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Dimanche 22 octobre
Jour de l'élection présidentielle,
après dix mois de transition militaire. Les deux
principaux candidats sont le général Robert
Gueï et le leader socialiste Laurent
Gbagbo.
Deux grands partis, le Rassemblement des Républicains
(RDR) d'Alassane Ouattara et le Parti
démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI) de
l'ex-président Henri Konan
Bédié, avaient appelé au
boycottage, leurs candidats, Ouattara et
Bédié, ayant été exclus de la
compétition électorale par la justice.
A ce jour, le président officiel et détenteur
du pouvoir est encore le général Robert
Gueï.
Lundi 23 octobre
Des militaires de la garde présidentielle de Robert
Gueï font irruption au siège de la Commission
nationale électorale (CNE) à Abidjan
après la publication de premiers résultats
partiels donnant Gbagbo vainqueur du scrutin du 22 octobre.
Laurent Gbagbo présente ses propres résultats,
portant sur plus de la moitié des inscrits et qui le
créditent de 61,67% des suffrages.
Dans la soirée, la gendarmerie et l'armée
dispersent à coups de grenades lacrymogènes et
de matraques quelques centaines de militants du FPI de M.
Gbagbo à Abidjan.
Mardi 24 octobre
En début d'après-midi, des militaires
interviennent à la CNE et conduisent sous escorte son
président, Honoré Guié,
auprès du général Gueï. Le
ministre de l'Intérieur annonce la dissolution de la
CNE et la victoire du général Gueï avec
52,72% des suffrages.
Aussitôt après, le général
Gueï se proclame "premier président de la
deuxième République". "Dans un grand
élan de maturité et de solidarité, vous
venez d'accomplir votre devoir de citoyens dont le
résultat fait de ma modeste personne, le premier
président de la deuxième République",
déclare Gueï.
Laurent Gbagbo, dont le parti avait mis en place un
décompte parallèle, se déclare lui
aussi vainqueur et appelle ses partisans à descendre
massivement dans les rues. "Je demande à tous les
militants de se dresser pour faire barrage à
l'imposture", déclare-t-il, ajoutant même :
"Dès à présent c'est moi le chef de
l'Etat de Côte d'Ivoire. Je déclare dissous le
gouvernement de transition".
Son appel déclenche un immense mouvement de
protestation populaire. Neuf personnes sont tuées
lors de la répression par la Garde
présidentielle de Robert Gueï.
La junte instaure un couvre-feu et l'état d'urgence
dans la soirée.
Mercredi 25 octobre
Plusieurs centaines de milliers de civils descendent dans
les rues pour exiger la reconnaissance de la victoire de
Gbagbo. De très violents affrontements les opposent
à la garde rapprochée du général
Gueï, mais la gendarmerie se rallie peu à peu
aux manifestants.
Le ministre de la Communication, le capitaine de
frégate Henri Sama, démissionne de la
junte et reconnaît la victoire de Gbagbo.
Laurent Gbagbo reçoit l'allégeance du chef
d'état-major des forces armées. La
radio-télévision et le palais
présidentiel tombent aux mains de ses partisans. Le
chef d'état-major de l'armée, le
général Soumaïla Diabakate,
déclare que tous les corps d'armée se sont mis
"à la disposition" de M. Gbagbo.
A 12h30 (GMT et locales), Laurent Gbagbo,
présenté comme le "premier président de
la deuxième république de Côte
d'Ivoire", fait une déclaration à la radio et
à la télévision nationales. Il remercie
les Ivoiriens d'avoir répondu à son "appel
à la résistance" au "coup d'Etat
électoral" du général Robert Gueï.
"La Côte d'Ivoire ne pouvait accepter ce coup d'Etat
électoral. C'est pourquoi je vous ai appelé
à la résistance. Je vous remercie d'avoir
répondu spontanément et massivement à
mon appel. Par centaines de milliers sur l'ensemble du
territoire national, vous êtes descendus dans les rues
pour faire prévaloir le droit sur la force", dit-il
Il tient à "rendre particulièrement hommage
à nos forces armées nationales, à la
gendarmerie, à la police, qui ont
décidé de soutenir la cause de la
démocratie et de la république en s'engageant
à nos côtés".
"La situation actuelle appelle des décisions
urgentes, notamment la mise en place d'un gouvernement, je
m'y emploierai dans les heures qui suivent", dit-il encore.
Il assure "la communauté internationale de la
volonté de la Côte d'Ivoire de respecter ses
engagements internationaux".
