N° 248
du 18/04/2002

Côte d'Ivoire


Cacao
Les producteurs ivoiriens se disputent la rente

Alors que la Bourse du café cacao (BCC) vient de fixer le prix minimum du kilo de cacao à 475 CFA (0,72 euros) jusqu'à juin prochain, les producteurs de Côte d'Ivoire sont de nouveau divisés sur la répartition de l'argent du cacao, dont le pays est le premier producteur mondial et dont le prix sur le marché mondial connaît une flambée après des années de déprime.
La Côte d'Ivoire fournit plus de 40% de la production mondiale de cacao, compte quelque 620.000 plantations et environ 6 millions de personnes, sur les 16 millions d'habitants du pays, en vivent directement ou indirectement.
La crise dans la filière, dont le nouveau cadre réglementaire n'a toujours pas été élaboré près de trois ans après sa libéralisation, a opposé à plusieurs reprises l'Etat aux producteurs.
Le conflit se focalise une fois de plus autour de la gestion de la manne cacaoyère, estimée à plusieurs dizaines de millions d'euros par an. Et les producteurs s'affrontent ouvertement entre eux pour son contrôle, s'accusant mutuellement de malversations et de liens avec diverses sphères du pouvoir.
 
Les membres de la Fédération ivoirienne des producteurs de café-cacao (FIPCC) ont annoncé la "suspension avec déchéance de fonction", de leur président, Cissé Lociné, installant à sa place un "comité de redressement".
Ils reprochent à M. Cissé sa gestion "opaque et individuelle", son "irrespect pour les autorités de Côte d'Ivoire et les membres de la FIPCC", selon le président du comité de redressement, Zidagi Zehouri.
Et alors que la Fédération a été mise sur la touche, notamment par les pouvoirs publics, au profit de l'Association nationale des producteurs de café-cacao de Côte d'Ivoire (ANAPROCI), la structure concurrente, le "comité de redressement" estime que "la personne de M. Cissé a détérioré les relations entre la FIPCC et l'Etat".
M. Cissé est par ailleurs président du Conseil d'administration du fonds de régulation et de contrôle du café et du cacao (FRCC), et avait à ce titre engagé un bras de fer avec le ministère de l'Agriculture sur le partage des cotisations des producteurs qui doivent revenir aux organisations professionnelles.
La bataille autour de la filière et du FRCC avait coûté début mars son poste au ministre de l'Agriculture, Alphonse Douaty.
Les activités du Fonds, officiellement mis en place fin février, sont aujourd'hui suspendues. Ses ressources proviennent de redevances, à raison de 35 CFA (0,05 euro) par kilo sur le cacao et 10 CFA pour le café (0,015 euro).
M. Cissé a rétorqué en dénonçant "une magouille" dans la filière, avec selon lui la complicité du gouvernement.
"En février 2001, nous nous sommes cotisés à hauteur de 9 milliards de CFA pour le fonds de régulation et cette somme à été entièrement remise à l'ANAPROCI, avec 32 véhicules, par les soins du Premier ministre Pascal Affi N'Guessan", affirme-t-il.
Interrogé sur ces accusations, le nouveau ministre de l'Agriculture, Sébastien Danon Djédjé, répond que "si cette information est justifiée, je ferai en sorte qu'il y ait justice, si c'est le contraire on reste au stade actuel".
La FIPCC demande en tout cas le paiement de la même somme pour les coopératives qu'elle représente, mais le gouvernement s'est jusqu'à présent opposé à cette requête, tandis que l'ANAPROCI restait silencieuse sur l'utilisation des fonds, malgré les accusations de détournements.
Les cours du cacao sont restés historiquement hauts ces dernières semaines sur le marché mondial, et devraient selon les analystes se maintenir de crainte d'une deuxième année consécutive de déficit de la production.
Tandis que leurs représentants se déchirent en attendant que soient fixées les nouvelles règles d'encadrement de la filière, les planteurs ivoiriens profitent quant à eux des tensions du marché, après des années de vaches maigres.


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