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Afrique Express N° 199
Henri Konan Bédié, l'Akan
maladroit
En 1969, les Agnis ont payé chèrement d'avoir mener la fronde contre Houphouët, dès 1946. Bilan, s elon certaines sources, près de 1500 morts. Dans les années 70, ce fut le complot "bété" ethnie de l'Ouest de la Côte d'Ivoire, à laquelle appartient Laurent Gbagbo, l'actuel leader du Front populaire ivoirien. A l'époque, une expédition punitive de l'armée coûta la vie à quelques 4000 paysans Guébiés, un sous-groupe bété (voir l'histoire de la Côte d'Ivoire). Depuis, le pouvoir aura toujours brandi l'épouvantail du tribalisme, arguant que ses adversaires politiques ne sont en fait que des représentants d'un groupe ethnique. Gbagbo ne fut perçu et présenté que comme le leader des Bétés, puis ce fut au tour de Ouattara d'être indexé comme un "étranger", car il était plus difficile à Konan Bédié de reconnaître que le Nord musulman, essentiellement Dioula, lui échappait, du moins politiquement. En 1995, au lendemain de l'élection présidentielle, le pouvoir lança des rumeurs alarmistes sur des "massacres" de Baoulés soi-disant perpétrés par les Bétés à Gagnoa, la ville d'où est originaire Laurent Gbagbo. A la même époque, les opposants à Bédié dénonçaient comme un vilain symbole la présence d'une statue de la reine Abla Pokou, reine de la légende baoulé, qui trône sur þ la place de la République à Abidjan. Baoulés, face aux Bétés et aujourd'hui aux
Dioulas, c'est un raccourci dangereux, mais un raccourci qu'a
dessiné lui-même le président
Bédié. Aussi, pour faire bonne mesure et sans doute pour "asseoir" sa légitimité, Bédié, né dans une famille de planteurs de cacao, s'est targué d'ascendances royales dans l'ethnie Baoulé. Il porterait en fait le nom d'un roi local, Bê'ndié qui était l'ami de son grand-père. Les journalistes ivoiriens qui ont tenté d'enquêter sur sa filiation, en supposant que sa mère pouvait être d'origine ghanéenne - les Akans étant venus dans le passé du royaume Ashanti du Ghana - l'ont payé chèrement: 12 mois de prison ferme pour De Be Kwassi, journaliste à l'hebdomadaire La Patrie et même peine pour son directeur de publication, Abou Cissé, tous deux condamnés pour "offense au chef de l'Etat". C'était en 1995, la guerre avec Ouattara l'étranger, était déjà bien lancée.
Elève appliqué, le fils de Klolou Bédié et de Kouakou Akissi, a fait ses premières études à Daoukro, puis le collège de Guiglo et l'école normale de Dabou( 50 km à l'ouest d'Abidjan, où sont passés une bonne partie des "élites" ivoiriennes).Un de ses biographes (pardon hagiographe), Georges Amani (*) affirme qu'à l'époque ses camarades l'avait surnommé l'"empereur de l'Ecole normale de Dabou", ajoutant que "tout grand chef aura été jeune chef", c'est tout dire. Il a obtenu le baccalauréat en 1953, avant d'aller en France, à l'université de Poitiers (droit et d'économie). L'on raconte qu'avant de s'envoler pour la France, le jeune Bédié avait un penchant prononcé pour les thèses indépendantistes de Kwame N'Krumah, et qu'on l'a même surpris un jour, entrain de tenir une conférence dans le quartier populaire de Treichville à Abidjan, dénonçant la communauté africaine proposée par de Gaulle et réclament l'indépendance immédiate. De retour en Côte d'Ivoire, haut fonctionnaire, Félix Houphouët-Boigny, alors Premier ministre, le propose pour un stage au ministère français des Affaires étrangères, qu'il effectuera à l'ambassade de France à Washington. Après l'indépendance en 1960, il devient à 27 ans le premier ambassadeur de Côte d'Ivoire aux Etats-Unis, jusqu'en 1966. Il est rappelé à Abidjan pour devenir ministre de l'Economie. Onze ans durant, il conservera ce poste, jusqu'au moment où il est éclaboussé par le scandale financier des "complexes sucriers", une affaire d'usines surfacturées qui lui vaut la colère du "Vieux". Il entreprend alors une confortable traversée du désert à la Banque Mondiale. Revenu en grâce en 1980, il se fait élire député du parti unique et dans la foulée, président de l'Assemblée nationale, écartant ainsi de la succession d'Houphouët, Philippe Yacé, "propulsé" à la tête du Conseil économique et social. Mais 10 ans plus tard, en novembre 1990, à la surprise