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Le tribunal militaire
d'Abidjan a acquitté huit gendarmes
accusés dans l'affaire du charnier de Yopougon
(banlieue d'Abidjan), où 57 corps avaient
été découverts le 27 octobre 2000,
estimant que leur implication n'avait pu être
prouvée.
"Compte tenu du caractère exceptionnel du
procès", le président Deli Sépleu a
exposé après la lecture du verdict une
série de "zones d'ombres" expliquant la
décision du tribunal.
Au terme de quatre jours d'audience, le président
Sépleu a longuement critiqué l'instruction,
entamée par la justice civile, puis transmise au
parquet militaire, qui ne l'a pas complétée.
"Le problème clé est l'imputabilité:
les débats n'ont pas permis d'établir de
façon irréfutable si ce sont les huit
gendarmes qui ont participé au charnier", a
souligné le président.
Absence d'expertises sur les balles ayant tué les
victimes et sur des traces de pneus retrouvées sur
place, présence de morts par noyade ou à
l'arme blanche, aucun témoignage recueilli sur place
pour corroborer les rafles qu'auraient menées les
gendarmes: les insuffisances de l'instruction étaient
importantes.
Le commissaire du gouvernement (procureur) avait requis la
perpétuité contre les inculpés,
affichant son "intime conviction" qu'ils avaient
procédé dans le quartier populaire d'Abobo
à des rafles de partisans supposés de l'ancien
Premier ministre Alassane Ouattara, qui manifestaient
pour réclamer un nouveau scrutin. La tuerie aurait
été une "vengeance" après qu'un de
leurs officiers eut été tué.
En l'absence de tout témoin à charge - douze
ont refusé de venir déposer, soulignant
craindre pour leur sécurité puisque le
procès se déroulait dans un camp de
gendarmerie - l'accusation a échoué à
apporter des preuves.
Une commission d'enquête de l'ONU avait estimé
fin juillet dans un rapport que l'implication dans la tuerie
de gendarmes du camp d'Abobo "semble être
indiscutable".
Elle avait recommandé des expertises
supplémentaires, notamment balistiques, et avait pu
interroger deux hommes se présentant comme des
rescapés, jugés crédibles par la
commission, mais qui ont toujours refusé de
répondre à la justice ivoirienne.
Réactions :
Le Mouvement ivoirien des droits de l'Homme
(MIDH), dont la demande de constitution de partie civile
avait été déclarée irrecevable,
s'est dit "déçu", tout en estimant que "notre
justice elle-même a ¦uvré de sorte à
rendre une telle décision". "Cette décision
prouve la pertinence du conseil que nous avions donné
aux victimes de porter plainte devant la justice belge,
(...) on voit aujourd'hui que cette démarche
était nécessaire", a déclaré
Me Ibrahima Doumbia, vice-président du MIDH.
Le parquet de Bruxelles a en effet jugé recevable le
1er août la plainte pour crime contre
l'humanité déposée en Belgique par plus
de 150 personnes contre le président de la Côte
d'Ivoire Laurent Gbagbo, deux de ses ministres et aussi
contre le chef de l'ex-junte, le général
Robert Gueï.
La Fédération internationale des ligues
des droits de l'Homme (FIDH) et Reporters sans
frontières (RSF) se sont indignés de ce
jugement qui, selon les deux ONG "renforce le sentiment
qu'en Côte d'Ivoire les militaires
bénéficient d'une totale impunité". La
FIDH et RSF affirment également qu'"il est absolument
inadmissible que les soldats étant à l'origine
de la mort de 57 personnes ne soient pas condamnés
à une peine de prison". "La FIDH et RSF estiment que
ce procès ne s'est pas déroulé de
manière juste et équitable", poursuit leur
communiqué, soulignant qu'"une trentaine de
témoins clef ne sont pas venus au tribunal, par peur
de représailles".
Le procureur de la justice militaire, Ange
Kessy, va engager un pourvoi en cassation contre
l'acquittement des huit gendarmes. "Les témoins
à charge qui devaient appuyer mon action pour
démontrer la culpabilité des gendarmes m'ont
fait défaut. Ils ne sont pas venus témoigner,
cette fois-ci je souhaite qu'ils viennent, d'autant que le
pourvoi ne se fera pas dans un camp de gendarmerie", a-t-il
ajouté.
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