N° 232
du 16/07/2001

Côte d'Ivoire


24, 25, 26 octobre 2000
Qui était responsable de quoi ?

Une polémique est née quant à la responsabilité des uns et des autres à propos des événements qui ont ensanglanté la Côte d'Ivoire l'an passé. S'il ne fait aucun doute que l'actuel gouvernement est bel et bien "responsable" de ce qui a pu arriver lors des élections législatives de décembre 2000, les acteurs des moments tragiques d'octobre se renvoient d'ores et déjà la balle, chacun arguant qu'il n'était pas détenteur "officiel" du pouvoir. Est-ce toutefois suffisant pour se laver les mains de ce qui est arrivé d'autant plus que des meurtres par militants interposés ont bel et bien eu lieu, et qu'une partie des forces de l'ordre, la gendarmerie notamment, avait fait allégeance au président Gbagbo.
Au centre de la polémique et des accusations portées contre l'actuel gouvernement ivoirien, les 57 morts découverts le 27 octobre 2000, dans un charnier à Yopougon, une banlieue d'Abidjan. En côte d'Ivoire, huit gendarmes ont été inculpés pour "meurtre et assassinat" et leur procès doit s'ouvrir le 24 juillet. Étonnamment, ils comparaîtront libres et à notre connaissance, à quelques jours de l'ouverture de leur procès, ils n'avaient toujours pas fait l'objet de sanctions disciplinaires.
Sceptique quant à l'aboutissement de ce procès, le Collectif des victimes en Côte d'Ivoire (CVCI) a préféré porter cette affaire devant les tribunaux belges. Le 28 juin plus de 150 personnes ont ainsi déposé plainte en Belgique pour "crimes contre l'Humanité" contre le président actuel de la Côte d'Ivoire Laurent Gbagbo, son prédécesseur Robert Gueï et les actuels ministres de l'Intérieur et de la Défense ivoiriens, Emile Boga Doudou et Moïse Lida Kouassi.
Outre cette affaire du charnier, le gouvernement a été accusé par l'opposition et des associations diverses d'être responsable de la mort de quelque 200 personnes dans les violences qui ont suivi l'élection présidentielle. Pour ces autres événements qui ont aussi fait l'objet de plainte en Belgique, M. Gbago était alors président "légal" puisqu'il avait prêté serment dès le soir du jeudi 26 octobre.
L'actuel gouvernement ivoirien dément toute implication dans le massacre de Yopougon, arguant que le charnier avait été découvert le 26 octobre, jour de la prestation de serment de M. Gbagbo, et affirmant aussi que selon des experts la mort des victimes datait de la veille, soit le 25 octobre.
Toutes les dépêches de presse indiquent pourtant que le charnier n'a été découvert que le vendredi 27 octobre. Ce n'est d'ailleurs que le lendemain de cette macabre découverte que le ministre de l'Intérieur fraîchement nommé, Emile Boga Doudou, s'était rendu sur les lieux.
La question sera donc de savoir si oui ou non, Laurent Gbagbo et ses futurs ministres étaient détenteurs d'une autorité ayant pouvoir d'intervention sur les forces militaires et sécuritaires pendant ces quelques jours où a eu lieu le massacre de Yopougon.


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