N° 232
du 16/07/2001

Côte d'Ivoire


Octobre 2000: Rappel des faits

Dimanche 22 octobre
Jour de l'élection présidentielle, après dix mois de transition militaire. Les deux principaux candidats sont le général Robert Gueï et le leader socialiste Laurent Gbagbo.
Deux grands partis, le Rassemblement des Républicains (RDR) d'Alassane Ouattara et le Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI) de l'ex-président Henri Konan Bédié, avaient appelé au boycottage, leurs candidats, Ouattara et Bédié, ayant été exclus de la compétition électorale par la justice.
A ce jour, le président officiel et détenteur du pouvoir est encore le général Robert Gueï.

Lundi 23 octobre
Des militaires de la garde présidentielle de Robert Gueï font irruption au siège de la Commission nationale électorale (CNE) à Abidjan après la publication de premiers résultats partiels donnant Gbagbo vainqueur du scrutin du 22 octobre.
Laurent Gbagbo présente ses propres résultats, portant sur plus de la moitié des inscrits et qui le créditent de 61,67% des suffrages.
Dans la soirée, la gendarmerie et l'armée dispersent à coups de grenades lacrymogènes et de matraques quelques centaines de militants du FPI de M. Gbagbo à Abidjan.

Mardi 24 octobre
En début d'après-midi, des militaires interviennent à la CNE et conduisent sous escorte son président, Honoré Guié, auprès du général Gueï. Le ministre de l'Intérieur annonce la dissolution de la CNE et la victoire du général Gueï avec 52,72% des suffrages.
Aussitôt après, le général Gueï se proclame "premier président de la deuxième République". "Dans un grand élan de maturité et de solidarité, vous venez d'accomplir votre devoir de citoyens dont le résultat fait de ma modeste personne, le premier président de la deuxième République", déclare Gueï.
Laurent Gbagbo, dont le parti avait mis en place un décompte parallèle, se déclare lui aussi vainqueur et appelle ses partisans à descendre massivement dans les rues. "Je demande à tous les militants de se dresser pour faire barrage à l'imposture", déclare-t-il, ajoutant même : "Dès à présent c'est moi le chef de l'Etat de Côte d'Ivoire. Je déclare dissous le gouvernement de transition".
Son appel déclenche un immense mouvement de protestation populaire. Neuf personnes sont tuées lors de la répression par la Garde présidentielle de Robert Gueï.
La junte instaure un couvre-feu et l'état d'urgence dans la soirée.

Mercredi 25 octobre
Plusieurs centaines de milliers de civils descendent dans les rues pour exiger la reconnaissance de la victoire de Gbagbo. De très violents affrontements les opposent à la garde rapprochée du général Gueï, mais la gendarmerie se rallie peu à peu aux manifestants.
Le ministre de la Communication, le capitaine de frégate Henri Sama, démissionne de la junte et reconnaît la victoire de Gbagbo.
Laurent Gbagbo reçoit l'allégeance du chef d'état-major des forces armées. La radio-télévision et le palais présidentiel tombent aux mains de ses partisans. Le chef d'état-major de l'armée, le général Soumaïla Diabakate, déclare que tous les corps d'armée se sont mis "à la disposition" de M. Gbagbo.
A 12h30 (GMT et locales), Laurent Gbagbo, présenté comme le "premier président de la deuxième république de Côte d'Ivoire", fait une déclaration à la radio et à la télévision nationales. Il remercie les Ivoiriens d'avoir répondu à son "appel à la résistance" au "coup d'Etat électoral" du général Robert Gueï. "La Côte d'Ivoire ne pouvait accepter ce coup d'Etat électoral. C'est pourquoi je vous ai appelé à la résistance. Je vous remercie d'avoir répondu spontanément et massivement à mon appel. Par centaines de milliers sur l'ensemble du territoire national, vous êtes descendus dans les rues pour faire prévaloir le droit sur la force", dit-il
Il tient à "rendre particulièrement hommage à nos forces armées nationales, à la gendarmerie, à la police, qui ont décidé de soutenir la cause de la démocratie et de la république en s'engageant à nos côtés".
"La situation actuelle appelle des décisions urgentes, notamment la mise en place d'un gouvernement, je m'y emploierai dans les heures qui suivent", dit-il encore.
Il assure "la communauté internationale de la volonté de la Côte d'Ivoire de respecter ses engagements internationaux".
Etonnants propos de la part de quelqu'un qui affirme aujourd'hui qu'il n'était pas encore à ce moment détenteur du pouvoir.
Ce même jour, le RDR de Ouattara qualifié "d'illégitime" la présidentielle du 22 octobre et réclame un nouveau scrutin "avec la participation de tous les candidats".

