BENIN

Présidentielle 2006 : les principaux candidats

La Cour constitutionnelle béninoise a retenu 26 candidatures pour l’élection présidentielle dont le premier tour aura lieu le 5 mars.
Cette élection sera un tournant dans la vie politique du Bénin, le président sortant Mathieu Kérékou et son prédécesseur Nicéphore Soglo n’étant pas candidats en raison d’une disposition constitutionnelle qui limite l’âge des candidats à la présidence à 70 ans.
Si Nicéphore Soglo, actuellement maire de Cotonou, la capitale économique du Bénin, reste engagé en politique en soutenant son fils, Léhady Vinagnon Soglo, candidat du parti Renaissance du Bénin (RB), le président Kérékou s’est bien gardé jusqu’à présent d’afficher le moindre soutien à un quelconque candidat.
Me Adrien Houngbédji, président du Parti du renouveau démocratique (PRD), joue sans doute sa dernière carte lors de ce scrutin, après avoir été trois fois candidat à la présidence (1991, 1996, 2001) sans jamais pouvoir atteindre le second tour.
Le nouveau venu dans le monde politique, le Dr Yayi Boni qui vient de quitter la présidence de la BOAD pour se porter candidat en “indépendant”, est la grande inconnue de cette élection.
Bruno Ange-Marie Amoussou, président du Parti social démocrate (PSD), qui fut ministre d’Etat chargé du plan entre 1999 et 2005, joue lui aussi sa dernière carte. Il n’a accédé au deuxième tour de la présidentielle de 2001 qu’à la faveur du désistement de Nicéphore Soglo puis d’Adrien Houngbédji, qui avaient boycotté ce deuxième tour, arguant de fraudes.
Le deuxième tour de ce scrutin de mars 2006 se jouera très certainement entre ces quatre personnalités : Adrien Houngbédji, Léhady Soglo, Boni Yayi et Bruno Amoussou.
Mais la plus grande incertitude reste la bonne tenue de cette élection. Depuis des mois, des mouvements et autres groupuscules n’ont eu de cesse de réclamer le report de la présidentielle, arguant du manque de moyens de l’Etat, et proposant le regroupement de tous les scrutins à venir (législatives et présidentielle) avec les élections municipales prévues en 2008.
Sans avoir la majorité de l’opinion publique derrière eux, ces groupes, que l’on appelle à Cotonou les "coupleurs", ont toutefois disposé de moyens financiers importants pour propager leur message. Et en faisant planer la peur dans les esprits, expliquant qu’une élection mal préparée risquerait de plonger le Bénin dans la violence. Fin janvier, lors d’un meeting organisé dans le tout nouveau Palais des Congrès de Cotonou, en présence de centaines de villageoises peu au fait de la chose politique mais convoyées par cars entiers pour remplir la salle, Euloge Armand Adjovi, porte-parole d’un "Collectif des organisations de la société civile" favorable au report de la présidentielle, déclarait entre autre : "l’organisation de ces consultations (électorales) dans les conditions actuelles et surtout sans le recensement électoral national approfondi risque indiscutablement de donner lieu à des contestations gigantesques préjudiciables à la paix et à l’unité nationale et, c’est redoutant cet état de chose que nous réitérons le report de l’élection présidentielle de mars 2006".
De fait, le gouvernement et notamment, le ministre des Finances, Cosme Sehlin, ont traîné des pieds pour octroyer des fonds à la Commission nationale électorale autonome (CENA) qui a en charge l’organisation du scrutin. En novembre, 2005, devant l’Assemblée nationale, Cosme Sehlin affirmait que l’Etat ne pouvait se permettre de financer ce scrutin en raison d’un déficit budgétaire déjà important de 32,1 milliards de francs CFA. Après moult tractations, avec le gouvernement et avec les bailleurs de fonds extérieurs, la CENA a consenti à réduire son budget à quelque 6 milliards de FCFA, qui lui ont été finalement octroyés, au compte goutte par l’Etat, et en partie par les bailleurs extérieurs.
Mais dès les premières opérations sur le terrain, notamment lors de la révision des listes électorales, des problèmes sont apparus : des agents recenseurs ont bloqué les listes électorales, faute d’avoir perçu des indemnités promises.
Résultat de cette pagaille prévisible, fin février, une quinzaine de candidats sont allés se plaindre à la CENA du mauvais recensement des électeurs, contestant même pour certains le nombre étonnamment élevé d’électeurs inscrits : 3.942.029. Pour mémoire, à la présidentielle de 2001, il n’y avait que 3.152.365 inscrits.
Les favoris
Seules quatre personnalités semblent avoir une chance d’arriver au second tour. Il s’agit de :
- Adrien Houngbédji, président du Parti du renouveau démocratique (PRD)
- Boni Yayi, candidat “indépendant”, ancien président de la BOAD
- Léhady Vinagnon Soglo, candidat officiel du parti Renaissance du Bénin (RB)
- Bruno Ange-Marie Amoussou, président du Parti social démocrate (PSD)

