N° 225
du 15/03/2001

Côte d'Ivoire


Un an ferme pour le général Palenfo,
le général Coulibaly acquitté

Le tribunal militaire d'Abidjan a condamné le 13 mars à un an de prison ferme le général Lassana Palenfo pour "complicité d'atteinte à la sûreté de l'Etat" et a acquitté le général Abdoulaye Coulibaly.
La veille, le commissaire du gouvernement (équivalent du procureur de la République), Ange Kessy, avait requis 20 ans de prison ferme contre les deux généraux, anciens numéros deux et trois de la junte au pouvoir de décembre 1999 à octobre 2000.
Le tribunal, qui n'a pas motivé son verdict, ne s'est pas prononcé sur la destitution des deux généraux, demandée par le commandant Kessy dans son réquisitoire.
Les deux généraux étaient poursuivis, ainsi qu'une trentaine d'autres militaires, pour l'attaque dans la nuit du 17 au 18 septembre 2000, de la résidence à Abidjan du général Gueï, chef de la junte militaire alors au pouvoir. Deux soldats loyalistes avaient été tués dans cette attaque menée par des soldats de la garde rapprochée du chef de la junte, dont plusieurs avaient été arrêtés.
Onze des accusés sont en fuite et le tribunal a pris à leur encontre une ordonnance de comparution, ne se prononçant donc pas sur leur culpabilité.
Le tribunal, composé de trois magistrats civils et deux militaires, a acquitté dix des accusés, 12 ont été condamnés à des peines de 10 ans de réclusion.
Les deux généraux ont toujours clamé leur innocence, affirmant que l'attaque était en fait un "coup monté" par le général Gueï lui-même pour les écarter car ils s'opposaient à son intention de se maintenir au pouvoir en se présentant à l'élection présidentielle.
Les avocats du général Palenfo ont indiqué après le verdict qu'ils devaient se concerter avec leur client avant de former un éventuel pourvoi en cassation.
Les avocats assurant la défense des deux généraux se sont déclarés insatisfaits du verdict, fustigeant un "jugement à la Salomon". "La vérité n'a pas été dite. Si le tribunal voulait dire la vérité il aurait donné un verdict total acquittant les deux généraux. C'est un verdict inexplicable", a déclaré Me Ibrahima Doumbia. "C'est un jugement à la Salomon, on a voulu contenter tout le monde. En matière de procès, c'est la pire des décisions", a commenté de son côté Me Aïssatou Fall Sall.
Le général Gueï, qui s'est constitué partie civile, avait toutefois refusé de venir témoigner à l'audience et, malgré les protestation de la défense, le président du tribunal avait estimé que la comparution du chef de l'ex-junte n'était pas nécessaire. Lors des plaidoiries, l'avocat du général Gueï avait finalement demandé l'acquittement des généraux Palenfo et Coulibaly, estimant que leur culpabilité n'était pas prouvée.
Le chef de l'ex-junte est retiré dans son village natal de l'ouest du pays depuis sa chute sanglante du pouvoir en octobre dernier. Aucune poursuite judiciaire n'a été engagée contre lui.
Le procès des généraux Palenfo et Coulibaly s'était ouvert le 21 février devant le tribunal militaire d'Abidjan, siégeant au camp militaire d'Agban, à Abidjan.

Des aveux sous la torture

Au cours des audiences, des militaires accusés dans ce procès ont affirmé avoir cité le nom du général Palenfo "sous la torture". "Pour sauver ma vie j'ai dit que c'est le général Palenfo qui nous a envoyés", a déclaré le commandant Adama Sidibé, ancien responsable de la sécurité du général Palenfo. "J'ai été déshabillé et battu. Pendant ce temps, mes tortionnaires me demandaient «pourquoi vous protégez le général?»", a-t-il encore témoigné.
Le capitaine Issa Sakho
a de son côté fait mention à la barre de "séances de tortures" et d'"aveux extorqués". "Mes tortionnaires voulaient, tout en me bastonnant, m'amener à avouer mon implication dans l'attaque. Ils voulaient aussi que j'implique le général Palenfo", a-t-il soutenu à la barre."Ils m'ont dit d'avouer que j'aurais reçu de M. Alassane Ouattara la somme de 2 millions de francs CFA (3.050 euros) pour tuer le général Gueï", a-t-il poursuivi.
Deux des accusés ont par ailleurs mis en cause le commissaire du gouvernement (équivalent du procureur de la justice militaire), Ange Kessy, présent selon eux au camp militaire d'Akouedo où "nous étions torturés". "Il s'est même entretenu avec moi alors que je venais d'être torturé", a précisé le capitaine Sahko.
Le commandant Sidibé a affirmé pour sa part: "le général Gueï m'a reçu alors que j'étais dans un état physique très déplorable. J'avais été battu avec des barres de fer, des chevrons et des gourdins". "Devant le général Gueï, j'ai perdu connaissance par deux fois", a-t-il ajouté.
Les deux accusés ont par ailleurs confirmé que deux militaires, Sansan Kambiré et Souleymane Diomandé, surnommé "la Grenade", étaient morts à la suite de sévices corporels.

Contradictions dans l'accusation

La première audience du procès a révélé des contradictions dans l'accusation et des trahisons au sein de l'entourage du chef de l'ex-régime militaire.
Ainsi, un des accusés, le caporal chef Abdourahman Issa, membre de la garde rapprochée du président Gueï, est accusé "d'abandon de poste" la nuit concernée (l'attaque de la résidence de Gueï a eu lieu dans la nuit du 17 au 18 septembre) et de "détention illégale d'armes de guerre", alors que selon son avocat et les témoins il a été arrêté le 1er septembre et que ses fonctions l'obligeaient bien évidemment à garder ses armes chez lui.
Les interrogatoires ont également révélé la présence d'un agent infiltré, sur ordre du général Gueï, au sein d'un groupe de présumés assaillants, chargé de les surveiller et de rapporter les informations touchant à la sécurité présidentielle.
"Quand on est garde du corps, on est aussi agent de renseignement", a expliqué le caporal de la garde présidentielle Simplice Maho, reconnaissant avoir "été infiltré sur les ordres du président Gueï". Pour renforcer encore cette surveillance, les interpellés avaient été "autorisés" à conserver leurs téléphones portables et transférés dans un lieu de détention spécial.


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