N° 224
du 28/02/2001

Côte d'Ivoire


Le Premier ministre repart de Paris
sans aide financière française

Le Premier ministre ivoirien Pascal Affi N'Guessan a quitté Paris le 21 février sans avoir obtenu de ses rares interlocuteurs officiels français l'assurance d'une reprise rapide de l'aide financière à son pays économiquement asphyxié.
Sa visite à Paris avait pourtant commencé avec, en arrière-fond, de récentes affirmations des ambassadeurs de France à Abidjan et de Côte d'Ivoire à Paris sur une reprise imminente d'une aide massive de la France à son ancienne colonie exsangue économiquement et profondément affaiblie par ses turbulences politiques. "La France ne peut apporter une réponse particulière et solitaire. La réponse doit être globale et se faire à travers le Fonds monétaire international et l'Union européenne", a déclaré le secrétaire d'Etat au Commerce extérieur français, François Huwart, qui venait de s'entretenir avec le Premier ministre ivoirien.
"Nous ne sommes pas sur les bases" d'un crédit-relais à la Côte d'Ivoire, "nous sommes sur les bases d'une aide technique pour aborder la discussion avec les institutions financières internationales", a-t-il précisé.
Le Premier ministre ivoirien devrait se rendre à Washington, début mars, pour un "contact" avec le Fonds monétaire international (FMI).
Paris a bien annoncé la signature prochaine de quatre conventions de financement d'un montant total de 51 millions de FF (7,5 millions d'Euros) dans les domaines de la santé, l'agriculture, l'enseignement supérieur et le Fonds social de développement mais cette "aide-projet" concerne des actions suspendues après le coup d'Etat du 24 décembre 1999, et n'entre pas dans le cadre de l'aide financière massive que la Côte d'Ivoire attend.
Cette position de la France confirme donc l'évolution de ses relations avec ses anciennes colonies avec la concrétisation du concept d'aide multilatérale au sein de laquelle Paris joue un rôle moteur en raison de ses liens privilégiés avec les pays africains.

Pour autant, le fait que Paris n'a pas annoncé d'aide financière directe traduit le malaise du gouvernement et de la communauté internationale vis-à-vis des nouvelles autorités ivoiriennes issues d'une élection présidentielle tronquée en octobre 2000 et contestée par l'opposition et à l'étranger.
A cette élection, deux grands partis ivoiriens, le Rassemblement des républicains (RDR) d'Alassane Ouattara et le Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI), n'ont pu présenter de candidat. M. Ouattara n'a pas été autorisé non plus à se présenter aux législatives qui ont suivi.
Le secrétaire d'Etat français a d'ailleurs prévenu que l'aide financière française était certes envisagée dans le contexte d'un accord avec le FMI mais aussi en fonction de la consolidation en Côte d'Ivoire de "la légalité républicaine".
"Tout ceci s'inscrit dans un contexte politico-économique (...). Ce sont des conditions à remplir qui ont toute leur valeur, qu'elles soient politiques, démocratiques ou financières", a-t-il dit.
A la veille de l'arrivée à Paris du Premier ministre, des opposants du RDR ont été inculpés et, parfois arrêtés, à Abidjan. Cette situation des droits de l'homme explique vraisemblablement le très faible niveau de contacts officiels français réservé au Premier ministre qui s'est entretenu avec le seul secrétaire d'Etat au Commerce extérieur, bien que sa délégation ait tenté de faire croire qu'il avait été reçu par le président Chirac, lors de sa visite auprès du secrétaire général Dominique de Villepin. Tout juste une poignée de main entre deux portes avec Jacques Chirac.
Affi N'Guessan n'a été reçu officiellement ni par son homologue Lionel Jospin, ni par le ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine. "Nous ne sommes pas déçus, nous sommes plutôt rassurés parce que nous avons l'appui de nos partenaires", a cependant déclaré Affi N'Guessan qui a précisé s'être fixé la fin du premier semestre pour un accord avec le FMI.

Même scénario avec l'Europe

Aucune décision sur une reprise de la coopération financière de l'Union européenne (UE) avec la Côte d'Ivoire n'a été prise à l'issue de la visite à la Commission européenne à Bruxelles, de la délégation ivoirienne avant son séjour à Paris.
Le ministre ivoirien des Finances Paul Bohoun Bouabré a rencontré Poul Nielson, commissaire européen à la Coopération.
M. Nielson a rappelé dans un communiqué "la préoccupation de l'Union européenne au sujet de la situation politique de la Côte d'Ivoire", mentionnant en particulier "les événements de fin octobre et début décembre 2000 et la répression brutale des manifestations". Le commissaire a en outre demandé que cessent les "mauvais traitement infligés actuellement aux populations étrangères".
L'article 96 de l'accord de Cotonou fixant les relations entre l'UE et les pays ACP (Afrique-Caraïbes-Pacifique) prévoit l'ouverture de telles consultations dès qu'une partie a manqué à ses obligations en matière de droits de l'Homme ou de principes démocratiques.
Cette rencontre, deuxième du genre après celle de février 2000, n'était pas décisionnelle et les parties sont convenues de poursuivre et d'approfondir le dialogue en vue d'aboutir au mois de mai.
Quatorze mois après le premier coup d'Etat de son histoire en décembre 1999, la Côte d'Ivoire est en plein marasme, minée par une année d'instabilité et de violences, une croissance négative (-2%) et une dette, tant intérieure qu'extérieure, exorbitante.


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