N° 232
du 16/07/2001

Côte d'Ivoire


Les plaintes en Belgique ont fait des remous

Les plaintes déposées devant la justice belge le 28 juin dernier par le "Collectif des victimes en Côte d'Ivoire" (CVCI) contre notamment le président Laurent Gbagbo pour "crimes contre l'Humanité", ont fait des remous en Côte d'Ivoire.
Quelques milliers de manifestants ont ainsi défilé le 2 juillet au Plateau, le quartier des affaires d'Abidjan, pour apporter leur soutien au chef de l'Etat et dénoncer l'"ivoirophobie" dont est selon eux victime la Côte d'Ivoire.
Un porte-parole des manifestants, Séverin Sérikpa, a lancé une mise en garde: "gare à celui, qu'il soit européen, américain ou africain qui va vouloir bafouer les intérêts de la Côte d'Ivoire! nous sommes prêts à donner nos vies pour défendre Laurent Gbagbo".
Principale "cible" de ces défenseurs acharnés de l'ivoirité, encore et toujours, Alassane Dramane Ouattara, que les partisans du régime accusent d'orchestrer le "complot international" dont serait l'objet le pays.
Au cours de la même marche, de nombreux slogans ont également été scandés contre Amnesty International qui a publié un rapport faisant état de violations "très graves" des droits de l'Homme en Côte d'Ivoire depuis septembre 2000 (Cf. Afrique Express 231).

Le 28 juin, plus de 150 personnes avaient déposé plainte en Belgique pour "crimes contre l'Humanité" contre M. Gbagbo, son prédécesseur Robert Gueï ainsi que les ministres ivoiriens de l'Intérieur et de la Défense, Emile Boga Doudou et Moïse Lida Kouassi.
Ces 150 personnes, présentées comme "victimes ou ayants droit de victimes de tortures, viols, assassinats commis par les forces de l'ordre ivoiriennes", ont déposé plainte devant la justice belge en vertu d'une loi qui prévoit la compétence universelle des tribunaux belges pour juger les crimes contre l'humanité.
"Laissez les mauvaises langues jouer leur rôle de mauvaises langues. Nous, nous jouons notre rôle de dirigeants", s'était pour sa part contenté de rétorquer samedi dernier le président Gbagbo à son retour d'un voyage en France et au Portugal.
Interrogé mardi dans la presse ivoirienne, le président du Collectif des victimes, créé le 18 juin dernier, M. Mamadou Cissé, qui a lui même perdu un fils de 14 ans dans les violences d'octobre 2000, se défend de toute politisation de son organisation.
"Nous n'avons pas pour objectif de combattre le régime en place. La réconciliation nationale se fera autour des morts, des torturés, des violées, des disparus et de tous ceux qui sont encore en prison", a-t-il déclaré dans le quotidien Le Jour.
Les 150 plaintes "ne sont qu'un début. Pour nous faire entendre, nous comptons mener une série de conférence et des actions à l'endroit des ambassades", a-t-il par ailleurs annoncé.
Le ministre ivoirien de la Défense, Moïse Lida Kouassi, a affirmé lui qu'il est prêt à se présenter devant un tribunal en Belgique. Si la plainte est déclarée recevable et si un procès est ouvert "personnellement je suis prêt à aller devant ce tribunal non pour me justifier mais pour défendre mon honneur", a-t-il affirmé.

De son côté, le principal parti d'opposition, le Rassemblement des Républicains (RDR), a dénoncé la "recrudescence" des violations des droits de l'Homme par les forces gouvernementales et déclaré qu'il porterait plainte si la situation ne s'améliorait pas rapidement.
Ali Keita, porte-parole du RDR (le parti de Ouattara) s'est notamment insurgé du fait que deux policiers ont menacé des responsables du Mouvement ivoirien des droits de l'Homme (MIDH) à Abidjan. Les policiers avaient tenté de forcer l'entrée principale du bâtiment de l'organisation et avaient menacé de revenir plus nombreux. M. Keita a également affirmé que les forces de sécurité avaient attaqué le 30 juin la résidence d'un garde du corps de Dominique Ouattara, l'épouse de l'ancien Premier ministre.


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