N° 226
du 02/04/2001

Côte d'Ivoire


Reprise du dialogue avec le FMI et la Banque Mondiale

Des délégations du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale (BM) sont attendues à Abidjan du 5 au 14 avril prochain pour des discussions avec les autorités ivoiriennes, a-t-on appris jeudi de sources concordantes.
La venue d'une délégation du FMI était notamment conditionnée au bon déroulement des élections municipales du 25 mars dernier. A la différence des derniers scrutins - présidentielle d'octobre et législatives de décembre 2000 - qui avaient fait de nombreux morts, les municipales se sont relativement bien déroulées.
Le FMI et la Banque mondiale ont suspendu leur aide à la Côte d'Ivoire depuis décembre 1998, un an avant le coup d'Etat qui avait porté au pouvoir le général Robert Gueï, estimant que le régime du président Henri Konan Bédié avait fait preuve de "mauvaise gouvernance".
Le Premier ministre ivoirien Pascal Affi N'Guessan et le ministre de l'Economie et des finances, Paul Bohoun Bouabré, s'étaient rendus à Washington du 2 au 9 mars pour reprendre contact avec le FMI et la Banque mondiale, à un moment où la situation économique et financière du pays est grave.
Pour le FMI, le but de cette mission n'est pas d'entrer, à ce stade, en négociation avec les autorités ivoiriennes mais d'examiner avec elles la "cohérence" de leurs propositions budgétaires.
Une délégation du Trésor français est d'ailleurs venue à Abidjan pour assister les autorités ivoiriennes dans la préparation des dossiers avant l'arrivée de la mission du FMI.
La Banque mondiale a placé la Côte d'Ivoire sous le régime de non paiement le 2 mars dernier, les autorités d'Abidjan ne remboursant plus leurs emprunts auprès de l'organisation internationale depuis maintenant plus de six mois.
Cette décision concerne les prêts accordés par la Banque internationale de reconstruction et de développement (BIRD) et par l'Agence internationale de développement (AID).
Au 1er mars, l'encours des prêts de la Banque mondiale à la Côte d'Ivoire s'élevait pour la BIRD à 592 millions de dollars dont 74,9 millions de dollars d'impayés. Pour l'AID, l'encours étaient de 1,353 milliard de dollars dont 6,1 millions de dollars d'impayés.

En attendant les aides extérieures,
le gouvernement ponctionne les producteurs de cacao

L'un des dossiers épineux des discussions avec la Banque mondiale devrait être la décision prise le 21 mars de relever fortement le "droit unique de sortie" (DUS, taxe à l'exportation) sur le cacao, dont le pays est le premier producteur mondial: + 60% pour les fèves et jusqu'à 200% pour certains produits dérivés.
Cette mesure avait provoqué la colère du président des délégués nationaux des producteurs, Henri Amouzou, qui a exprimé son "désaccord total" avec cette augmentation. "Nous ne pouvons pas empêcher le gouvernement d'améliorer ses ressources, à condition que cela ne détériore pas nos ressources à nous", avait-il dit. Le relèvement du DUS suscite apparemment des réserves du côté des partenaires internationaux de la Côte d'Ivoire, en ce qu'elle pénalise surtout le maillon le plus faible de la "filière cacao", des petits producteurs déjà fragilisés, et qu'elle ne va pas dans le sens de la libéralisation du secteur lancée en 1999 à la demande des bailleurs de fonds.
Le prix du kilo de fèves à l'export est actuellement d'environ 570 CFA (5,70 FF, 0,86 euro), le produit étant payé "bord champ" à environ 450 CFA (4,50 FF, 0,68 euro).
Alors que la filière cacao a été libéralisée en août 1999 à la demande des bailleurs de fonds, le nouveau cadre réglementaire promis n'a pas été mis en place.
La filière cacao était avant la libéralisation gérée par une caisse de stabilisation (CAISTAB), longtemps considérée comme une pompe à finances du régime.
Très déprimés depuis des années, les cours du cacao ont rebondi en début d'année sur des craintes de sous-production, atteignant en février leurs plus hauts niveaux depuis mars 1999, avant de s'effriter à nouveau.
La production ivoirienne de cacao -41% du total mondial- devrait avoisiner les 1,16 million de tonnes en 2000/01 contre 1,30 million la saison précédente, selon une étude récente de la maison de courtage londonienne Ed and F Man.


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