N° 237
du 15/10/2001

Burkina Faso


La visite officielle en France du président Compaoré
entachée par une plainte de Reporters sans frontières

Le président burkinabè, Blaise Compaoré, a entamé le 12 octobre une visite officielle à Paris, entachée par une plainte déposée contre lui par l'association Reporters sans frontières (RSF) dans l'affaire de l'assassinat du journaliste Norbert Zongo.
Cette visite, la première du président du Burkina Faso depuis novembre 1998, a débuté par un déjeuner à l'Elysée avec son homologue français, Jacques Chirac. A la sortie de l'Elysée, Blaise Compaoré a jugé "ridicule" cette plainte déposée contre lui : "Ce n'est pas un dossier qui me concerne, c'est un dossier qui concerne la justice burkinabè qui travaille sur cette question", a-t-il déclaré à la presse. "Je ne trouve pas opportun, à mon niveau personnel, qu'une justice autre que celle du Burkina se saisisse d'un tel dossier", a ajouté Blaise Compaoré qui a assuré n'être "pas du tout" inquiet. "En France, il y a la justice et il y a les plaisantins de l'autre côté", a-t-il ajouté.
Mais les "plaisantins", déboutés le 11 octobre après le classement sans suite par le parquet de Paris de leur première plainte, ont décidé le lendemain de se porter partie civile contre lui.
A la suite du rejet du Parquet, "RSF a décidé de déposer une plainte avec constitution de partie civile contre le président Blaise Compaoré, le 12 octobre 2001", selon un communiqué de l'association de défense de la liberté de la presse. La plainte de RSF contre le président burkinabè concerne en fait l'origine de l'assassinat, le 13 décembre 1998, du journaliste burkinabè et directeur du journal l'Indépendant, le très populaire Norbert Zongo. Son cadavre calciné avait été retrouvé dans son véhicule sur le bas-côté d'une piste, à Sapouy (100 km au sud de Ouagadougou) et sa mort avait provoqué d'importantes manifestations dans la capitale burkinabè.
Le journaliste enquêtait sur le meurtre sous la torture du chauffeur de François Compaoré, frère cadet du chef de l'Etat, pour lequel ont depuis été condamnés trois membres de la garde présidentielle.
C'est sur le volet des tortures que porte la plainte et la constitution de partie civile de RSF.
"Le journaliste avait longuement enquêté sur la mort de David Ouedraogo, chauffeur de François Compaoré, conseiller à la présidence et frère du chef de l'Etat", explique RSF.
Selon RSF, la commission d'enquête indépendante a établi dans son rapport final, publié le 6 mai 1999, que le journaliste avait été assassiné à la suite de ses investigations dans l'affaire Ouedraogo.
Si une partie de l'opposition burkinabè participe au gouvernement, une autre frange importante de l'opposition, regroupée au sein d'un "collectif contre l'impunité", réclame que soient jugés les auteurs des "crimes impunis".
En mars 2001, le président, au pouvoir depuis 14 ans après l'assassinat de son "frère d'armes" Thomas Sankara, a solennellement demandé pardon à la Nation pour tous les crimes d'Etat... depuis l'indépendance de 1960. Mais ses opposants avaient rebaptisé la "journée du pardon" en "journée nationale de deuil".


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