N° 233
du 20/08/2001

Côte d'Ivoire


Une Commission internationale
accuse les gendarmes dans l'affaire
du charnier de Yopougon

Une Commission d'enquête internationale créée par l'ONU a affirmé que l'implication de gendarmes ivoiriens dans le massacre de 57 personnes en octobre 2000 à Abidjan "semble être indiscutable". Cette Commission a accusé également les gendarmes d'avoir maltraité et torturé des manifestants arrêtés lors des violences politico-ethniques qui ont suivi l'élection présidentielle du 22 octobre.
La Commission d'enquête de trois membres, dirigée par un diplomate de Trinité-et-Tobago, Colin Granderson, a été nommée par le secrétaire général de l'ONU Kofi Annan en coopération avec les autorités ivoiriennes.
Dans son rapport de 82 pages, la Commission indique avoir enquêté pendant deux mois et recueilli quelque 500 témoignages.

"Les témoignages, les indices et les preuves que la Commission a pu recueillir attestent" que:
- "de nombreuses personnes ont été détenues au camp commando d'Abobo" le 26 octobre après les rafles effectuées dans les quartiers populaires;
- "Certaines d'entre elles ont été tuées au camp par représailles" après la mort d'un officier de gendarmerie;
- "les cadavres et les survivants de cette première tuerie ont été transportés en un lieu isolé aux alentours d'Abidjan; les corps y ont été empilés, et les survivants à leur tour exécutés". Deux personnes ont toutefois survécu et ont raconté le déroulement du massacre.

Elle affirme aussi que lors de la répression des manifestations du 26 octobre à Abidjan, "les brutalités et autres sévices ont été le fait des gendarmes". "Dès ce moment, les camps de gendarmerie sont devenus la scène de mauvais traitements et de tortures", ajoute le rapport.
Dans ces recommandations, la Commission demande aux autorités ivoiriennes de s'assurer que les auteurs de violations des droits de l'homme soient condamnés après un procès équitable.
Elle demande aussi au gouvernement de "mettre fin à la culture d'impunité dont les forces de sécurité ont si longtemps bénéficié" et souligne la nécessité d'indemniser toutes les victimes ou leurs familles.
Dans une brève réponse, le gouvernement ivoirien a démenti "formellement" que des viols aient eu lieu dans les locaux des Ecoles de police et de gendarmerie comme l'affirme le rapport de la Commission.


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