N° 289
du 09/03/2004



SOUDAN

Après 40 ans de guerre, le Soudan hésite au bord de la paix

Après 40 ans de conflit, le Soudan est au seuil de la paix mais la rébellion du Darfour, dans l’ouest du pays, met en lumière les risques de la paix comme ceux de la guerre pour Khartoum.
Le plus vaste pays d’Afrique, grand comme un quart des Etats-Unis, n’a connu que dix ans de paix (1972-1982) depuis l’indépendance en 1956.
Les provinces du sud, de populations animistes avec une minorité chrétienne, luttent contre les autorités de Khartoum, musulmanes et arabes, dans le plus long conflit du continent africain. La guerre a fait deux millions de morts et déplacé quatre millions de personnes. Elle a été exacerbée par la découverte dans le sud de pétrole, exporté depuis 1999.
Sous la pression des Etats-Unis, qui maintiennent un embargo économique contre un pays longtemps accusé de soutenir le terrorisme, le gouvernement du général Omar al-Béchir et l’ général Omar al-Béchir (SPLA, rébellion sudiste de John Garang) sont sur le point de finaliser un accord de paix après deux ans de négociations.
Mais depuis février 2003, une rébellion dans le massif occidental du Darfour est venue compliquer les négociations. Elle éveille à Khartoum la crainte que les concessions faites au sud encouragent d’autres ethnies, comme les Beija dans le nord-est, à prendre les armes pour réclamer leur part du gâteau.
La rébellion illustre non seulement la complexité du Soudan, qui compte 572 ethnies, mais celle du jeu politique à Khartoum.
Le conflit du Darfour met aux prises des tribus toutes musulmanes. Fours, Massalites et Zaghawas, cultivateurs et éleveurs, qui se plaignent d’être négligés par Khartoum et des razzias des cavaliers arabes des tribus voisines.
Des négociations menées grâce à la médiation du Tchad entre le Mouvement de libération du Soudan (MLS), principal mouvement rebelle du Darfour, et Khartoum ont échoué en décembre.
Les diplomates africains et le gouvernement accusent une fraction rebelle islamiste, minoritaire mais plus structurée politiquement, le Mouvement pour la Justice et l’Egalité (MJE), d’avoir saboté les pourparlers. Les négociateurs du Darfour ont exigé une autonomie civile et militaire et 13% des richesses pétrolières, demandes inacceptables pour Khartoum.
Pour le gouvernement, le MJE est dirigé par des partisans de Hassan Tourabi, idéologue islamiste et longtemps éminence grise du président Béchir qui finit par le placer en résidence surveillée en 2001 pour ne le libérer qu’en octobre dernier. Tourabi se défend d’interférer au Darfour.
Souriant, le 20 février, il vient d’assurer à quelques journalistes croire «totalement à la paix». Sibyllin, il a même ajouté qu’il fallait «la paix des cœurs, pas une paix entre le dictateur du nord et le dictateur du sud», en l’occurrence, le général Béchir et John Garang.
Mis sur la touche, Hassan Tourabi, qui offrit l’asile à Oussama ben Laden au début des années 1990, garde un important poids politique et financier, avec des millions de dollars transférés en Malaisie, selon les services de renseignement occidentaux.
Dans cette dernière phase des négociations nord-sud, les Etats-Unis, des pays voisins conduits par le Kenya, et l’Union européenne, font miroiter à Khartoum les avantages de la paix.
Le ministre français des Affaires étrangères Dominique de Villepin s’est rendu à Khartoum le 20 février pour renforcer le message et encourager les autorités à régler le conflit du Darfour par la négociation. La paix représente la fin de l’isolement politique et économique du pays, le retour des investisseurs et des compagnies pétrolières occidentales comme l’américaine Chevron et la française Total.
Une levée de l’embargo américain permettra un accord avec le Fonds monétaire international et la renégociation de la dette extérieure de 24 milliards de dollars au Club de Paris.

Mais pour l’heure, Khartoum n’a toujours pas signé d’accord de paix global avec la SPLA même si le secrétaire d’Etat américain Colin Powell dit espérer que les derniers points de blocage sur lesquels les négociations achoppent seront réglés d’ici fin mars.
«Je pense que nous saurons d’ici la fin du mois» si les négociations ont réussi ou si elles ont échoué, a déclaré le chef de la diplomatie américaine devant une commission de la Chambre des représentants. (*).
Le secrétaire d’Etat a indiqué que pratiquement tous les problèmes de partage du pouvoir et des richesses étaient résolus, à l’exception du sort de la région d’Abyei (centre).
Pour sa part, le chef de la diplomatie soudanaise Moustafa Osmane Ismaïl a indiqué que les pourparlers avec la SPLA étaient toujours bloqués.
«La nouvelle session de pourparlers qui a commencé le 18 février au Kenya devrait se prolonger au plus tard jusqu’au 18 mars, mais nous ne pouvons pas dire qu’il y a eu une avancée sur les questions qui demeurent en suspens», a-t-il déclaré.
Les deux parties donnent toutefois des signes positifs de leur volonté d’aboutir à un accord de paix.
Début mars, la SPLA a accepté de libérer des soldats de l’armée gouvernementale qu’ell détient prisonniers. Le président du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Jakob Kellenberger, en visite à Khartoum, a déclaré que son organisation avait visité plus de 700 prisonniers de guerre dans les prisons de la SPLA dans le sud, sans préciser le nombre des détenus qui seraient libérés ou la date de leur élargissement.
M. Kellenberger n’a pas dit si l’armée soudanaise détenait, de son côté, des membres de la SPLA.
Autre signe de bonne volonté, le gouvernement et la SPLA ont renouvelé pour un mois - du 1er au 31 mars - un accord de cessez-le-feu.

(*) Une loi signée en octobre 2002 par le président George W. Bush - Sudan Peace Act- lui permet d’appliquer des sanctions et d’augmenter l’aide à la rébellion s’il s’avère que Khartoum ne coopère pas de manière satisfaisante aux efforts de paix.

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