|
Les Forces Nouvelles de Côte d'Ivoire (ex-rébellion) ont finalement décidé le 23 septembre, après deux jours de réflexion dans leur fief à Bouake, de suspendre leur participation au gouvernement de réconciliation nationale mis en place laborieusement après la signature des Accords de Marcoussis. C'est la nomination de "manière unilatérale" et sans consensus par le président Laurent Gbagbo des ministres de la défense et de l'Intérieur qui a fait déborder le vase. Depuis plusieurs semaines, les Forces nouvelles, par la voie de leur secrétaire général Guillaume Soro, se plaignaient déjà de ne pas avoir les pouvoirs dévolus à leurs prérogatives ministérielles. Guillaime Soro lui-même en a fait l'amer expérience en n'ayant pu nommer un nouveau directeur général de la Radiotélévision ivoirienne (RTI), bien qu'il soit Ministre d'Etat, chargé de la communication.
Après avoir renoncé à leur revendication première, en l'occurence le départ pur et siimple de Laurent Gbabgo du pouvoir, après avoir concédé que les ministères-clefs de l'Intérieur et de la Défense ne leur reviennent pas mais soient pas attribués à des personnalités "neutres", les ex-rebelles n'ont pu faire qu'un piètre bilan de leur combat lancé il y a un an.
S'ils restent fermement partisans de l'application intégral de l'Accord de Marcoussis, en claquant momentannément la porte du gouvernement, ils lancent un appel à l'aide à la communauté internationale et enparticuliers à la France, garante en principe de la stricte application dudit accord. La balle est maintenant dans le camp de Paris et du Comité international de suivi de Marcoussis, mis sur pied par les Nations Unis. A eux de faire "pression" sur le pouvoir à Abidjan pour que les Forces nouvelles n'aient pas l'éternelle impression d'être "roulées dans la farine" selon une expression en vogue à Abidjan. D'autant que leur base, les populations du Nord du pays, ont elles aussi le sentiment que rien n'a changé depuis le 19 septembre 2002, si ce n'est l'accroissement des difficultés économiques.
Les Forces Nouvelles réunies ce lundi 22 septembre 2003 à Bouaké ont analysé la situation politico-militaire et l'état du processus de réconciliation nationale, un an après linsurrection armée du 19 septembre 2002.
A l'extraordinaire mobilisation de la communauté nationale et internationale aux premières heures de la guerre en Côte dIvoire, force est de noter quun an après, le processus de réconciliation nationale na guère évolué au rythme quon aurait pu en attendre en dépit de nombreuses concessions et de la grande flexibilité des Forces nouvelles pour bâtir une paix durable.
En effet, partant des revendications premières des Forces Nouvelles qui réclamaient le départ inconditionnel et immédiat de M. Laurent Gbagbo du pouvoir, les Forces Nouvelles ont dû se résoudre à la demande expresse de la communauté nationale et internationale à accepter daller aux négociations de Lomé, de Paris et dAccra.
L'accord de Marcoussis qui a bénéficié du soutien de lensemble de la communauté internationale et des plus hautes autorités religieuses de la planète dégageait ainsi un cadre international autour duquel les Forces Nouvelles ont dû saccommoder du maintien de M. Laurent Gbagbo comme Président de la République, de quelques réformes dune constitution scélérate dont labrogation pure et simple était demandée.
Il est à noter que les Forces Nouvelles ont dû faire le consensus autour dun Premier ministre proposé par M. Laurent Gbagbo.
Que dire alors des ministères de la défense et de la sécurité intérieure quelles ont dû céder dans lescarcelle publique à Accra avec la ferme garantie que ceux-ci ne reviendraient ni aux Forces Nouvelles, ni au FPI mais plutôt à des personnes consensuelles choisies par le Conseil national de sécurité (CNS) et ce, en présence de SEM John Kuffor, président en exercice de la CEDEAO et de M. Albert Tevoedjere, président du comité international de suivi de lAccord de Marcoussis.
Aujourd'hui, il apparaît important de prendre à témoin la communauté nationale et internationale sur les blocages artificiellement orchestrés par le régime de M. Laurent Gbagbo et qui met en péril le processus de réconciliation nationale.
