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Le Premier ministre
ivoirien Pascal Affi N'Guessan a quitté Paris
le 21 février sans avoir obtenu de ses rares
interlocuteurs officiels français l'assurance d'une
reprise rapide de l'aide financière à son pays
économiquement asphyxié.
Sa visite à Paris avait pourtant commencé
avec, en arrière-fond, de récentes
affirmations des ambassadeurs de France à Abidjan et
de Côte d'Ivoire à Paris sur une reprise
imminente d'une aide massive de la France à son
ancienne colonie exsangue économiquement et
profondément affaiblie par ses turbulences
politiques. "La France ne peut apporter une réponse
particulière et solitaire. La réponse doit
être globale et se faire à travers le Fonds
monétaire international et l'Union
européenne", a déclaré le
secrétaire d'Etat au Commerce extérieur
français, François Huwart, qui venait
de s'entretenir avec le Premier ministre ivoirien.
"Nous ne sommes pas sur les bases" d'un
crédit-relais à la Côte d'Ivoire, "nous
sommes sur les bases d'une aide technique pour aborder la
discussion avec les institutions financières
internationales", a-t-il précisé.
Le Premier ministre ivoirien devrait se rendre à
Washington, début mars, pour un "contact" avec le
Fonds monétaire international (FMI).
Paris a bien annoncé la signature prochaine de
quatre conventions de financement d'un montant total de
51 millions de FF (7,5 millions d'Euros) dans les
domaines de la santé, l'agriculture, l'enseignement
supérieur et le Fonds social de développement
mais cette "aide-projet" concerne des actions suspendues
après le coup d'Etat du 24 décembre 1999, et
n'entre pas dans le cadre de l'aide financière
massive que la Côte d'Ivoire attend.
Cette position de la France confirme donc
l'évolution de ses relations avec ses anciennes
colonies avec la concrétisation du concept d'aide
multilatérale au sein de laquelle Paris joue un
rôle moteur en raison de ses liens
privilégiés avec les pays africains.
Pour autant, le fait que Paris n'a pas annoncé
d'aide financière directe traduit le malaise du
gouvernement et de la communauté internationale
vis-à-vis des nouvelles autorités ivoiriennes
issues d'une élection présidentielle
tronquée en octobre 2000 et contestée par
l'opposition et à l'étranger.
A cette élection, deux grands partis ivoiriens,
le Rassemblement des républicains (RDR) d'Alassane
Ouattara et le Parti démocratique de Côte
d'Ivoire (PDCI), n'ont pu présenter de candidat. M.
Ouattara n'a pas été autorisé non plus
à se présenter aux législatives qui ont
suivi.
Le secrétaire d'Etat français a d'ailleurs
prévenu que l'aide financière française
était certes envisagée dans le contexte d'un
accord avec le FMI mais aussi en fonction de la
consolidation en Côte d'Ivoire de "la
légalité républicaine".
"Tout ceci s'inscrit dans un contexte
politico-économique (...). Ce sont des conditions
à remplir qui ont toute leur valeur, qu'elles soient
politiques, démocratiques ou financières",
a-t-il dit.
A la veille de l'arrivée à Paris du
Premier ministre, des opposants du RDR ont été
inculpés et, parfois arrêtés, à
Abidjan. Cette situation des droits de l'homme explique
vraisemblablement le très faible niveau de contacts
officiels français réservé au Premier
ministre qui s'est entretenu avec le seul secrétaire
d'Etat au Commerce extérieur, bien que sa
délégation ait tenté de faire croire
qu'il avait été reçu par le
président Chirac, lors de sa visite auprès du
secrétaire général Dominique de
Villepin. Tout juste une poignée de main entre deux
portes avec Jacques Chirac.
Affi N'Guessan n'a été reçu
officiellement ni par son homologue Lionel Jospin, ni par le
ministre des Affaires étrangères Hubert
Védrine. "Nous ne sommes pas déçus,
nous sommes plutôt rassurés parce que nous
avons l'appui de nos partenaires", a cependant
déclaré Affi N'Guessan qui a
précisé s'être fixé la fin du
premier semestre pour un accord avec le FMI.
Même scénario avec l'Europe
Aucune décision sur une reprise de la
coopération financière de l'Union
européenne (UE) avec la Côte d'Ivoire n'a
été prise à l'issue de la visite
à la Commission européenne à Bruxelles,
de la délégation ivoirienne avant son
séjour à Paris.
Le ministre ivoirien des Finances Paul Bohoun
Bouabré a rencontré Poul Nielson,
commissaire européen à la Coopération.
M. Nielson a rappelé dans un communiqué
"la préoccupation de l'Union européenne au
sujet de la situation politique de la Côte d'Ivoire",
mentionnant en particulier "les événements de
fin octobre et début décembre 2000 et la
répression brutale des manifestations". Le
commissaire a en outre demandé que cessent les
"mauvais traitement infligés actuellement aux
populations étrangères".
L'article 96 de l'accord de Cotonou fixant les relations
entre l'UE et les pays ACP (Afrique-Caraïbes-Pacifique)
prévoit l'ouverture de telles consultations
dès qu'une partie a manqué à ses
obligations en matière de droits de l'Homme ou de
principes démocratiques.
Cette rencontre, deuxième du genre après
celle de février 2000, n'était pas
décisionnelle et les parties sont convenues de
poursuivre et d'approfondir le dialogue en vue d'aboutir au
mois de mai.
Quatorze mois après le premier coup d'Etat de son
histoire en décembre 1999, la Côte d'Ivoire est
en plein marasme, minée par une année
d'instabilité et de violences, une croissance
négative (-2%) et une dette, tant intérieure
qu'extérieure, exorbitante.
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