Adrien Houngbédji

En 2001, Houngbédji était arrivé troisième au premier tour avec 313 186 voix (12.62% des suffrages). Il a donc du travail à faire pour arriver aux 20 % espérés, le minimum pour être au deuxième tour mais il a fait un très long travail préparatoire pour cette élection qui est pour lui la dernière chance d’arriver à la présidence après trois échec successifs. Il a sillonné le pays, tissant des liens avec des groupes d’influence locaux qui ne lui étaient pas a priori favorables. Pour gagner une partie de l’électorat du grand Nord, il a su "retourner" en sa faveur un certain nombre d’élus municipaux, qui auront de l’influence sur l’électorat. Il a effectué une tournée dans l’Atacora en novembre 2005. Un travail qui a semble-t-il porté ses fruits comme en témoigne le soutien qu’il a obtenu de la 3ème vice-présidente du PRD-nouvelle génération (le parti de Kamarou Fassassi qui est aussi candidat), Mme Marie Eléonore N’Koué, et dont le bastion est la 3ème circonscription électorale de l’Atacora
Houngbédji a aussi obtenu le soutien du parti CAR-DUNYA, traditionnellement implanté dans le Septentrion.
Pour conquérir cet électorat du Nord, Houngbédji a bien pris soin de ne jamais critiquer le président Kérékou, n’émettant pas la moindre remarque sur la mauvaise organisation du processus électoral.
Enfin, un nombre conséquent de partis politiques – une vingtaine -, dont certains représentés à l’Assemblée nationale, se sont prononcé en sa faveur. L’implantation géographique de ces partis (Mono, Atlantique, la ville d’Abomey, le Nord) devrait donc lui permettre d’élargir sa "base" électorale, traditionnellement confinée dans les départements de l’Ouémé et du Plateau.
Dernier atout, il ne traîne pas de casseroles financières, malgré différents passages aux affaires en tant que président de l’Assemblée puis comme Premier ministre.
Ses handicaps : il sera à cette élection sérieusement attaqué dans ses fiefs de l’Ouémé et du Plateau par des candidats envoyés justement, semble-t-il, pour émietter son électorat. Parmi ses candidats, on notera :
- Kolawolé Idji, l’actuel président de l’Assemblée nationale qui est candidat sous les couleurs du Mouvement africain pour la démocratie et le progrès (MADEP). C’est la première fois que le MADEP, le parti du richissime hommes d’affaires Sefou Fagbohoun a un candidat à une présidentielle.
- Kamarou Fassassi, l’actuel ministre des Mines et de l’Hydraulique, et président du PRD-nouvelle génération. Kamarou Fassassi est un ancien du PRD d’ Houngbédji et malgré plusieurs tentatives, les deux hommes n’ont pas encore réussi à se réconcilier.
- Rafiou Toukourou, actuellement président du Conseil économique et Social.
- Richard Mahougnon Senou, originaire de Dnagbo, une ville située à côté de Porto-Novo, un ancien de la Banque mondiale, et qui a disposé de moyens financiers conséquents pour sa campagne électorale.

Autre handicap pour Adrien Houngbédji : Il passe pour une "girouette politique", ayant été tour à tour dans l’opposition au président Kérékou, puis son Premier ministre, puis à nouveau dans l’opposition au Général.
A l'élection présidentielle de mars 1991, éliminé au premier tour, Houngbédji s'était refusé à appeler à voter pour l'un ou l'autre des candidats en lice au second tour, Nicéphore Soglo et Mathieu Kérékou. A l’élection de 1996, il avait appelé ses électeurs à voter en faveur du général Kérékou au second tour. En 2001, il avait refusé de cautionner la réélection de Kérékou en n’acceptant pas d’aller au deuxième tour après le désistement de Nicéphore Soglo.
Enfin, son passage aux affaires en tant que Premier ministre, bien qu’il n’ait pas eu la haute main mise sur les finances et l’économie, n’a pas laissé un souvenir inoubliable. Il n’est pas le candidat qui fait rêver du point de vue social.
Son site internet : http://www.houngbedji2006.com/

