Sa première apparition notoire sur la scène
politique ivoirienne remonte aux années 80. A
l'époque, commandant en chef des sapeurs pompiers
militaires, il avait cru bon de mettre les véhicules
de son état-major à la disposition de son
épouse, candidate aux élections municipales,
pour lui permettre de faire une belle campagne
électorale. En guise de sanction, il est
affecté à Korhogo, dans le Nord du pays.
En 1990, le président Houphouët-Boigny
l'appel en renfort pour calmer une rébellion de
jeunes recrues, qui protestait contre les retards de
salaires. Et déjà, son destin va croiser celui
de d'Henri Konan Bédié, puisque c'est un de
ses proches, le colonel Gustave Ouffoué, à
l'époque sous-chef d'état-major des Forces
armées nationales ivoiriennes (FANCI), qui endossa la
responsabilité de cette mutinerie.
Ayant gagné la toute confiance
d'Houphouët-Boigny, Guéï est nommé
chef d'état-major des FANCI, mais il n'est encore que
colonel
En 1991, au plus fort d'une révolte
étudiante, il ordonne, le 17 juin, une
expédition punitive à la cité
universitaire de Yopougon. Les étudiants - et surtout
les étudiantes - ont gardé un très
mauvais souvenir de cette intervention musclée
menée par les éléments des FIRPAC
(Forces d'intervention rapide-para commandos), un corps
d'élite créé par Guéï.
Alors qu'il est mis en cause par une commission
d'enquête sur ces exactions, Gueï est
élevé au grade de général "pour
services éminents rendus à la nation" ! Il
peut dès lors dire merci à
Houphouët-Boigny, et l'on comprend mieux, à la
fois son attachement au "vieux", et sa volonté
affichée par la suite de forger une image "propre"
à l'armée .
Arrive l'élection présidentielle d'octobre 1995. Les incidents se multiplient avec les militants
de l'opposition bien décidés à
appliquer le mot d'ordre du boycott actif. En août, en
pleine campagne électorale, il refuse l'idée
que l'armée descende dans la rue pour le scrutin
prévu trois mois plus tard. "L'armée
n'intervient que lorsque la République est en
danger", déclare-t-il.
Lorsque le président lui demande de faire intervenir
l'armée en octobre, au moment même de
l'élection présidentielle, il réclame
un ordre de réquisition écrit.
Il est destitué de son poste de chef
d'état-major à la veille du scrutin pour
être aussitôt "nommé" ministre du Service
civique, un ministère qui n'a jamais vu le jour.
Une poignée de ses fidèles dans l'armée
sont arrêtés, mais pas lui. Les rumeurs de
tentative de coup d'Etat qu'il aurait voulu
perpétré le jour de l'élection
commencent.
Gueï se mure dans un silence étonnant, alors que
ses anciens compagnons d'armes restent détenus. Il
est nommé par la suite ministre de la Jeunesse et des
sports. Puis les accusations se précisent. La
nouvelle hiérarchie militaire réclame des
sanctions contre les auteurs du coup d'Etat
présumé, Gueï compris. En novembre 1996, il est donc officiellement accusé, avec
un petit nombre d'autres gradés, d'avoir tenté
de fomenter un coup d'Etat et est révoqué de
l'armée.
En septembre 1999, il a
bénéficié d'une loi d'amnistie mais n'a
pas été réhabilité.
Gueï le "légaliste" affirme aujourd'hui avoir
été appelé par mutins pour prendre la
tête de leur mouvement, et réfute l'idée
d'avoir préparé ce coup d'Etat. L'histoire de
ces derniers événements reste encore à
écrire. A quoi pensait-il lorsqu'il déclara,
en octobre 1995, en passant le flambeau à son
successeur à la tête de l'armée : "La meilleure façon de ne pas partir, c'est de
partir", empruntant ces mots à
l'écrivain français, Georges Duhamel ? |