N° 286
du 20/01/2004

Burkina Faso

L’ex-ministre de la défense «entendu» par le juge d’instruction

Le général Kouamé Lougué, qui a été limogé, a été entendu comme témoin par le commandant Francis Somda, le juge militaire chargé d’instruire l’affaire du putsch présumé contre le régime du président Compaoré.
Le général Lougué fait partie d’un groupe d’une dizaine d’officiers supérieurs de l’armée qui ont «été entendus comme témoins», a indiqué Abdoulaye Barry, commissaire général du gouvernement près le tribunal militaire.
Aucune charge n’a été retenue contre le général dont le départ du gouvernement a été accueilli sans surprise, d’autant que la presse privée distillait depuis des semaines des rumeurs sur sa «présumée implication» dans le coup d’Etat avorté et pour laquelle un autre officier, le commandant Sié Rémi Kambou «suffisamment impliqué» a été arrêté et inculpé le 2 janvier dernier.
Le commandant Kambou avait été entendu par le juge Somda en même temps que la dizaine d’officiers dont le général Lougué, puis remis en liberté avant d’être arrêté à nouveau.
Son arrestation porte à 17 le nombre de détenus qui seront tous jugés par un tribunal militaire, probablement en février prochain selon M. Barry.
Sur ces 17 suspects arrêtés, on compte quinze militaires dont un s’est pendu dans sa cellule le 8 octobre. Parmi les deux civils figurent un pasteur-instituteur, Paré Israël, et Norbert Tiendrébéogo, président du Front des forces socialistes (FFS, opposition) et cadre à la société générale de banque du Burkina (SGBB), une des plus importantes institutions financières du pays.
Deux mandats d’arrêt internationaux ont été lancés contre deux autres civils dont un pharmacien, Yemboini Combari.
Les demandes de liberté provisoire formulée par les détenus, dont certains ont de «sérieux problèmes de santé», ont toutes été rejetées par le juge-commandant Somda.
Tous sont inculpés pour «complot et attentat à la sécurité de l’Etat», à l’exception du présumé «cerveau» de l’opération, le capitaine Luther Ouali, également poursuivi pour «trahison» et «intelligence avec une puissance étrangère» pour déstabiliser le régime du président Blaise Compaoré.
L’enquête préliminaire a également révélé des implications de la Côte d’Ivoire et du Togo, où le commandant Ouali a «contacté des personnalités».
Des commissions rogatoires internationales ont été adressées le 1er décembre à ces deux pays afin de «recueillir des informations sur les déplacements du capitaine Ouali». Les gouvernements de ces deux Etats voisins ont démenti tout lien avec les présumés putschistes.

Le général «a vraisemblablement été victime des bruits à son sujet» sur la tentative présumée de putsch, car «son nom a été cité à plusieurs reprises dans l’affaire, conduisant le juge d’instruction à l’entendre en qualité de témoin», a commenté le quotidien privé Le Pays. «A-t-il démissionné ou a-t-il été limogé en raison des soupçons qui pèsent sur lui?», s’interroge le journal, pour lequel ce «départ permet de décrisper le lourd climat de méfiance qui prévalait au sein du gouvernement».
Selon L’Observateur, autre quotidien privé, un des présumés putschistes, le capitaine Bayoulou Boulébié, serait «l’homme» du général «qui ne pouvait donc pas ne pas être au courant des menées subversives de son poulain».
«En vérité, ce qui a perdu Lougué, c’est son insouciance et sa naïveté», ajoute le journal, d’autant «qu’il ne cachait pas ses échanges téléphoniques» avec le président Gnassingbé Eyadéma du Togo.
«On lui reproche d’avoir été mis au courant de la tentative du coup d’Etat et d’être resté «muet»», a écrit pour sa part Sidwaya, le quotidien officiel.

Sommaire BURKINA FASO
Accueil