Yayi Boni
Candidat “indépendant”, ancien président de la BOAD
Ses atouts : novice dans le monde politique, il a su s'entourer d’un nombre conséquent de partis politiques qui le soutiennent et qui lui ont servi de relais sur le terrain.
Ces partis couvrent à peu près toutes les régions du pays, car il sait bien que l’électorat du Nord sur lequel il mise avant tout, n’est pas suffisant pour gagner la présidentielle.
Yayi Boni apparaît pour beaucoup comme le "candidat de l’espoir", l’homme "neuf" qui peut faire rêver. On rencontre chez ses partisans tout à la fois des anciens électeurs de la Renaissance du Bénin de Soglo ou des gens qui ont toujours voté pour Mathieu Kérékou. Une partie de la jeunesse semble s’enthousiasmer pour lui. Il a un peu l’image qu’avait Soglo en 1991, l’homme qui peut apporter un vent nouveau sur le pays grâce à des financements extérieurs, en raison de son carnet d’adresses et de son passé de banquier international.
Il a mis d’énormes moyens pour cette campagne électorale.
Grâce à son origine ethnique (Nagot de Tchaourou par son père et Bariba par sa mère), il compte capter l’électorat du Nord.
Il a fait un clin d’œil à l’électorat féminin en choisissant comme directrice de campagne électorale, Mme Vicentia Bocco, une radiologue agrégée qui exerce au CHU de Cotonou.
Ses handicaps : son premier meeting a soulevé des interrogations chez ses partisans qui l’ont vu entouré de vieux de la vielle que pas grand monde ne souhaite voir revenir aux affaires. On ne les citera pas par politesse, mais cette vieille garde est en contradiction avec son slogan de campagne "Ca doit changer, ça peut changer, ça va changer".
Il faut voir aussi sans doute la main de Kérékou, qui n’a pas apprécié la candidature de Yayi Boni, dans la multitude de candidats originaires du Nord. Tous ces candidats sont visiblement là pour rogner sur l’électorat potentiel de Yayi Boni. Parmi eux, on notera Dayori Antoine (ministre de la Culture et du Tourisme), Daniel Tawéma (FARD-Alafia) ou encore Idrissou Ibrahima (président du Rassemblement pour l’Unité nationale et la démocratie RUND)
Son site internet : http://www.yayiboni.com/

Léhady Vinagnon Soglo
Candidat officiel du parti Renaissance du Bénin (RB), le parti de son père Nicéphore Soglo. Ce parti n’en finit plus d’être tiraillé par de multiples crises internes. Léhady Soglo est jeune et manque d’expérience politique. La candidature de son frère, Ganiou Soglo, contre l’avis de ses parents, sera surtout un handicap "moral" pour Léhady. Certains farouches partisans de la RB ne comprennent pas qu’au sein de la famille Soglo il puisse exister une telle discorde. Certains militants ne comprennent pas non plus que ce soit le "jeune" Léhady, 46 ans à peine, qui ait été désigné candidat, à la barbe des anciens barons du parti, comme Me Abraham Zinzindohoué (ancien président de la Cour suprême) qui est finalement le directeur national de campagne de Léhady.
Conservera-t-il toute la base de l’électorat de la RB qui se rangeait corps et âme derrière Nicéphore Soglo ?
Autre question qui taraude les électeurs : après 10 années passées dans l’opposition, la RB n’a qu’un désir : revenir au gouvernement. Alors Léhady est-il candidat pour être "élu" ou simplement pour "négocier" ses suffrages au deuxième tour afin de revenir aux affaires ?
Son site internet : http://www.lehadisoglo.com/

Bruno Amoussou
Président du Parti social démocrate (PSD)
Le "renard de Djakotomey" n’a jamais dépassé les 10 % à un scrutin présidentiel. Ses fiefs, le Mono et le Coufo semblent partagés sur d’autres candidatures. Son passage aux affaires comme ministre du Plan n’a pas laissé un souvenir mirobolant dans l’imaginaire populaire. Il a tenté de convaincre Renaissance du Bénin de ne pas présenter de candidat et de le soutenir dès le premier tour, mais sans succès.
Il pourrait toutefois élargir son électorat traditionnel grâce à des soutiens comme celui de l’homme d’affaires, Issa Salifou Saley, patron de la chaîne TV Canal 3 et du réseau téléphonique Bell Bénin, dont le fief est à Karimama, dans l’extrême nord de l’Alibori.
Il a reçu aussi le soutien d’une partie du Fard-Alafia, un parti divisé entre Amoussou et Yayi Boni.
Son site internet : http://www.brunoamoussou.com/
Rj LIQUE
Bénin home