Afrique Express N° 204
Le gouvernement de transition ivoirien a adopté un nouveau budget pour l'an 2000, en baisse de 130,2 milliards de F CFA (1,3 milliard de FF, 198 millions EUR) par rapport à celui prévu par l'ancien régime. Le budget 2000, adopté par l'Assemblée nationale avant le coup d'Etat du 24 décembre dernier, s'élevait à 1.917 milliards de F CFA, contre 1.787 pour le budget révisé.
Conformément aux recommandations du Fonds monétaire international (FMI), le gouvernement a adopté un budget d'austérité qui se traduit notamment par la réduction des dépenses de fonctionnement de quelque 35 milliards et des dépenses d'investissements qui diminuent de 95,1 milliards.
Six ministères voient leurs dépenses ordinaires augmenter, notamment la Défense, la Justice, la Santé, l'Enseignement et la Sécurité. En revanche, les crédits d'investissements ont été réduits pour tous les départements ministériels, sauf la Défense, indique la note d'orientation présentée au gouvernement par le ministre du Budget, Mamadou Koulibaly.
Le portefeuille de la Défense est détenu par le général Robert Gueï, chef de la junte au pouvoir. Cette augmentation doit permettre d'assurer le "retour des militaires dans les casernes", selon la note du ministre du Budget.
Selon le ministère du Budget, la croissance économique en 1999 est estimée à 1,4%, contre 5,6% en 1998, et "devrait être négative ou nulle" pour l'année 2000. De plus le cours des principaux produits d'exportations du pays -cacao, café, hévéa, huile de palme- sont particulièrement déprimés. Le gouvernement est également privé de la plupart des aides extérieures, le FMI et la Banque mondiale ayant suspendu leurs appuis budgétaire à la Côte d'Ivoire depuis plus d'un an pour cause de mauvaise gouvernance.
La Côte d'Ivoire consacrera encore cette année une large part de son budget au remboursement de la dette, soit 756,8 milliards de F CFA, dont 166,8 milliards de dette intérieure. Le gouvernement a prévu de réduire le train de vie de l'Etat, notamment en limitant les missions et voyages et les abonnements (électricité, téléphone...) des administrations. Il annonce qu'une "discipline financière sera exigée de tous". "Les dépenses seront désormais assises sur la trésorerie existant réellement", indique le ministre du Budget. Le gouvernement prévoit un meilleur recouvrement des recettes, notamment en luttant contre la fraude. Le ministre du Budget a annoncé qu'une "loi anti-corruption sera adoptée très prochainement pour autoriser l'Etat à demander des comptes à ses personnels dont les revenus sont en inadéquation avec leur niveau de vie". Il souligne également que "des poursuites devraient être engagées contre les mauvais contribuables". Reste à voir si ces sages résolutions seront concrétisées alors que le pays entre en précampagne électorale pour l'élection présidentielle prévue avant la fin de l'année.