N° 247
du 02/04/2002

Côte d'Ivoire


Grogne sociale
Deux cent femmes "démunies" marchent sur la présidence

Deux cent femmes ont marché le 14/03/2002 à Abidjan sur la présidence ivoirienne pour protester contre "la cherté de la vie" et "la flambée des prix" dans les marchés. "Gbagbo (Laurent Gbagbo président ivoirien) on a faim", "Mamadou (Mamadou Coulibaly, président de l'Assemblée nationale) on a faim", scandaient les femmes qui se disaient "démunies" au cours de leur marche de protestation sur la présidence où elles n'ont été reçues par aucun officiel.
"Nous allons revenir (...) pour continuer de dire qu'on veut de la nourriture à la place des promesses parce que les denrées alimentaires sont chères sur les marchés", a déclaré l'une des organisatrices, Brigitte Gueï Bah.
Les femmes avaient entamé leur marche depuis la commune populaire d'Adjamé, munies de banderoles sur lesquelles on pouvait lire "non à la hausse anarchique des prix" ou "entendez les cris de détresse des consommatrices affamées", ou encore "il n'y a pas de travail et on meurt de faim".
Symboliquement des femmes avaient en mains des bouts de pains, de bananes, de longues spatules et des casseroles vides.
La grogne sociale s'est récemment accentuée en Côte d'Ivoire, touchant notamment les personnels de santé, les magistrats, les gardiens de prison et les enseignants. Le 28 février, le Premier ministre Pascal Affi N'Guessan a rencontré tous les syndicats pour tenter de désamorcer les mouvements sociaux, demandant d'attendre 2003 pour une "redistribution de la prospérité".
Les quelque 600 magistrats de Côte d'Ivoire qui réclament depuis le 12 janvier une augmentation salariale et une amélioration de leurs conditions de travail, ont effectué une semaine de grève à la mi-mars. Ils n'ont levé leur mot d'ordre qu'après une rencontre avec le président Gbagbo
Quant à la Coordination nationale des syndicats de la Fonction publique (CONASYFOP), elle a exigé le 20 mars "la satisfaction immédiate" de ses revendications salariales et le déblocage des salaires gelés depuis 22 ans.
"Nous demandons au gouvernement de débloquer les salaires en 2002, nous ne pouvons pas attendre 2003", a déclaré le président de la CONASYFOP, Joseph Holland N'Da au cours d'une conférence de presse. "On peut agir sur la masse salariale globale de l'Etat de 510 milliards de francs CFA (777 millions d'euros) pour régulariser la situation des fonctionnaires", a-t-il estimé. La Coordination s'est également opposée "à tout prélèvement" sur les traitements des fonctionnaires dans le cadre de la mise en place de l'Assurance maladie universelle (AMU).


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