Etonnants propos de la part de quelqu'un qui affirme
aujourd'hui qu'il n'était pas encore à ce
moment détenteur du pouvoir.
Ce même jour, le RDR de Ouattara qualifié
"d'illégitime" la présidentielle du 22 octobre
et réclame un nouveau scrutin "avec la participation
de tous les candidats".
Toujours ce même mercredi 25 octobre, 23 soldats
qui avaient été arrêtés
après l'attaque de la résidence du
général Robert Gueï en septembre, ont
été libérés du camp militaire
d'Akouédo attaqué dans la nuit du 24 au 25 par
un bataillon blindé. Ils étaient
détenus dans ce camp depuis le 28 septembre, suite
à l'attaque de la résidence à Abidjan
du général Robert Gueï. On a beaucoup
parlé à l'époque de "Diomandé
Souleymane, dit +la grenade+, de Sansan
Kambiré, de Siriki Ouattara et d'un
Burkinabé qui avaient été tués
lors de leur détention par les éléments
de Boka Yapi, le chef de la garde présidentielle de
Robert Gueï.
Mais très peu de ceux qui ont été
libérés cette même nuit, notamment d'un
certain Gnatoa kate, militaire, arrêté
lui aussi après l'attaque de la résidence de
Gueï mais qui avait été placé en
détention au camp commando de Koumassi. Dès ce
25 octobre, Gnatoa Kate est devenu le "chef" de la garde
personnelle de Gbagbo, et ce serait lui qui a
organisé la sécurité personnelle de
Gbagbo lors de sa prestation de serment. Il a ensuite
organisé la sécurité du
président Gbagbo lors de son premier
déplacement à Korhogo (Nord de la Côte
d'Ivoire) pour y rencontrer le président malien Alpha
Konare.
Jeudi 26 octobre
Le président de la Commission nationale
électorale (CNE), Honoré Guié, annonce
enfin à la télévision nationale que
Laurent Gbagbo a été élu
président de la république de Côte
d'Ivoire au premier tour avec 59,36% des suffrages contre
32,72% à Robert Gueï.
Très vite dans la soirée, Laurent Gbagbo est
proclamé "président de la république
ivoirienne" par le président de la chambre
constitutionnelle de la cour suprême, Tia Koné,
lors d'une cérémonie au Palais
présidentiel, retransmise en direct par la radio
nationale. Immédiatement après cette
proclamation, M. Gbagbo prête serment.
Ce même jeudi, des affrontements politiques entre les
partisans d'Alassane Ouattara et ceux du FPI de Laurent
Gbagbo, font des dizaines de morts à Abidjan,
principalement dans les rangs des partisans de Ouattara.
"Scènes de chasse à l'homme dans les quartiers
d'Abidjan" pouvait alors titrer l'Agence France-Presse
relatant dans ses dépêches comment les
militants du FPI appuyés par la gendarmerie
traquaient dans Abidjan tout ce qui ressemblait à un
"Dioula", les ressortissants du Nord, région
d'origine de M. Ouattara.
Vendredi 27 octobre
Le président Laurent Gbagbo forme son premier
gouvernement. Le Premier ministre, chef du gouvernement,
chargé de la planification et du développement
nommé le matin même est Affi N'Guessan.
On découvre dans l'après-midi les corps de 57
personnes tuées par balle et entassées dans un
terrain vague dans une banlieue d'Abidjan. L'affaire du
"charnier de Yopougon" commence.
Un survivant met en cause les forces de l'ordre. "A la
gendarmerie, ils nous ont déshabillés, ils
nous ont frappés, ils nous ont mis dans un camion
avec des cadavres, ils nous ont transportés à
Yopougon et là les militaires ont tiré",
déclare à la presse ce seul survivant qui
affirme que ce massacre s'est déroulé le
jeudi après-midi.
Par ailleurs, le RDR (le parti d'Alassane Ouattara) affirme
que 155 personnes, dont de nombreux sympathisants de ce
parti, ont été tuées dans les violences
ethno-politiques du jeudi.
Samedi 28 octobre
Les nouveaux ministres de l'Intérieur, Emile Boga
Doudou, de la Défense Moïse Lida
Kouassi, et de la Justice, Siene Oulaï,
ainsi que le procureur d'Abidjan, se rendent sur les lieux
du charnier découvert la veille, et expriment leur
"indignation, au nom du président la
République".
Le RDR demande la création d'une commission
d'enquête internationale sur les violences.
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