N° 224
du 28/02/2001

Bénin


Nicéphore Soglo

Nicéphore Soglo, 67 ans, avait été élu en mars 1991 face au général Mathieu Kérékou. Il représentait alors une nouvelle génération de dirigeants, économiste bon ton, bien vu des technocrates du FMI et de la Banque mondiale. Son passage aux affaires a vite démontré qu'il était comme tout le monde un homme faillible, son entourage lui ayant causé plus de tord que de bien.
Marié et père de deux enfants, Nicéphore Dieudonné Soglo, reste très influencé par l'ultra libéralisme américain.
Né le 29 novembre 1934 à Lomé (Togo), ce "technocrate" est diplômé d'études supérieures en droit, licencié en lettres de la Sorbonne (Paris).
Neveu du général Christophe Soglo, auteur du premier coup d'Etat au Bénin en 1963 contre le président Hubert Maga, il est nommé cette même année ministre de l'Economie et des Finances, un poste qu'il occupera jusqu'en 1965.
De 1979 à 1986, il est administrateur à la Banque mondiale, une expérience dont il tirera plus tard la plus grande fierté.
Ses compétences économiques et sa relative neutralité politique lui valent en février 1990 d'être désigné Premier ministre du gouvernement de transition. Un an plus tard, gravement malade, il est élu président de la République avec plus de 67% des suffrages.

Nicéphore Soglo, qui aime à citer la transition démocratique béninoise comme "modèle", a adhéré en juillet 1993 au parti "Renaissance du Bénin" créé par son épouse, Rosine Soglo. Il en a aussitôt pris la tête, tandis que Mme Soglo devenait vice-présidente.
Si Kerekou a eu à affronter une tentative de putsch avec mercenaires à l'appui sous son régime, celui de Nicéphore Soglo fut secoué en novembre 1995, par un attentat à la roquette contre le centre de conférences qui devait abriter le sommet des chefs d'Etats francophones. Des militaires furent arrêtés pour ces faits puis libérés, avec le retour de Kerekou au pouvoir.
En mai 1992, le capitaine Pascal Tawès, ancien commandant-adjoint du bataillon de la garde présidentielle de Mathieu Kérékou (1972-1991) fut accusé d'avoir orchestré une tentative de coup d'Etat visant à renverser le président Soglo. Le capitaine Pascal Tawès avait été condamné par contumace en septembre 1994 aux travaux forcés à perpétuité pour complot contre la sûreté de l'Etat. Il est rentré au Bénin après promulgation par le président Kérékou d'une amnistie de certains faits "à connotation politique" commis entre le 1er janvier 1991 et le 30 juin 1996.

L'acceptation de sa défaite par Nicéphore Soglo en 1996 ne se fit pas sans mal, sans que l'on puisse l'accuser personnellement d'avoir voulu faire de la résistance. Mais, le Bénin a connu à l'époque une semaine interminable en attendant la proclamation des résultats par la Cour constitutionnelle, dont les membres ont été menacés de mort et ont subi des pressions violentes allant jusqu'au mitraillage nocturne du domicile d'un des membres de la Cour. Dans le clan de Nicéphore Soglo, les "durs" avaient semble-t-il voulu tenter un coup de force pour faire annuler le scrutin et prendre en main la destinée du pays, comme en témoigna le limogeage du tout puissant beau-frère de M. Soglo, Désiré Viera, qui était ministre d'Etat à la Défense nationale.


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