Le président Blaise Compaoré a remporté une
victoire écrasante à l'élection
présidentielle du 15 novembre 1998, alors que l'appel au
boycottage de l'opposition n'a pas été entendu.
Cette élection qui s'est déroulée selon les
observateurs nationaux et internationaux dans "le calme et la
sérénité", a été
marquée par une nette amélioration du taux de
participation, principal enjeu du scrutin. En 1991, quatre ans
après le coup d'Etat sanglant qui l'avait porté au
pouvoir, le président Compaoré avait été
élu avec un taux d'abstention de près de 75%. Lors des
dernières législatives, en 1997, environ 44% des
électeurs s'étaient rendus aux urnes.
A Ouagadougou, 66,83% des électeurs sont allés voter et
le chef de l'Etat obtient plus de 80% des voix. Le Yatenga, au nord,
qui fut un des fiefs de l'opposition, bat un record de participation
avec près de 72% et le président sortant réalise
un score de près de 94%.
Dans la province du Boulkiemdé, au centre du pays,
région d'origine d'Herman Yaméogo, chef de file
du Groupe du 14 février, réunissant les neuf partis
d'opposition qui avaient appelé au boycottage du scrutin, la
participation a atteint 57 %.
Le collectif des observateurs nationaux indépendants a
signalé des problèmes dans la confection des listes
électorales et dans la distribution des cartes.
Cette élection a surtout permis l'émergence sur la scène
politique burkinabé du candidat écologiste, Ram
Ouédraogo du Parti des verts du Burkina, qui est arrivé
en deuxième position avec 6,61% des suffrages exprimés.
Ram Ouédraogo a souhaité que les politologues africains
se penchent désormais sur ce qu'il qualifie de
"curieux" dans une démocratie pluraliste. "Dans les
45 provinces du pays, il n'y a pas un seul endroit où le
président sortant n'a pas atteint des scores de 75 à
80%. C'est inimaginable dans une démocratie pluraliste",
a-t-il noté.
"En Afrique, d'une manière générale, la
culture démocratique n'est pas une réalité. Avec
la misère en plus, on a encore du temps avant de voir des
résultats qui reflètent la sensibilité
réelle du citoyen. La misère c'est difficile, il y a
des pressions de toutes sortes", a-t-il reconnu.
Frédéric Guirma, arrivé en troisième
position avec 5,87% des suffrages, s'est dit "prêt
à entrer dans un gouvernement d'union nationale" et a
demandé la dissolution de l'Assemblée nationale. Le
président Blaise Compaoré avait d'ores et
déjà écarté cette hypothèse lors
de sa campagne électorale, estimant que le pays n'était
pas en crise politique.
"Vu l'impact de ma campagne, il faudra nous associer au
gouvernement à venir", a estimé M. Guirma,
président du Front de refus-Rassemblement
démocratique africain. Pour lui, les élections
législatives de l'an dernier, qui ont donné une
majorité écrasante au Congrès pour la
démocratie et le progrès (CD-parti présidentiel)
avec 103 députés sur 110, "se sont
déroulées dans de telles conditions de fraudes que
personne n'y a cru". "Il faut ramener le CDP à de justes
proportions et redimensionner chaque parti à
l'Assemblée", a encore estimé M. Guirma dont le
parti n'avait pas participé au scrutin législatif.
Frédéric Guirma, en exil pendant la révolution
sankariste, prône un retour à l'ancien nom du pays -
Haute-Volta - et a battu campagne en brandissant le drapeau noir,
blanc et rouge de la Haute Volta. Il proposait dans son programme la
création de nouveaux villages, les "Kiego", camps d'initiation
pour les jeunes dans la langue des Mossi (l'ethnie majoritaire) sorte
de coopérative basée sur les "valeurs positives de la
tradition".
enfin, dans un entretien à Afrique Express, le
professeur Ki-Zerbo, historien de renom et membre du "Groupe
du 14 février", réunissant neuf partis d'opposition
ayant appelé au boycott, a estimé que son parti,
"suffisamment structuré" ne fera pas les frais de
l'échec du boycott mais il a reconnu toutefois qu'il lui sera
difficile d'appliquer la même politique de la chaise vide lors
des prochaines élections municipales.