Sil a été possible de donner une impression surréaliste que le processus de réconciliation nationale pouvait aboutir avec des compromis sur certaines résolutions de lAccord, les Forces Nouvelles indiquent que la question du transfert d pouvoirs de lexécutif au Gouvernement de réconciliation nationale est une revendication incompressible et non négociable. En vérité, Marcoussis a consacré le partage du pouvoir entre les forces politiques ivoiriennes et cest là lessentiel de sa substance.
En niant au Premier ministre et aux ministres du gouvernement de réconciliation nationale les prérogatives dont la délégation en est expressément prévue par lAccord, M. Laurent Gbagbo dévoie et rend caduc ledit Accord de sorte que le gouvernement de réconciliation nationale ne peut gouverner et les Ivoiriens continuent de croupir sous le joug dune administration spoliée et sclérosée qui a précipité la Côte dIvoire dans la guerre et ses dérapages.
Du moment où le partage du pouvoir nest pas effectif, le président de la république continue de détenir la plénitude des pouvoirs lexécutif, sest cru en droit de se soustraire à la procédure de lAccord dAccra et de procéder de façon unilatérale à la nomination des ministres de la défense et de la sécurité intérieure.
Ces personnes ainsi nommées en violation de laccord dAccra perdent leur neutralité et restent redevables au chef de lEtat.
Alors que lon espérait que M. Laurent Gbagbo collabore dans la mise en uvre de lAccord, on le découvre de plus en plus défiant aux procédures et à la communauté internationale de sorte quà cette allure, la reprise de la guerre nest plus une utopie.
Face à un surarmement manifeste, au foisonnement des milices tribales entraînées à une formation paramilitaire et suréquipées, contre une faiblesse évidente de la communauté internationale, les risques de déflagration sont patents.
Lenthousiasme des populations aux lendemains de la signature des Accords sest étiolé au fur et à mesure que M. Laurent Gbagbo sobstinait de plus en plus à bloquer leur application et que la communauté internationale na que de moins en moins réagi.
Non pas que les populations ne croient pas en Marcoussis mais elles ne croient plus à sa mise en oeuvre du moment où les partis politiques signataires des Accords et la communauté internationale nont pas montré leur détermination et leur capacité à ly contraindre.
De sorte que ces Accords deviennent caducs de fait ;lextrémisme gagnant, les populations pensent que la voie politique ne peut être une solution viable et fiable.
Aujourdhui, sarc-bouter sur le désarmement cest donner tous les moyens à M. Laurent Gbagbo de faire une guerre totale à une population civile désemparée qui se souvient encore des bombardements héliportés contre elles dans les marchés de Vavoua, de Bangolo, de Zouanhounien et à Béoumi.
Dans ces conditions, les Forces Nouvelles nont dautre choix que de se replier dans leurs zones où la protection et lassistance aux populations civiles sont devenues impérieuses.
Au-delà de la guerre totale à laquelle le régime FPI entend se livrer, la lenteur et la réticence dans lexécution de lapplication de lAccord visent à tuer économiquement une zone déjà appauvrie par un an de guerre. De sorte quen dépit de notre bonne volonté, la réalité dans le quotidien de nos populations nous impose des mesures urgentes. Les FN décident alors de prendre leurs responsabilités face à lhistoire. Cest pourquoi elles :
1 les Forces Nouvelles réaffirment que laccord de Linas Marcoussis demeure lunique voie de paix durable mais elles invitent les populations à plus dabnégation et à sinscrire dans la crise actuelle dans la durée ;
d' abnégation et à inscrire la crise actuelle dans la durée ;
2 appellent à la tenue urgente dun forum économique pour consolider le tissu et les grands équilibres économiques ;
nos zones regorgeant de richesses inestimables et doutils de production restés jusque-là intacts ;
3 suspendent la participation de leurs ministres au conseil de gouvernement et au conseil des ministres
4 suspendent leur participation au programme national de DDR et au conseil de réunification
5 invitent les partis politiques signataires de laccord de Marcoussis à prendre leurs responsabilités.
Pour les Forces Nouvelles
SORO K. Guillaume
Secrétaire Général
Fait à Bouaké, le 22 septembre 2003
|