afrique-express

CARTE

N° 259 du 29/11/2002

Côte d'Ivoire

 

Louis Dakoury-Tabley

Dakoury TableyLouis Dakoury-Tabley, 57 ans, qui s’est rallié aux mouvement rebelle ivoirien, le Mouvement patriotique de Côte d’Ivoire (MPCI), était l’un des partisans historiques du président Laurent Gbagbo avec qui il a fondé le Front populaire ivoirien (FPI).
Grand et d’un physique imposant, Louis Dakoury-Tabley appartient à la grande famille bourgeoise “Dakoury-Tabley” de la ville de Gagnoa au centre-ouest de la Côte d’Ivoire. Il est aussi populaire que son frère aîné Paul Dakoury-Tabley, évêque du diocèse de Grand-Bassam (sud).
Né le 9 septembre 1945 à Gagnoa, il appartient à la même ethnie Bété que le président Gbagbo.
En 1992, avec l’avènement du multipartisme sous le régime du président Félix Houphouët-Boigny, le FPI, clandestin pendant une décennie, est légalisé et Louis Dakoury-Tabley en est l’un des membres les plus en vue.
En 1994, le parti forme un “Front républicain” avec le Rassemblement des Républicains (RDR) de l’ancien Premier ministre Alassane Ouattara, dans la perspective de l’élection présidentielle de 1995. Le Front républicain boycotte ce scrutin, dont est exclu M. Ouattara, qui voit l’avènement au pouvoir d’Henri Konan Bedié, chef du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI, ancien parti unique).
Après le coup d’Etat du général Robert Gueï en décembre 1999, Laurent Gbagbo s’allie au PDCI.
Dakoury-Tabley entre alors en fronde contestant cette alliance publiquement.
Quelques semaines plus tard, il est demis du secrétariat général du FPI.
Depuis, il a créé son quotidien “le Front”, et s’est montré particulièrement virulent vis-à-vis de ses anciens compagnons qui ont accédé en octobre 2000 au pouvoir.
Dans un entretien accordé à un quotidien indépendant à la veille de l’insurrection du 19 septembre, Louis Dakoury-Tabley réglait ses comptes avec le régime du président Gbagbo. Dans cette interview publiée dans Le Jour les 16 et 17 septembre derniers, il faisait un constat amer de la situation du pays depuis l’élection de M. Gbagbo en octobre 2000.
“Au jour d’aujourd’hui, il n’est pas en train de se passer ce dont nous avions rêvé: un pays où la parole était libre, où il y avait la justice, l’équité, où l’on donnait la possibilité aux uns et aux autres d’entreprendre dans la justice”, déclarait-il.
“Quand la loi sert à un seul individu, les choses ne peuvent pas bien aller. C’est ce que nous reprochions au régime du président Houphouët et de son annexe qui était celui de Bédié. Il est clair selon moi qu’aujourd’hui nous n’avons rien changé”, estimait-il encore
Sur les arrestations politico-militaires qui précédèrent l’explosion de la crise, il différenciait “le pays et le régime”, critiquant “les hommes qui dirigent et découvrent des coups d’Etat toutes les deux semaines”.
“Quand on arrête les gens comme ça au mépris des lois, tous les jours, de façon cruelle, il est clair qu’on ne peut pas être à l’aise parce qu’ils ont des familles. Mes camarades sont conscients qu’ils frustrent les gens et comme ils le font chaque jour, ils se disent que quelqu’un peut réagir, donc il faut de temps en temps les effrayer. C’est donc le gouvernement lui-même qui crée l’insécurité”, ajoutait-il.
“A plusieurs reprises, j’ai été amené à interpeller l’opinion nationale sur l’arrogance, l’insouciance, la suffisance et le mépris affichés par les plus hautes autorités de l’Etat”, a-t-il rappelé en annonçant son ralliement au MPCI.
Son arrivée dans ce mouvement devrait rendre un peu plus désuète les analyses qui ne voient dans le conflit ivoirien qu’un simple clivage entre Nordistes-musulmans et Sudistes-chrétiens.
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