N° 288
du 17/02/2004


Côte d'Ivoire

Un budget 2004 «de normalisation» en hausse de 30%
Le gouvernement a adopté un projet de loi de finances 2004 qualifié de «budget de normalisation», marqué notamment par l’instauration d’une contribution nationale pour la reconstruction du pays après 16 mois de crise.
«C’est un projet de budget qui se situe dans les normes habituelles, c’est un message important qui nous indique que le pays a amorcé la normalisation», a déclaré le ministre de l’Economie Paul Bohoun Bouabré.
Selon la loi de finances 2004, la Côte d’Ivoire, confrontée à plus de 16 mois de crise politico-militaire, va mobiliser en ressources 1.987,3 milliards de francs CFA (plus de 3 milliards d’euros) contre seulement 1.518,9 en 2003, soit une hausse de plus de 30%.
Ces ressources budgétaires se répartissent entre les recettes intérieures, prévues pour 1.381 milliards FCFA, et les ressources extérieures à hauteur de 519,6 milliards de FCFA. 85 milliards sont consacrés à divers financements et 1,7 milliard à des «comptes spéciaux».
Les dépenses, en augmentation, s’établissent à 1.923,9 milliards de FCFA contre 1.288,1 pour le budget 2003.
«Cette forte augmentation s’explique principalement par la prise en compte d’une grande partie des échéances dues aux créanciers nationaux et internationaux concernant le service de la dette publique», a expliqué le ministre de l’Economie.
Une dotation budgétaire de 712,2 milliards sera affectée aux services de la dette, intérieure (116,9) et extérieure (595,2).

Une ponction obligatoire sur les salaires qui passe mal

Ce projet de budget doit également couvrir la mise en œuvre d’un programme de reconstruction pour sortir le pays de la crise.
«Nous avons décidé que la Côte d’Ivoire se donne les moyens de faire sa reconstruction, nous avons demandé et obtenu du gouvernement l’institution d’une contribution pour la construction nationale, chaque Ivoirien va contribuer à travers un prélèvement salarial», a annoncé M. Bouabré.
Les salaires inférieurs à 100.000 FCFA par mois en seront toutefois exemptés.
Les entreprises opérant dans le pays vont également participer à «cet effort national» à travers un prélèvement de 2% sur les charges de leur frais généraux.
«L’économie a certes perdu des bras valides, des talents distingués, mais elle a su contenir le repli du Produit intérieur brut (PIB) à -1,5% en 2002 contre la chute historique (-2,3%) de 2000 et elle serait en passe de se redresser à +0,3 en 2003», a estimé M. Bohoun Bouabré, qui table pour 2004 sur un taux de croissance de +2,4%.
Eclairage
Les prévisions du FMI font état d’un recul du PIB d’environ 3,8 % en 2003.
Dans son dernier rapport de mission (mi-décembre 2003), le FMI avait souligné qu’au plan des finances publiques, «des dépenses extrabudgétaires importantes, y compris l’acquisition d’équipements militaires et autres dépenses liées à la crise, et des recettes plus faibles que prévu, ont entraîné une baisse sensible de l’excédent primaire en 2003, comparé à ce qui avait été initialement prévu dans le budget».
Le Fonds notait aussi «des arriérés extérieurs au titre de la dette non-réechelonnable, estimés à 366 milliards de francs CFA à la fin 2003.»

Quant à la «contribution» sur les salaires que souhaite instaurer le ministre des Finances pour financer un programme de reconstruction , elle a tôt fait de soulever un tolé général du côté des syndicats voire des partis politiques.
Joseph Holland N`Da, le président du COSYNAFOP (Coordination nationale des syndicats de la Fonction publique), a déclaré que «le milieu des travailleurs, des syndicats est un peu surpris de cette décision qui est venue contre le courant de tout ce qu’on pourrait s’y attendre». «Le milieu des travailleurs ne s’est pas encore mis en ébullition. Mais il ne tardera pas à le faire», a-t-il menacé, dans une interview accordée au Nouveau Réveil (journal proche du PDCI).
«On nous dit que c’est un prélèvement qui sera opéré d’office sur les salaires des fonctionnaires que nous sommes, des travailleurs en général. C’est une décision qui est prise au niveau de l’exécutif. Mais je voudrais relever tout simplement que ceux qui ont pris cette décision agissent un peu dans l’ignorance. Parce qu’une décision qu’on arrête au niveau de l’exécutif ne s’impose pas aux syndicats», a encore souligné le leader syndical.
Mahan Gahé, secrétaire général de la centrale syndicale Dignité, a prévenu pour sa part : «Si on coupe le salaire des employés affiliés à Dignité, je porte plainte contre le ministre. On ne peut prélever un travailleur sans son consentement».
Cette idée de prélèvement obligatoire semble aussi particulièrement mal venue au moment où le président Laurent Gbagbo veut côute que coûte faire exécuter le transfert de la capitale politique à Yamoussoukro. Des centaines de milliards en vue pour un projet qui n’est en rien prioritaire.

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