générale, "le Vieux", très malade, nomme pour la première fois un Premier ministre, Alassane Dramane Ouattara. Débute alors un choc d'ambitions, qui conduira M. Bédié à un raidissement qui aura beaucoup contribué à sa chute. Marié depuis 1958 à Henriette, père de quatre enfants, il sera aussi la cible de nombreuses accusations de népotisme, l'influence de ses deux fils dans les milieux d'affaires étant mal ressentie de la population. "Maman Henriette", madame Henriette Koizan Bomo très exactement, épouse Bédié, s'est surtout fait remarquée par de pompeuses constructions à Koukourandoumi, son village natal. Outre sa propre villa, avec boite de nuit en sous-sol, réalisée par l'architecte franco-libanais Fakoury, "Maman Henriette" n'a pas oublié ses voisins villageois. Un centre d'apprentissage et de loisirs pour les jeunes, qui porte son nom, mais aussi fin du fin, un hôtel, baptisé "La Renaissance", au cas où certains auraient eu envie de venir visiter la région natale de Madame la première Dame. En inaugurant ce "complexe hôtelier", le haut commissaire au Tourisme de l'époque, Kindo Bouadi, avait cru bon de saluer l'investissement privé dans le secteur touristique ! Mais "Maman Henriette", c'était aussi et surtout la fondation "Servir", crée en 1996. A l'époque, nos confrères de Fraternité-Matin (gouvernemental) écrivaient : "C'est pour promouvoir au plus haut point ces valeurs de solidarité et de partage que la Première dame de notre pays, femme et mère au grand c¦ur, Mme Henriette Konan Bédié vient de créer «Servir»". Depuis ce jour, et grâce à Fraternité-Matin, les Ivoiriens ne manqueront plus la moindre action charitable menée par "Maman Henriette". Parfois sans finesse comme cette Une très délicate de Fraternité Matin du 21 octobre 1996: "1400 démunis servis" þ Quant au président, lui non plus n'avait pas oublié son village natal, ce qui avait fait écrire au journal d'opposition, La Voie (avant qu'il ne soit incendié par des inconnus), que les douze travaux de l'Eléphant d'Afrique, en référence aux grands chantiers lancés par Bédié, avaient déjà commencé þ dans son village de Daoukro. En 1997, ce patelin a bénéficié de crédits budgétaires de 3,5 milliards de F CFA pour des travaux de voirie et de 1,5 milliard de FCFA pour des travaux d'assainissement. Tribalisme, népotisme, exubérance, mais aussi maladresses politiques. Il faut s'appeler Bongo pour pouvoir gagner des élections sur mesure. Visiblement les deux hommes n'ont pas le même couturier, ou les mêmes conseillers, et Bédié, le craintif, habitué à une ascension programmée, a préféré tenter de mettre K.O.. ses adversaires avant de monter sur le ring. Son discours mielleux du genre "trouver un autre candidat" qu'il a lancé à l'adresse des partisans de Ouattara le dernier jour de sa présidence, il l'avait déjà sorti en 1995, quand toute l'opposition avait appelé au boycott actif. Il lui a fallu à l'époque soudoyer Francis Wodié, dirigeant du PIT (un parti pourtant réputé de gauche) pour faire avaler la pilule d'une élection qui n'en était pas une, Wodié étant le seul candidat face à Bédié. A l'époque, Ouattara, lui non plus pas très téméraire, avait préféré renoncer à se présenter. La présidentielle de 1995 l'a donc "légitimé" à la tête de l'Etat, malgré le "boycott actif" décrété par l'opposition. Mais la situation économique du pays s'est dégradée sous l'effet de la chute des cours des matières premières, et d'une gestion très douteuse, condamnée par les institutions financières internationales. La révélation de détournements de fonds a achevé de rendre le régime, et surtout sa figure de proue, impopulaires. Dans ce climat de contestation sociale, le retour de son rival Alassane Ouattara le poussera à la faute. "HKB" s'engage alors dans un combat sur tous les fronts, politique, policier et judiciaire, avec l'emprisonnement des partisans de M. Ouattara. Une polarisation de la situation qui conduira les soldats qui se sont mutinés le 23 décembre à passer très vite de revendications sociales à des doléances politiques. La fin de non recevoir opposée par le président allait mener en moins de 72 heures sa chute finale. (*) La longue, marche, Georges Amani, Edit. Becelli 1995.
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