Le gouvernement de COTE D'IVOIRE
formé le 23/01/2001

Les "amis" du général Gueï entrent dans le nouveau gouvernement

Quand on se noie, on se raccroche même à une serpent. Cette jolie formule, prononcée il y a quelques années par l'opposant camerounais, Augustin Kodock, résume à merveille la ligne politique dans laquelle s'engage le président Laurent Gbagbo. Ce dernier a nommé formé le 24 janvier un nouveau gouvernement largement dominé par son parti (Front populaire ivoirien - FPI), mais qui comprend deux ministres dits "indépendants" qui sont en fait des proches du général Gueï, un général toujours retranché dans ses collines de l'ouest de la Côte d'Ivoire bien à l'abri de la justice ivoirienne, une justice terriblement "indépendante" comme se plaît à le répéter le président Gbagbo, mais une justice peu pressée d'instruire la moindre plainte contre le général qui avait fait tuer pas mal d'Ivoiriens, dont pas mal de militants du FPI de Gbagbo), en tentant de s'accrocher au pouvoir après le scrutin présidentiel d'octobre dernier.

Afin de s'assurer l'obtention de la présidence de l'Assemblée nationale, le FPI a dû conclure le 18 janvier une alliance avec 14 des 22 députés élus sous l'étiquette "indépendants", qui ne sont que les "pions" du général Gueï. Oubliés donc, les morts du 25 octobre 2000, jeunes gens qui s'étaient lancés dans les rues d'Abidjan à l'appel de Laurent Gbagbo pour "faire barrage à l'imposture" du général Gueï. Le général Gueï et ses "amis" sont donc devenus fréquentables. Joli raccourci quand on se souvient de l'hommage aux "martyrs de la démocratie" rendu le jeudi 9 novembre dernier par Laurent Gbagbo, dans le stade Félix Houphouët Boigny à Abidjan. Le gouvernement ayant instauré une "journée de commémoration des martyrs" qui sera dès 2001 célébrée les 24 octobre, il sera sans doute plaisant aux familles des victimes de retrouver dans la tribune officielle les ministres "amis" du responsable de la mort de leurs enfants.

Le Premier ministre Pascal Affi N'Guessan qui avait présenté le 21 janvier la démission de son gouvernement, suite aux élections législatives de décembre dernier et aux partielles du 14 janvier, a été reconduit dans ses fonctions.

Tous les ministres sortants ont été reconduits, à l'exception de Mamadou Koulibaly, ex-ministre de l'Economie et des Finances, élu le 22 janvier à la présidence de l'Assemblée nationale et devenu ainsi le deuxième personnage de l'Etat.

Le Front populaire ivoirien (FPI) de M. Gbagbo conserve la grande majorité des portefeuilles, avec 19 ministres (contre 17 dans le gouvernement précédent).

Le Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI, de l'ex-président Bédié), au pouvoir de l'indépendance au coup d'Etat du 24 décembre 1999, a cinq ministères, soit un de plus que dans l'équipe sortante.

Le Parti ivoirien des travailleurs (PIT), allié au FPI, conserve ses deux portefeuilles.

Le Rassemblement des Républicains (RDR) de l'ancien Premier ministre Alassane Ouattara, qui a boycotté les législatives, n'a bien sûr aucun ministre, ayant décliné à l'avance toute proposition en ce sens qui n'a d'ailleurs pas eu lieu.

Le gouvernement de Côte d'Ivoire formé le 24 janvier 2001

Président de la République : Laurent Gbagbo

Premier ministre, ministre de la Planification et du développement: Affi N'Guessan (FPI)

Ministres d'Etat:

  • Affaires étrangères: Aboudramane Sangaré (FPI)
  • Intérieur et décentralisation: Emile Boga Doudou (FPI)
  • Défense et protection civile: Moïse Lida Kouassi (FPI)

Ministres:

  • Garde des Sceaux, Justice et libertés publiques: Siene Oulaï (FPI)
  • Economie et Finances: Bouabré Bohoun (FPI, ancien ministre du Commerce qui remplace Mamadou Koulibaly, devenu président de l'Assemblée nationale)
  • Relations avec le parlement et les autres institutions: Sébastien Dano Djedje (FPI, ancien ministre de la Jeunesse)
  • Enseignement supérieur et recherche scientifique: Sery Bailly (FPI)
  • Travail, fonction publique, et réforme administrative: Hubert Oulaï (FPI)
  • Education nationale: Michel Amani N'Guessan (FPI)
  • Tourisme et artisanat: Odette Sauyet (FPI)
  • Mines et énergie: Léon Emmanuel Monnet (FPI)
  • Santé: Raymond Abouo N'Dori (FPI)
  • Agriculture et ressources animales: Alfonse Douaty (FPI)
  • Infrastructures économiques, nouveau porte-parole du gouvernement: Patrick Achi (PDCI)
  • Construction et urbanisme: Assoa Adou (FPI)
  • Transports: Aimé Kabran Appiah (PIT)
  • Environnement et cadre de vie: Gilbert Bleu-Lainé (Indépendant, nouveau ministre)
  • Affaires sociales et solidarité nationale: Clotilde Ohouochi (PDCI)
  • Culture et francophonie: Dramane Koné (FPI)
  • industrie et promotion du secteur privé: Alain Cocauthrey (PDCI, nouveau)
  • Famille, femme et enfant: Henriette Lagou (PDCI)
  • Jeunesse, emploi et formation professionnelle: Lazare Koffi (FPI)
  • Eau et forets: Angèle Boka (PIT)
  • Sports et loisirs: Geneviève Bro Grebé (PDCI)
  • Communication et nouvelles technologies de l'information: Lia Bi Douayoua (FPI, nouveau)
  • Commerce: Eric-Victor Kahé Kplohourou (Indépendant, nouveau ministre)
  • Ministre déléguée auprès du Premier ministre, chargée de la lutte contre le Sida et les autres pandémies: Assana Sangaré (PDCI, nouvelle).

Secrétaire général de la présidence : Kouassi Blé.

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