Le général
Kouamé Lougué, qui a été limogé,
a été entendu comme témoin par le commandant
Francis Somda, le juge militaire chargé d’instruire
l’affaire du putsch présumé contre le régime
du président Compaoré.
Le général Lougué fait partie d’un groupe d’une
dizaine d’officiers supérieurs de l’armée qui
ont «été entendus comme témoins», a indiqué
Abdoulaye Barry, commissaire général du
gouvernement près le tribunal militaire.
Aucune charge n’a été retenue contre le général
dont le départ du gouvernement a été accueilli sans
surprise, d’autant que la presse privée distillait depuis
des semaines des rumeurs sur sa «présumée implication»
dans le coup d’Etat avorté et pour laquelle un autre officier,
le commandant Sié Rémi Kambou «suffisamment
impliqué» a été arrêté et inculpé
le 2 janvier dernier.
Le commandant Kambou avait été entendu par le juge Somda
en même temps que la dizaine d’officiers dont le général
Lougué, puis remis en liberté avant d’être arrêté
à nouveau.
Son arrestation porte à 17 le nombre de détenus qui seront
tous jugés par un tribunal militaire, probablement en février
prochain selon M. Barry.
Sur ces 17 suspects arrêtés, on compte quinze militaires
dont un s’est pendu dans sa cellule le 8 octobre. Parmi les deux
civils figurent un pasteur-instituteur, Paré Israël,
et Norbert Tiendrébéogo, président
du Front des forces socialistes (FFS,
opposition) et cadre à la société générale
de banque du Burkina (SGBB), une des plus importantes institutions
financières du pays.
Deux mandats d’arrêt internationaux ont été
lancés contre deux autres civils dont un pharmacien, Yemboini
Combari.
Les demandes de liberté provisoire formulée par les détenus,
dont certains ont de «sérieux problèmes de santé»,
ont toutes été rejetées par le juge-commandant Somda.
Tous sont inculpés pour «complot et attentat à la
sécurité de l’Etat», à l’exception
du présumé «cerveau» de l’opération,
le capitaine Luther Ouali, également poursuivi
pour «trahison» et «intelligence avec une puissance
étrangère» pour déstabiliser le régime
du président Blaise Compaoré.
L’enquête préliminaire a également révélé
des implications de la Côte d’Ivoire et du Togo, où
le commandant Ouali a «contacté des personnalités».
Des commissions rogatoires internationales ont été adressées
le 1er décembre à ces deux pays afin de «recueillir
des informations sur les déplacements du capitaine Ouali».
Les gouvernements de ces deux Etats voisins ont démenti tout lien
avec les présumés putschistes.
Le général «a vraisemblablement
été victime des bruits à son sujet» sur la
tentative présumée de putsch, car «son nom a été
cité à plusieurs reprises dans l’affaire, conduisant
le juge d’instruction à l’entendre en qualité
de témoin», a commenté le quotidien privé
Le Pays. «A-t-il démissionné ou a-t-il été
limogé en raison des soupçons qui pèsent sur lui?»,
s’interroge le journal, pour lequel ce «départ permet
de décrisper le lourd climat de méfiance qui prévalait
au sein du gouvernement».
Selon L’Observateur, autre quotidien privé, un des présumés
putschistes, le capitaine Bayoulou Boulébié,
serait «l’homme» du général «qui
ne pouvait donc pas ne pas être au courant des menées subversives
de son poulain».
«En vérité, ce qui a perdu Lougué, c’est
son insouciance et sa naïveté», ajoute le journal,
d’autant «qu’il ne cachait pas ses échanges
téléphoniques» avec le président Gnassingbé
Eyadéma du Togo.
«On lui reproche d’avoir été mis au courant
de la tentative du coup d’Etat et d’être resté
«muet»», a écrit pour sa part Sidwaya, le quotidien
officiel.
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