N° 290
du 23/03/2004


SOUDAN

Darfour
Nouvelles négociations le 26 mars au Tchad
Les prochaines négociations entre le gouvernement soudanais et les rebelles du Darfour débuteront le 26 mars à N’Djamena, a annoncé la présidence tchadienne.
«Des invitations ont été lancées à toutes les parties ainsi qu’à l’Union africaine et aux pays qui sont chargés d’assister activement le Tchad pour la réussite de la rencontre, il s’agit des pays facilitateurs», selon Ahmad Allam-mile, conseiller aux relations internationales du président tchadien, Idriss Deby.
Le Darfour, région à l’ouest du Soudan, est depuis février 2003 le théâtre d’affrontements entre forces gouvernementales soudanaises et plusieurs mouvements rebelles qui ont fait, selon plusieurs sources humanitaires, environ 3.000 morts, 670.000 déplacés au Soudan et 100.000 réfugiés au Tchad.
N’Djamena est intervenu à plusieurs reprises comme médiateur et a obtenu deux cessez-le-feu, violés par la suite. Les combats au Darfour se sont intensifiés depuis l’échec d’un troisième cycle de négociations dans la capitale tchadienne le 16 décembre 2003.
Le Mouvement pour la justice et l’égalité au Soudan (MJE), un des mouvements de la rébellion du Darfour s’est déclaré prêt à négocier avec Khartoum, dans n’importe quel pays «neutre», après cette annonce faite par N’Djamena.
Le MJE, dans un communiqué, a d’ores et déjà conditionné tout cessez-le-feu au désarmement des milices arabes djandawid pro-Khartoum, à «l’immobilisation» de l’aviation soudanaise et à une enquête internationale dans le Darfour.
Le 12 février, le MJE avait annoncé rejeter par avance toute médiation du Tchad au Darfour, en dénonçant «son implication (...) dans la région du Darfour au nom d’un accord de sécurité mixte entre le Soudan et le Tchad».

Nouveau cri d’alarme de l’Onu

Le conflit au Darfour «est aujourd’hui la plus grande catastrophe mondiale au plan humanitaire et pour les droits de l’Homme», a déclaré le 19/03 à Nairobi le coordinateur des activités humanitaires des Nations Unies au Soudan. Ce conflit a fait plus de 10.000 morts et plus d’un million de sinistrés, a affirmé le coordinateur, Mukaesh Kapila. Le conflit se situe «à une échelle comparable à des situations historiques, y compris le Rwanda», a-t-il ajouté, citant «villages incendiés, viols systématiques, enlèvements de civils».
«La seule différence entre le Rwanda et le Darfour tient aux chiffres», a-t-il souligné. Le génocide de 1994 au Rwanda a fait un million de morts, selon les chiffres du gouvernement de Kigali.
Le directeur adjoint de l’Agence américaine pour le développement international (USAID) Roger Winter, avait déclaré le 11 mars que le Darfour connaissait «sans doute» la «crise humanitaire la plus grave d’Afrique et peut-être du monde», lors d’une audience devant une sous-commission de la Chambre des représentants à Washington.
A Khartoum, le ministre des Affaires étrangères Moustafa Osmane Ismaïl a accusé M. Winter d’avoir pris le parti des rebelles du Darfour.
L’Union européenne (UE) a elle aussi exprimé son «inquiétude» sur la dégradation de la situation humanitaire dans le Darfour, et demandé au gouvernement soudanais d’y permettre un «accès libre» aux agences de l’Onu.
Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a déploré de ne pouvoir «mener des opérations humanitaires significatives dans la zone» depuis novembre dernier.
De fait, le 15 mars, le gouvernement soudanais a refusé l’accès des agences humanitaires internationales aux zones contrôlées par les rebelles dans le Darfour. Le secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, Najib al-Khair Abdel Wahab, a communiqué cette mesure aux représentants d’agences de l’Onu, de l’Union européenne et des ONG d’assistance humanitaire.
M. Abdel Wahab a justifié ce refus par le fait que «les équipements de ces organisations pourraient tomber aux mains des rebelles».

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