La coalition Soglo/Idji Kolawole/Amoussou soutient Yayi Boni pour le deuxième tour
Passation de service avant l’heure

C’est un moment historique qui s’est déroulé le vendredi 17 mars au soir, lorsque l’ancien président Nicéphore Soglo a appelé les Béninois à voter pour Yayi Boni au deuxième tour de l’élection présidentielle. Historique, car ce faisant, Nicéphore Soglo, la voix affaiblie par l’âge et la maladie, reconnaissait ainsi qu’une page de l’histoire du Bénin qu’il avait lui-même ouverte en 1991, après la Conférence nationale, était tournée. En votant massivement pour le technocrate Yayi Boni au premier de cette élection, le dimanche 5 mars, le Bénin de 2006 a sèchement renvoyé dans les livres d’histoire toute la vieille garde politique qui s’entredéchire depuis les années 90 pour gérer le pays. Même si Nicéphore Soglo, en soutenant Yayi Boni au détriment d’Adrien Houngbédji, a voulu demeurer l’accompagnateur de ce changement profond, c’est bel et bien un trait sur le passé qui a été tiré ce 5 mars par une population béninoise en quête d’un mieux être social que ne lui ont guère apporté tous ceux qui, à un moment donné depuis 15 ans, ont eu en main les destinées du pays. Tous, et même l’actuel président Mathieu Kérékou, qui avait pourtant tenté, en vain jusqu’à présent, de faire repousser cette élection, pour la faire coïncider au mieux avec les législatives prévues en 2007 et au plus tard, avec les municipales de 2008. Les nombreux meeting et autres communiqués de groupes dits « patriotes », qui prédisaient que ce scrutin ne pourrait pas se tenir correctement, n’ont pas eu raison de l’engouement de la population qui s’est rendue massivement aux urnes : plus de 76 % de participation. Les deux vieilles gloires du monde politique béninois que sont Bruno Amoussou et Adrien Houngbédji, n’ont pas pu non plus tirer profit de l’absence de la compétition de Nicéphore Soglo et de Mathieu Kérékou, tous deux atteints pas la limite d’âge pour pouvoir postuler à nouveau à la présidence. Même s’il améliore ses scores obtenus aux précédentes présidentielles, Bruno Amoussou termine troisième avec un piètre 16,22 % des suffrages. Adrien Houngbédji, qui se croyait enfin affranchi des deux obstacles insurmontables pour lui qu’étaient Soglo et Kérékou, n’a en rien réussi son pari d’arriver en tête du premier tour de cette élection. Pire, il n’a reçu aucun soutien pour le second tour, alors qu’il misait sur un sursaut des partis politiques traditionnels pour se regrouper derrière lui afin de faire face au nouveau venu, novice en politique et, ultime blessure, qui n’appartient à aucun parti, si ce n’est celui de l’espoir. Nicéphore Soglo l’a bien compris, et, au-delà des tractations de boutiquiers qui ont dû avoir lieu pendant quelque jours, il a su donner une chance de survie à son parti, la Renaissance du Bénin, et à son propre fils, Léhady, candidat malheureux du premier tour. Nicéphore Soglo a bien compris que sa famille politique et sa famille tout court se devaient aussi de plonger dans cette vague du changement s’ils ne voulaient pas rester à quai à regarder passer les navires poussés par un vent nouveau.
Moment quelque peu pathétique d’entendre le « vieux » Nicéphore, assis à un mètre de son fils Léhady, déclarer pour apporter son soutien à Yayi Boni : « Nous devons être partie prenante de ce changement qui remettra le Bénin sur les rails d’un développement harmonieux et durable, un développement que vous et moi avons déjà eu l’occasion de prôner et d’expérimenter avec succès de mars 1990 à mars 1996 et qui rimera avec justice sociale et paix ».
Plus cocasse le discours lu par Bruno Amoussou, au nom de la coalition dite Wologuédé, qui regroupait son mouvement, l’Alliance pour un Bénin nouveau (ABN), la RB de Soglo et le MADEP du président de l’Assemblée nationale, Idji Kolawolé : « Chers électeurs, a déclaré Amoussou au nom de cette alliance, à l’évidence les résultats du 1 er tour de l’élection présidentielle qui a eu lieu le dimanche 5 mars 2006, sont révélateurs de votre demande de mutation profonde et de changement, pour vivre mieux, pour marcher vers une nouvelle espérance, face à l’extension de la pauvreté et à l’effondrement de la production nationale ».
Et Amoussou d’ajouter, mais cette fois en entrant dans le vif du sujet : « Nous avons compris votre désaffection de la chose publique, et en avons tiré les enseignements majeurs pour nos partis respectifs. »
C’est bien cette désaffection de la politique traditionnelle qu’Adrien Houngbédji n’a, semble-t-il, pas encore perçu quand il a cru, un temps, que les partis historiques feront front derrière lui. Eux, au moins, avaient déjà compris après ce vote du 5 mars, que quelque chose d’inédit s’était passé au Bénin.

Bon courage, monsieur le docteur

Le Dr Yayi Boni quant à lui - car il ne fait aucun doute qu’il remportera cette élection après le deuxième tour fixé au dimanche 19 mars - aura du pain sur la planche pour ne pas décevoir les attentes d’une grande partie de son électorat. Le profil de cet électorat en zone urbaine est simple : un salaire de misère (le SMIG au Bénin est à 27 000 FCFA), ou pas de salaire du tout, ou un travail de substitution pour survivre. Les dizaines de milliers de Zémidjans, ces taxi-mots qui polluent Cotonou jour et nuit, sont des passionnés de la politique et ils savent bien que c’est un peu leur sort qui se joue dans les joutes électorales. La plupart d’entre eux n’ont pas choisi ce métier. Et ce n’est pas un hasard si leur « syndicat » a choisi le candidat Yayi Boni. Même quand on vit vingt quatre heures sur vingt quatre le visage masqué par un foulard pour se protéger des gaz d’échappement, il n’est pas interdit de rêver. Les milliers d’employés de société de gardiennage dont le salaire mensuel frôle plus souvent les 20 000 CFA que les 30 000, tout le petit personnel des sociétés de services, tout ce prolétariat des villes, qui voit chaque jour sortir de terre des villas d'un luxe tapageur, ont eux aussi fait le choix de jours meilleurs que ni Soglo, ni Kérékou, ni Houngbédji, ni Amoussou qui ont tous été aux affaires à des degrés divers, ne leur ont apportés. Lors de ce scrutin, beaucoup de Béninois ont fait un choix personnel, en allant voter mais en faisant fi souvent de l’appartenance ethnique ou régionale des candidats. Les tentatives désespérées de certains pour mettre en balance l’éternelle victoire d’un candidat du Nord avec un Sud, encore et toujours lésé, n’ont pas eu prise sur l’électorat. C’est aussi en cela que la candidature Yayi Boni a brisé les traditions politiques.

Rj Lique

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