|
Le tribunal militaire
d'Abidjan a condamné le 13 mars à un an de
prison ferme le général Lassana
Palenfo pour "complicité d'atteinte à la
sûreté de l'Etat" et a acquitté le
général Abdoulaye Coulibaly.
La veille, le commissaire du gouvernement
(équivalent du procureur de la République),
Ange Kessy, avait requis 20 ans de prison ferme contre
les deux généraux, anciens numéros deux
et trois de la junte au pouvoir de décembre 1999
à octobre 2000.
Le tribunal, qui n'a pas motivé son verdict, ne
s'est pas prononcé sur la destitution des deux
généraux, demandée par le commandant
Kessy dans son réquisitoire.
Les deux généraux étaient
poursuivis, ainsi qu'une trentaine d'autres militaires, pour
l'attaque dans la nuit du 17 au 18 septembre 2000, de la
résidence à Abidjan du
général Gueï, chef de la junte
militaire alors au pouvoir. Deux soldats loyalistes avaient
été tués dans cette attaque
menée par des soldats de la garde rapprochée
du chef de la junte, dont plusieurs avaient
été arrêtés.
Onze des accusés sont en fuite et le tribunal a
pris à leur encontre une ordonnance de comparution,
ne se prononçant donc pas sur leur
culpabilité.
Le tribunal, composé de trois magistrats civils
et deux militaires, a acquitté dix des
accusés, 12 ont été condamnés
à des peines de 10 ans de réclusion.
Les deux généraux ont toujours
clamé leur innocence, affirmant que l'attaque
était en fait un "coup monté" par le
général Gueï lui-même pour les
écarter car ils s'opposaient à son intention
de se maintenir au pouvoir en se présentant à
l'élection présidentielle.
Les avocats du général Palenfo ont
indiqué après le verdict qu'ils devaient se
concerter avec leur client avant de former un
éventuel pourvoi en cassation.
Les avocats assurant la défense des deux
généraux se sont déclarés
insatisfaits du verdict, fustigeant un "jugement à la
Salomon". "La vérité n'a pas été
dite. Si le tribunal voulait dire la vérité il
aurait donné un verdict total acquittant les deux
généraux. C'est un verdict inexplicable", a
déclaré Me Ibrahima Doumbia. "C'est un
jugement à la Salomon, on a voulu contenter tout le
monde. En matière de procès, c'est la pire des
décisions", a commenté de son
côté Me Aïssatou Fall Sall.
Le général Gueï, qui s'est
constitué partie civile, avait toutefois
refusé de venir témoigner à l'audience
et, malgré les protestation de la défense, le
président du tribunal avait estimé que la
comparution du chef de l'ex-junte n'était pas
nécessaire. Lors des plaidoiries, l'avocat du
général Gueï avait finalement
demandé l'acquittement des généraux
Palenfo et Coulibaly, estimant que leur culpabilité
n'était pas prouvée.
Le chef de l'ex-junte est retiré dans son village
natal de l'ouest du pays depuis sa chute sanglante du
pouvoir en octobre dernier. Aucune poursuite judiciaire n'a
été engagée contre lui.
Le procès des généraux Palenfo et
Coulibaly s'était ouvert le 21 février devant
le tribunal militaire d'Abidjan, siégeant au camp
militaire d'Agban, à Abidjan.
Des aveux sous la torture
Au cours des audiences, des militaires accusés
dans ce procès ont affirmé avoir cité
le nom du général Palenfo "sous la torture".
"Pour sauver ma vie j'ai dit que c'est le
général Palenfo qui nous a envoyés", a
déclaré le commandant Adama
Sidibé, ancien responsable de la
sécurité du général Palenfo.
"J'ai été déshabillé et battu.
Pendant ce temps, mes tortionnaires me demandaient
«pourquoi vous protégez le
général?»", a-t-il encore
témoigné.
Le capitaine Issa Sakho a de son côté fait
mention à la barre de "séances de tortures" et
d'"aveux extorqués". "Mes tortionnaires voulaient,
tout en me bastonnant, m'amener à avouer mon
implication dans l'attaque. Ils voulaient aussi que
j'implique le général Palenfo", a-t-il soutenu
à la barre."Ils m'ont dit d'avouer que j'aurais
reçu de M. Alassane Ouattara la somme de 2
millions de francs CFA (3.050 euros) pour tuer le
général Gueï", a-t-il poursuivi.
Deux des accusés ont par ailleurs mis en cause le
commissaire du gouvernement (équivalent du procureur
de la justice militaire), Ange Kessy, présent selon
eux au camp militaire d'Akouedo où "nous
étions torturés". "Il s'est même
entretenu avec moi alors que je venais d'être
torturé", a précisé le capitaine Sahko.
Le commandant Sidibé a affirmé pour sa
part: "le général Gueï m'a reçu
alors que j'étais dans un état physique
très déplorable. J'avais été
battu avec des barres de fer, des chevrons et des gourdins".
"Devant le général Gueï, j'ai perdu
connaissance par deux fois", a-t-il ajouté.
Les deux accusés ont par ailleurs confirmé
que deux militaires, Sansan Kambiré et
Souleymane Diomandé, surnommé "la
Grenade", étaient morts à la suite de
sévices corporels.
Contradictions dans l'accusation
La première audience du procès a
révélé des contradictions dans
l'accusation et des trahisons au sein de l'entourage du chef
de l'ex-régime militaire.
Ainsi, un des accusés, le caporal chef
Abdourahman Issa, membre de la garde rapprochée
du président Gueï, est accusé "d'abandon
de poste" la nuit concernée (l'attaque de la
résidence de Gueï a eu lieu dans la nuit du 17
au 18 septembre) et de "détention illégale
d'armes de guerre", alors que selon son avocat et les
témoins il a été arrêté le
1er septembre et que ses fonctions l'obligeaient bien
évidemment à garder ses armes chez lui.
Les interrogatoires ont également
révélé la présence d'un agent
infiltré, sur ordre du général
Gueï, au sein d'un groupe de présumés
assaillants, chargé de les surveiller et de rapporter
les informations touchant à la sécurité
présidentielle.
"Quand on est garde du corps, on est aussi agent de
renseignement", a expliqué le caporal de la garde
présidentielle Simplice Maho, reconnaissant
avoir "été infiltré sur les ordres du
président Gueï". Pour renforcer encore cette
surveillance, les interpellés avaient
été "autorisés" à conserver
leurs téléphones portables et
transférés dans un lieu de détention
spécial.
|