N° 217
du 15/11/2000

Burkina Faso


Nouveau Premier ministre
Nouveau gouvernement
avec une participation accrue de l'opposition

Ernest Yonli, 44 ans, a été nommé le 7 novembre Premier ministre, en remplacement de Kadré Désiré Ouédraogo qui avait présenté la démission de son gouvernement. Le nouveau Premier ministre était ministre de la Fonction publique et du développement institutionnel dans le précédent gouvernement. Economiste et gestionnaire de formation, M. Yonli fut le premier directeur de cabinet du Premier ministre sortant, de février 1996 à septembre 1996. Il est marié et père de trois enfants.
Le Premier ministre sortant a justifié sa démission pour "permettre au président d'opérer les changements que requiert la réalisation accélérée des objectifs de consensus et de participation active de tous les acteurs de la scène socio-politique". Le Burkina Faso est secoué depuis décembre 1998 par une grave crise socio-politique suite à l'assassinat du journaliste Norbert Zongo, dans lequel des membres de la garde du président Compaoré ont été présentés comme suspects. Une commission d'enquête indépendante, mise en place peu de temps après la mort de Norbert Zongo avait conclu à un assassinat et désigné des membres de la garde présidentielle comme de "sérieux suspects". L'affaire est devant la justice en attente d'un procès dont la date n'a pas encore été fixée. Un "comité des sages" mis en place par le pouvoir suite à cet assassinat avait recommandé en 1999 la dissolution de l'Assemblée nationale et la formation d'un "gouvernement d'ouverture". Ces propositions n'ont toutefois pas été appliquées.

Dès son gouvernement formé, le nouveau Premier ministre sera confronté à une première échéance "chaude", dans le secteur de l'éducation, traditionnel fer de lance de la contestation. Suite à la grève des étudiants, l'année universitaire 1999/2000 a été invalidée, déclenchant une "union sacrée" des syndicats d'étudiants et d'enseignants qui ont déposé un préavis de grève de dix jours à partir du 13 novembre.

Le gouvernement formé par Ernest Yonli, le 12 novembre, est composé de 36 membres et comprend quatre nouveaux partis d'opposition. Trois petits partis d'opposition, déjà présents dans le gouvernement précédent, sont également dans ce nouveau gouvernement. Parmi les quatre nouveaux partis d'opposition se trouve l'Alliance pour la démocratie et la fédération - Rassemblement démocratique africain (ADF-RDA) d'Hermann Yaméogo.
Les trois autres sont de moindre influence : le Parti africain de l'indépendance (PAI), la Convention africaine pour la démocratie (CAD), et la Convention panafricaine sankariste (CPS) l'un des partis revendiquant l'héritage de Thomas Sankara, président de 1983 à 1987 assassiné lors d'un coup d'Etat qui a porté le président Compaoré au pouvoir.
Ce gouvernement a été formé après la signature d'un "protocole d'accord" en huit points. Selon ce texte "les dossiers judiciaires pendants feront l'objet d'un traitement diligent et d'une attention particulière dans le sens de leur accélération".
Le protocole stipule également que "les conditions d'apaisement seront recherchées en vue de la réouverture de l'université de Ouagadougou" fermée depuis le 7 octobre après cinq mois de grèves estudiantines.

Une "fuite en avant", selon l'opposant Ki-Zerbo

"Nous ne voyons pas comment rentrer dans un gouvernement qui semble être un gouvernement de fuite en avant et de diversion et qui nous empêche de regarder en face les vrais objectifs qui s'imposent à nous", a déclaré le professeur Ki-Zerbo, président du Parti pour la démocratie et le progrès (PDP), principal parti de l'opposition. Pour lui, "un engagement à discuter avec le Collectif contre l'impunité, constitue un acte concret qui pouvait inciter le PDP à entrer dans ce gouvernement". Le collectif contre l'impunité mis en place au lendemain de l'assassinat du journaliste Norbert Zongo regroupe des partis politiques dont le PDP, des syndicats, et des associations.
Le PDP appartient au "Groupe du 14 février" qui rassemblent sept partis d'opposition qui avaient boycotté les municipales de septembre dernier, largement remportées par le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP, au pouvoir).


Retour au sommaire BURKINA FASO

Retour Home

Retour en haut de page