des forces de police régulières, par la police populaire et par les forces de défense populaires, ont déclenché une offensive majeure contre «les bandes de bandits armés» et ont pris le contrôle de huit positions contrôlées par les rebelles après les avoir chassés hors de ces zones, a indiqué le 30/01 le général Mohamed Béchir Souleimane, cité par un communiqué du porte-parole des forces armées.
Le général Souleimane a affirmé que ses forces «ont chassé l’ennemi à l’extérieur de la ville et l’ont sécurisée», précisant qu’il s’agissait «d’un cadeau des forces armées au peuple soudanais à la veille de la fête (musulmane) d’Al-Adha».
Les soldats soudanais sont entrés le 29 janvier sans combattre dans Tiné, du côté soudanais, la ville ayant été vidée depuis plusieurs semaines de ses habitants à cause des bombardements réguliers de l’armée soudanaise.
Tiné était jusqu’ici aux mains de la rébellion du Mouvement pour la justice et l’égalité (MJE).
Selon le communiqué de l’armée soudanaise, parmi les huit positions prises par les forces armées figurent deux camps des rebelles : Abou Gamrah et Joumeizah ainsi que cinq villes, outre Tiné : Kernawe, Ein Sirou, Jirjerah, Oum Maraheik et Amberou.
Depuis l’apparition il y a un an de la rébellion au Darfour, qui réclame notamment un développement économique de cette région semi-désertique, l’estimant «marginalisée», les combats auraient fait environ 3.000 morts, 670.000 déplacés au Soudan et 100.000 réfugiés au Tchad voisin.
N’Djamena est intervenu à plusieurs reprises pour servir de médiateur entre les belligérants et a obtenu deux cessez-le-feu, qui ont ensuite été violés. Un troisième cycle de négociations dans la capitale tchadienne, en décembre 2003, n’a pas abouti.
Le Tchad affirme toutefois vouloir relancer les négociations.
«Nous estimons que le moment est venu maintenant, en tant que médiateur choisi par les deux parties, de jouer notre rôle pour ramener la paix dans la région», a déclaré le président tchadien Idriss Deby, le 30/01, à l’aéroport de N’Djamena de retour de Paris.
Étonnamment, le président Deby n’a pas évoqué le bombardement la veille par l’aviation soudanaise du secteur tchadien de la ville de Tiné, bombardement qui a tué trois civils tchadiens et en a blessé quatorze.
Le ministre des Affaires étrangères tchadien, Nagoum Yamassoum, avait qualifié ce bombardement d’ «incident», estimant qu’il «n’avait pas été fait de façon délibérée».

Des milliers de réfugiés éparpillés dans le désert tchadien

Au moins 100.000 Soudanais ont fui le Darfour pour le Tchad, selon le Haut Commissariat de l’Onu pour les réfugiés (HCR) qui a enregistré un afflux récent en raison de l’intensification des affrontements.
Ils sont éparpillés le long des 600 km de frontière entre le Tchad et le Soudan, ce qui complique le travail des quelques humanitaires sur place. Le premier camp de réfugiés du HCR a ouvert le 17 janvier, il accueille pour l’instant 826 personnes.
Tiné et ses environs arides abritent environ 34.000 réfugiés, selon le comité tchadien des réfugiés. Ils sont, pour la plupart, éparpillés dans le désert et bougent au gré des bombardements, à la recherche d’eau et d’un semblant d’herbes pour leurs bêtes.
De nombreux réfugiés du Darfour appartiennent à la tribu des Zakhawas, qui vit à cheval entre le Soudan et le Tchad. La solidarité entre les membres de cette tribu a, jusqu’à présent, permis à de nombreux réfugiés de survivre.

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