- Alors que la Bourse
du café cacao (BCC) vient de fixer le prix
minimum du kilo de cacao à 475 CFA (0,72 euros)
jusqu'à juin prochain, les producteurs de
Côte d'Ivoire sont de nouveau divisés sur la
répartition de l'argent du cacao, dont le pays est
le premier producteur mondial et dont le prix sur le
marché mondial connaît une flambée
après des années de déprime.
- La Côte d'Ivoire fournit plus de 40% de la
production mondiale de cacao, compte quelque 620.000
plantations et environ 6 millions de personnes, sur les
16 millions d'habitants du pays, en vivent directement ou
indirectement.
- La crise dans la filière, dont le nouveau
cadre réglementaire n'a toujours pas
été élaboré près de
trois ans après sa libéralisation, a
opposé à plusieurs reprises l'Etat aux
producteurs.
- Le conflit se focalise une fois de plus autour de la
gestion de la manne cacaoyère, estimée
à plusieurs dizaines de millions d'euros par an.
Et les producteurs s'affrontent ouvertement entre eux
pour son contrôle, s'accusant mutuellement de
malversations et de liens avec diverses sphères du
pouvoir.
-
- Les membres de la Fédération ivoirienne
des producteurs de café-cacao (FIPCC) ont
annoncé la "suspension avec
déchéance de fonction", de leur
président, Cissé Lociné,
installant à sa place un "comité de
redressement".
- Ils reprochent à M. Cissé sa gestion
"opaque et individuelle", son "irrespect pour les
autorités de Côte d'Ivoire et les membres de
la FIPCC", selon le président du comité de
redressement, Zidagi Zehouri.
- Et alors que la Fédération a
été mise sur la touche, notamment par les
pouvoirs publics, au profit de l'Association nationale
des producteurs de café-cacao de Côte
d'Ivoire (ANAPROCI), la structure concurrente, le
"comité de redressement" estime que "la personne
de M. Cissé a détérioré les
relations entre la FIPCC et l'Etat".
- M. Cissé est par ailleurs président du
Conseil d'administration du fonds de régulation et
de contrôle du café et du cacao (FRCC), et
avait à ce titre engagé un bras de fer avec
le ministère de l'Agriculture sur le partage des
cotisations des producteurs qui doivent revenir aux
organisations professionnelles.
- La bataille autour de la filière et du FRCC
avait coûté début mars son poste au
ministre de l'Agriculture, Alphonse Douaty.
- Les activités du Fonds, officiellement mis en
place fin février, sont aujourd'hui suspendues.
Ses ressources proviennent de redevances, à raison
de 35 CFA (0,05 euro) par kilo sur le cacao et 10 CFA
pour le café (0,015 euro).
- M. Cissé a rétorqué en
dénonçant "une magouille" dans la
filière, avec selon lui la complicité du
gouvernement.
- "En février 2001, nous nous sommes
cotisés à hauteur de 9 milliards de CFA
pour le fonds de régulation et cette somme
à été entièrement remise
à l'ANAPROCI, avec 32 véhicules, par les
soins du Premier ministre Pascal Affi N'Guessan",
affirme-t-il.
- Interrogé sur ces accusations, le nouveau
ministre de l'Agriculture, Sébastien Danon
Djédjé, répond que "si cette
information est justifiée, je ferai en sorte qu'il
y ait justice, si c'est le contraire on reste au stade
actuel".
- La FIPCC demande en tout cas le paiement de la
même somme pour les coopératives qu'elle
représente, mais le gouvernement s'est
jusqu'à présent opposé à
cette requête, tandis que l'ANAPROCI restait
silencieuse sur l'utilisation des fonds, malgré
les accusations de détournements.
- Les cours du cacao sont restés historiquement
hauts ces dernières semaines sur le marché
mondial, et devraient selon les analystes se maintenir de
crainte d'une deuxième année
consécutive de déficit de la production.
- Tandis que leurs représentants se
déchirent en attendant que soient fixées
les nouvelles règles d'encadrement de la
filière, les planteurs ivoiriens profitent quant
à eux des tensions du marché, après
des années de vaches maigres.
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