Toujours ce même mercredi 25 octobre, 23 soldats qui avaient été arrêtés après l'attaque de la résidence du général Robert Gueï en septembre, ont été libérés du camp militaire d'Akouédo attaqué dans la nuit du 24 au 25 par un bataillon blindé. Ils étaient détenus dans ce camp depuis le 28 septembre, suite à l'attaque de la résidence à Abidjan du général Robert Gueï. On a beaucoup parlé à l'époque de "Diomandé Souleymane, dit +la grenade+, de Sansan Kambiré, de Siriki Ouattara et d'un Burkinabé qui avaient été tués lors de leur détention par les éléments de Boka Yapi, le chef de la garde présidentielle de Robert Gueï.
Mais très peu de ceux qui ont été libérés cette même nuit, notamment d'un certain Gnatoa kate, militaire, arrêté lui aussi après l'attaque de la résidence de Gueï mais qui avait été placé en détention au camp commando de Koumassi. Dès ce 25 octobre, Gnatoa Kate est devenu le "chef" de la garde personnelle de Gbagbo, et ce serait lui qui a organisé la sécurité personnelle de Gbagbo lors de sa prestation de serment. Il a ensuite organisé la sécurité du président Gbagbo lors de son premier déplacement à Korhogo (Nord de la Côte d'Ivoire) pour y rencontrer le président malien Alpha Konare.

Jeudi 26 octobre
Le président de la Commission nationale électorale (CNE), Honoré Guié, annonce enfin à la télévision nationale que Laurent Gbagbo a été élu président de la république de Côte d'Ivoire au premier tour avec 59,36% des suffrages contre 32,72% à Robert Gueï.
Très vite dans la soirée, Laurent Gbagbo est proclamé "président de la république ivoirienne" par le président de la chambre constitutionnelle de la cour suprême, Tia Koné, lors d'une cérémonie au Palais présidentiel, retransmise en direct par la radio nationale. Immédiatement après cette proclamation, M. Gbagbo prête serment.
Ce même jeudi, des affrontements politiques entre les partisans d'Alassane Ouattara et ceux du FPI de Laurent Gbagbo, font des dizaines de morts à Abidjan, principalement dans les rangs des partisans de Ouattara.
"Scènes de chasse à l'homme dans les quartiers d'Abidjan" pouvait alors titrer l'Agence France-Presse relatant dans ses dépêches comment les militants du FPI appuyés par la gendarmerie traquaient dans Abidjan tout ce qui ressemblait à un "Dioula", les ressortissants du Nord, région d'origine de M. Ouattara.

Vendredi 27 octobre
Le président Laurent Gbagbo forme son premier gouvernement. Le Premier ministre, chef du gouvernement, chargé de la planification et du développement nommé le matin même est Affi N'Guessan.
On découvre dans l'après-midi les corps de 57 personnes tuées par balle et entassées dans un terrain vague dans une banlieue d'Abidjan. L'affaire du "charnier de Yopougon" commence.
Un survivant met en cause les forces de l'ordre. "A la gendarmerie, ils nous ont déshabillés, ils nous ont frappés, ils nous ont mis dans un camion avec des cadavres, ils nous ont transportés à Yopougon et là les militaires ont tiré", déclare à la presse ce seul survivant qui affirme que ce massacre s'est déroulé le jeudi après-midi.
Par ailleurs, le RDR (le parti d'Alassane Ouattara) affirme que 155 personnes, dont de nombreux sympathisants de ce parti, ont été tuées dans les violences ethno-politiques du jeudi.

Samedi 28 octobre
Les nouveaux ministres de l'Intérieur, Emile Boga Doudou, de la Défense Moïse Lida Kouassi, et de la Justice, Siene Oulaï, ainsi que le procureur d'Abidjan, se rendent sur les lieux du charnier découvert la veille, et expriment leur "indignation, au nom du président la République".
Le RDR demande la création d'une commission d'enquête internationale sur les violences.


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