N° 218
du 30/11/2000

Côte d'Ivoire


Le pays souhaite reprendre
les discussions avec le FMI et la BM
C'est plus qu'une nécessité

Le ministre ivoirien de l'Economie et des Finances, Mamadou Koulibaly, qui participait à Ouagadougou au conseil des ministres des Finances de l'Union économique monétaire ouest-africaine (UEMOA), a indiqué dans un entretien avec l'AFP à Ouagadougou que son pays souhaitait reprendre les discussions avec la Banque Mondiale et le Fonds monétaire internationale (FMI). "Nous essayons de reprendre langue avec les institutions de Bretton Woods, d'ouvrir des discussions pour aller vers un programme avec le FMI et la Banque Mondiale, mais nous ne sommes qu'au début du processus", a-t-il ajouté.
Le président Laurent Gbagbo a déjà reçu de son côté le représentant résident du FMI à Abidjan.
Le FMI et la Banque mondiale ont suspendu leur aide à la Côte d'Ivoire depuis décembre 1998, un an avant le coup d'Etat qui avait porté au pouvoir le général Robert Gueï, estimant que le régime du président Henri Konan Bédié avait fait preuve de "mauvaise gouvernance".

Le ministre de l'Economie, déjà à ce poste pendant la transition militaire, a estimé que la Côte d'Ivoire est "économiquement exsangue".
Selon lui, l'inflation se situe pour l'année 2000 entre 2 et 3% et le taux de croissance entre -1 et -2%.
Les arriérés de la dette ont "dépassé toutes proportions imaginables pour atteindre 1.000 milliards de FCFA" , a-t-il dit.
Le ministre compte "restructurer le secteur financier de l'Etat, corriger les dérapages budgétaires constatés pendant la transition, reprogrammer les dépenses publiques de telle façon que le déficit que nous constaterons pour 2000 ne se répète pas en 2001".
Il veut également prendre des mesures de bonne gouvernance pour lutter contre les fraudes, notamment douanières.
"Ces mesures, couplées aux discussions avec le FMI, pourraient permettre de trouver un terrain d'entente pour bénéficier d'un appui de cette institution si elle le veut", a estimé le ministre.

Commentaire : Mamadou Koulibaly a tout simplement oublié l'équation "politique". Tout comme les autres bailleurs de fonds, le FMI et la Banque mondiale attendent la tenue des élections législatives du 10 décembre pour examiner les conditions de la reprise de leur coopération avec la Côte d'Ivoire. Or, avec l'exclusion d'Alassane Ouattara de ce scrutin, le boycott annoncé de son parti le RDR, et les troubles évidents qui vont avoir lieu dans le pays pendant un délai imprévisible, l'on se demande bien comment par exemple, les échanges avec l'extérieur vont se développer, ou, sur quels indicateurs de stabilité les investisseurs extérieurs prendraient le risque de s'aventurer en Côte d'Ivoire, dans les conditions politiques actuelles.
A cela s'ajoute les revendications de "primes" promises par le général Gueï à "ses enfants", les mutins, qui l'ont aidé à accéder au pouvoir. Ces primes, qui se chiffrent à plusieurs milliards de FCFA, n'ont jamais été payées et une partie des militaires ont encore bien en tête cette "dette" de l'Etat.

Lors d'un débat sur "La refondation économique de la Côte d'Ivoire", le 28 novembre à Abidjan, entre les industriels de Côte d'Ivoire et le Premier ministre Affi N'Guessan, les représentants de la Fédération nationale des industries et services de Côte d'Ivoire (FNISCI) ont mis l'accent sur la question des arriérés intérieurs (de l'Etat vis à vis des sociétés locales) dont "le montant global dépasse le chiffre de 200 milliards F CFA et qui constitue un frein majeur à la relance des activités", selon Joseph-Désiré Biley, président de la FNISCI.
Le Premier ministre a simplement répondu que le remboursement de cette dette sera "budgétisé"? Quand ? Sur quelles ressources ?
D'autant que les industriels réclament aussi d'être dédommagés des exactions, des destructions commises par les militaires lors des différentes mutineries qui ont émaillées la vie ivoirienne pendant un an. Gueï, toujours généreux, avait pris l'engagement de rembourser les victimes de ces faits. Réponse d'Affi N'Guessan : "aucune base juridique ne traite de la question, mais le président de la République accordera une attention particulière à la question du dédommagement".
Enfin concernant le futur programme d'investissements publics et les "investissements sociaux pour lutter contre la pauvreté", le Premier ministre a envisagé de "mobiliser 30% du budget" pour ce faire, d'ici 2002.
Sans prendre la calculette, on peut seulement noter que pour tenir les échéances de la dette extérieure, apurer les arriérés intérieurs, mobiliser des ressources pour les investissements publics et calmer les militaires, ce sera bien difficile, surtout si une partie du pays s'embrase. On entend déjà au fin fond du Nord de la Côte d'Ivoire, des appels à la sécession. Pas bon signe pour la relance économique.
Quant aux promesses françaises de donner un coup de pouce à leur "ami" socialiste, Laurent Gbagbo - environ 80 millions de FF avant même la signature d'accord avec le FMI et la BM - celles-ci seront aussi bien difficiles à réaliser si les modalités des législatives sont condamnées en bloc par la communauté internationale. Et c'est bien ce qui semble arriver.


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